Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste du 31 octobre 1963 au 24 juin 2021
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Après 58 ans, Domaine Public a cessé de paraître. Ce site ne publiera plus de nouveaux articles et est en cours de transformation pour présenter l'histoire et les archives du journal.

Initiative de limitation, des arguments qui accusent l’UDC

Avec l’initiative pour une immigration modérée, ou «de limitation», l’UDC se distingue dans l’hypocrisie et l’art de l’effet boomerang

Photo Luis Beltràn
Photo Luis Beltràn (licence CC)

L’argumentaire à l’appui de l’initiative pour une immigration modérée, dite «de limitation» qui sera soumise au vote le 27 septembre prochain, vaut le détour. En effet, la plupart des conséquences négatives que l’UDC impute à l’immigration découlent en réalité de l’action politique de ce parti. Une véritable démonstration de l’effet boomerang.

Passons rapidement sur les assertions mensongères. Le dernier rapport de l’Observatoire sur la libre circulation des personnes dément les effets négatifs de l’immigration aussi bien sur l’emploi que sur le niveau des salaires. Les travailleuses et travailleurs immigrés viennent surtout compléter la main-d’œuvre indigène plutôt qu’ils ne s’y substituent.

Incompréhensible compréhension

Entre 2010 et 2019, ce sont 453 000 personnes qui ont rejoint les rangs des actifs. Une augmentation qui s’explique d’une part par la croissance de la population (60 %) et d’autre part par un taux d’activité plus élevé de la population résidente (40 %). 

Le taux d’actifs parmi les seniors (50-64 ans) reste particulièrement élevé – plus de 80 % – et le chômage les touche proportionnellement moins que les autres classes d’âge. Quant à la prétendue stagnation des salaires, elle ne vaut que pour les diplômés universitaires, alors que les bas salaires ont bénéficié de la plus forte progression.

Les craintes de l’UDC relatives au marché du travail relèvent de la plus parfaite hypocrisie. En effet, ce parti s’est toujours opposé aux mesures d’accompagnement adoptées à l’occasion de l’Accord sur la libre circulation. Or ces mesures – contrôles des conditions de travail, déclaration de force obligatoire des conventions collectives, notamment – doivent empêcher qu’une sous-enchère salariale fasse concurrence aux travailleurs résidents. 

La résiliation de la libre circulation que vise l’UDC conduirait à l’abandon des mesures d’accompagnement. Nous reviendrions donc à l’époque des contingents, à savoir la disponibilité d’une main-d’œuvre taillable et corvéable à merci, une concurrence dont souffriraient d’abord les travailleurs indigènes à bas salaires.

Tout ou son contraire, et pas grand-chose

Augmentation du prix du sol et des loyers, bétonnage des terres cultivées, destruction des paysages et dégradation de l’environnement, voilà la longue liste des effets négatifs de l’immigration selon l’UDC. Par contre celle des interventions et des votes des parlementaires de ce parti en faveur d’une régulation efficace dans tous ces domaines se révèle extrêmement courte. 

En matière de loyers, l’UDC est aux abonnés absents de la protection des locataires. Comme il l’est lorsqu’il s’agit de juguler la spéculation foncière. L’aménagement du territoire doit se limiter au strict minimum tout comme la protection des paysages. Quant à la protection de l’environnement, il n’y voit qu’un foisonnement de règlements et d’obstacles à la libre entreprise, mais aussi la source de coûts croissants. 

L’amour de la patrie proclamé par l’UDC – «La patrie, c’est aussi un paysage intact. Nous ménageons nos espaces cultivés et la nature» – se limite à une déclaration programmatique et reste sans impact sur son action.

L’hypocrisie atteint des sommets lorsque l’UDC accuse l’immigration de «torpiller la politique climatique». Le parti s’est, en effet, continuellement opposé à toutes les mesures visant à contrecarrer l’évolution climatique – changements qu’il a par ailleurs longtemps niés – et persiste à donner la priorité au trafic motorisé.

L’UDC a fait de la défense de l’indépendance du pays son objectif prioritaire. C’est à ce titre que le parti cherche à mettre fin à la libre circulation des personnes au profit d’une politique d’immigration autonome. 

La menace vient de Bruxelles qui, avec l’aide de l’élite politico-économique helvétique, ne rêverait que de mettre la main sur notre pays. Par contre, l’UDC ne voit aucun problème dans la dépendance de la Suisse aux énergies fossiles, entièrement importées pour la coquette somme annuelle de plus de 30 milliards de francs. À tel point qu’elle s’est opposée à tous les éléments de la Stratégie énergétique 2050 visant précisément à réduire cette dépendance.

Cet inventaire des incohérences du premier parti du pays reflète une stratégie politique consistant à labourer avec insistance le même terrain, celui de la souveraineté nationale vécue dans la clôture, sans se préoccuper un instant des problèmes auxquels la Suisse est réellement confrontée.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/37077 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/37077

Accueil

Auteures / Auteurs

Les articles

Les publications

Le Kiosque

À propos de DP