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Spéculation sur le Bitcoin en temps de crise

Bitcoin, la plus connue parmi les milliers de cryptomonnaies, dont la valeur et la popularité augmentent en fonction du récit qui la fabrique, pourrait-elle jouer un rôle crucial?

Photo Tallis Photography

Le mystère qui entoure les origines du Bitcoin occulte souvent les intentions de ses créateurs. Satoshi Nakamoto – pseudonyme du ou des concepteurs, on ne le sait pas – a publié en octobre 2008 un livre blanc. Le texte est centré sur les fonctionnalités techniques de cette cryptomonnaie, définie comme «un système d’argent liquide électronique de pair à pair», sans intermédiaire. 

La création du Bitcoin est alors motivée par ce constat: le commerce sur Internet est entièrement dépendant des institutions financières classiques pour toutes les transactions. Ceci engendre, d’après Nakamoto, une perte d’efficacité.

Quelques mois plus tard, en février 2009, le même Nakamoto explique sa vision du Bitcoin dans un cadre macro-économique. Sur un forum de discussion, il critique le système des monnaies nationales trop dépendant des banques centrales.

Depuis, en quelque dix ans, le Bitcoin est passé d’un projet de geeks à un actif prisé par les spéculateurs malgré sa volatilité.

La part du récit

Dans les médias spécialisés partisans des cryptomonnaies, le traitement du sujet Bitcoin, a connu plusieurs phases. La première, qui le présentait comme un argent liquide de l’Internet, a été mise à mal par le défi technique du temps de validation des paiements qui nécessite actuellement une dizaine de minutes. 

Ensuite, les experts se sont focalisés sur l’intérêt que pouvait représenter un réseau sans intermédiaire – à l’inverse des cartes de crédit, par exemple. Cette vision, bien que pertinente car les frais de transaction sont minimes, n’a pas résisté au débat sur la consommation énergétique engendrée par la production de Bitcoins. 

Cette dernière implique la résolution de calculs complexes et donc coûteux en électricité, effectués par des acteurs économiques, appelés «mineurs» – par analogie avec les chercheurs d’or.

Pour finir, l’attention s’est portée sur la limite de production, fixée pour toujours à 21 millions d’unités Bitcoin et sur la tendance des investisseurs à thésauriser leurs Bitcoins. 

Les médias partisans ont donc commencé à parler d’un «or digital» que la décentralisation rend potentiellement résistant à tout type de blocage par les intermédiaires bancaires ou financiers.

What’s «halving»?

Cette évolution du discours pourrait passer pour un effet de mode, mais elle est en fait due à la nature changeante de la cryptomonnaie. En effet, dans sa conception, le Bitcoin inclut le «halving»

Ce mécanisme consiste à diviser par deux les récompenses données aux mineurs, tous les 210 000 blocks – le block étant l’unité qui contient l’information des transactions validées et qui est limitée par sa taille (1 Mégaoctet, Mo). 

Le «halving» se produit à peu près tous les quatre ans. Cet événement change la donne dans tout l’écosystème de production. Jusqu’à ce jour, à chaque fois, il a été suivi de hausses spectaculaires de la valeur. 

Cette évolution cyclique pourrait être mise en relation avec l’évolution du récit formulé par les partisans, suggérant ainsi l’hypothèse que le Bitcoin changerait de nature à chaque cycle: il se raréfie et il permet de faire perdurer à l’infini la limite de 21 millions d’unités.

Le dernier «halving» a eu lieu le 11 mai 2020, en pleine crise sanitaire et économique. Si on accepte le postulat d’un Bitcoin changeant de nature à chaque cycle, la question est celle de son rôle à l’avenir.

Certains mineurs ont déjà en partie répondu. Le tout dernier block créé avant ce 11 mai était accompagné d’un message. Bien qu’en simple note, il était on ne peut plus clairement militant. 

Son contenu reprenait le titre d’un article du New York Times du 9 avril 2020 et dénonçait le plan de sauvetage de la Réserve fédérale américaine (Fed) à hauteur de 2 300 milliards de dollars qui dépasse de loin celui de 2008 – année de création du Bitcoin.

Bitcoin et économie américaine en crise

L’actuel plan de relance américain, destiné à garder l’économie sur les rails en période exceptionnelle, révèle certains défauts techniques du système financier. 

D’une part, sur les 380 milliards de dollars de prêts destinés aux entreprises, les banques auraient prélevé 10 milliards en frais de transaction. D’autre part, les personnes, et sans doute celles qui en auraient eu le plus besoin, ayant un découvert sur leur compte n’ont pas pu toucher l’aide versée qui a été utilisée par les banques pour combler cette dette.

Dans ces deux cas, des envois d’aides en cryptomonnaie auraient eu l’avantage d’atteindre le but fixé au départ. Toutefois, par rapport à d’autres cryptomonnaies, le Bitcoin ne serait pas le plus rapide pour un tel scénario. 

S’il n’est pas la meilleure solution à ce type de problèmes, il est donc peu probable que son futur réside dans un tel rôle. Du coup, qu’en est-il des prétentions de ses apologistes en matière de lutte contre l’inflation?

Le livre «L’étalon Bitcoin» de Saifedean Ammous propose des pistes. L’ouvrage de cet économiste libanais, adepte de l’école autrichienne d’économie, est un véritable réquisitoire, parfois jusqu’à la caricature, contre les monnaies-fiat, soit les monnaies émises par des États. 

Impossible pronostic

Ammous imagine un Bitcoin qui occuperait le rôle d’étalon monétaire mondial, comme le faisait l’or par le passé. Selon lui, un tel système permettrait de renouer avec le principal avantage de l’étalon-or, qui fixait une valeur exprimée en poids du métal pour chaque billet émis, tout en évitant la pratique de la réserve fractionnaire, grâce à la transparence du Bitcoin. 

L’auteur postule également que l’adoption de ce dernier comme étalon monétaire permettrait de lutter contre l’effet Cantillon, selon lequel l’inflation des prix n’apparaîtrait pas immédiatement ou uniformément à la suite d’une expansion monétaire. En outre, les premiers bénéficiaires de cet argent nouvellement créé profiteraient de prix qui ne seraient pas encore ajustés.

Pour le cycle du Bitcoin qui devrait durer jusque vers 2024, jusqu’au prochain «halving», le futur imaginé par Ammous semble irréaliste. Toutefois, un scénario assez proche pourrait se révéler probable. 

Le Bitcoin sert déjà de facto de réserve au secteur des cryptomonnaies dans leur ensemble. Il est donc possible que ce statut de «réserve pour cryptomonnaies» soit mis en avant dans les récits médiatiques militants. 

Même si de gros acteurs de la finance classique se sont largement mais discrètement intéressés de près au Bitcoin, il reste difficile de faire un pronostic. Sans compter que le Bitcoin a déjà tellement surpris durant sa courte existence.

Entre le rôle d’actif principal dans une finance décentralisée qui s’annonce principalement spéculative et celui de réserve monétaire internationale stabilisatrice, les créateurs du Bitcoin n’auraient pas hésité. Disparus, morts ou mystérieusement évaporés du monde des affaires depuis des années, ils ne seront certainement pas consultés.

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