Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Pour ne manquer aucun article

Recevez la newsletter gratuite de Domaine Public.

Pile et face, la dette est exorbitante 

Les emprunteurs sont évalués, la dette se chiffre, mais qu’en est-il de ce train de vie qui puise dans le futur?

Photo fdecomite (licence CC)

La dette c’est quoi? Définition. Faire une dette, c’est obtenir de l’argent maintenant et le rembourser plus tard, demain, la semaine prochaine, en 2021, dans dix ans, dans trente ans, jamais pour certains emprunts étatiques joliment appelés dettes perpétuelles.

Tout le monde peut s’endetter. Les ménages pour financer un canapé, une voiture ou pour s’acheter un appartement. Les entreprises, pour lubrifier leur trésorerie entre les dépenses et les recettes, acheter de nouvelles machines ou gober un concurrent. Les États, bien sûr, pour tout ce que les États font.

Emprunteurs de AAA à D

Les meilleurs emprunteurs sont les États justement. Avec de fortes différences entre eux toutefois. La Suisse est sur la première marche du podium, AAA comme disent les agences de rating (à ne pas confondre avec les «ah, ah, ah!», que l’on a exprimé à propos de ces mêmes agences après la débandade des subprimes…).

AAA aussi pour le Canada, le Danemark, l’Allemagne et quelques happy few. À l’autre extrémité, appelés D comme défaut, il y a le Venezuela, l’Argentine, l’Égypte ou l’Ukraine. Les bons élèves paient peu pour leurs dettes, les mauvais beaucoup. 

En fait, depuis quelque temps, les bons élèves ne paient plus rien. On les paie même pour qu’ils s’endettent. C’est le cas de la Suisse qui émet régulièrement des obligations avec un taux d’intérêt négatif. Ceux qui prêtent aujourd’hui cent francs à la Confédération recevront en retour un montant inférieur dans dix ans. C’est Alice aux pays des merveilles.

À combien se montent ces dettes mondiales? Le montant total, dettes des particuliers, des entreprises et des États, s’élevait à deux cents cinquante-trois mille milliards de dollars en septembre 2019. C’est l’Institut of International Finance qui le dit. Information mise en perspective par CNBC dans une vidéo intitulée «Is a global debt crisis coming?».

Trois mille cerveaux

253 000 000 000 000, est-ce que cela veut encore dire quelque chose? C’est environ trois mille fois le nombre de neurones dans un cerveau humain pour prendre une comparaison hasardeuse. Plus pertinente est la mise en rapport avec le produit brut mondial, de quatre-vingt-six mille milliards de dollars en 2018

La montagne de dettes mesure donc presque trois fois la production annuelle. Et ceci avant les largesses budgétaires qui accompagneront la pandémie. Même si le montant de ces interventions étatiques n’est pas encore connu, on peut l’estimer à 10% du produit brut mondial, soit huit mille six cents milliards de dollars qui iront grossir le total. Voir à ce sujet un intéressant document de Bruegel, un think thank européen  centré sur les questions économiques. 

Bon, mais une fois qu’on s’est amusé et effrayé avec les lettres et les chiffres, on a dit quoi exactement? Est-ce bien, pas bien, un motif de satisfaction ou de peur panique? Si on limite son regard aux dettes publiques, il est admis que le ratio entre les dettes et le produit national brut est un bon indicateur de la santé financière d’un pays. Là aussi, la fourchette entre les parcimonieux-frugaux et les cigales est très large.

Le tableau pays par pays dressé par le Fonds monétaire international montre d’ailleurs une image un peu contre-intuitive. Il faut être un pays développé et riche pour se payer une dette importante en relation avec la production nationale. 

Les États-Unis ont dépassé le ratio de 100% avant la crise du Covid-19. Comme l’Italie ou le champion toute catégorie qu’est le Japon avec ses 248%. Le Congo par exemple peut paraître exemplaire avec ses 18% de dettes publiques par rapport à son produit national brut, idem pour la Russie (17%) ou le Nigeria (11%).

«On ne prête qu’aux riches»

Le mieux est de pouvoir s’endetter et de ne pas l’avoir fait durant les années de vaches grasses. C’est le cas de la Suisse. Elle pourrait ajouter quelques dizaines de milliards de dettes sans que son rating se détériore et sans même commencer à payer un taux d’intérêt positif. Ses créanciers continueront de lui donner de l’argent pour le plaisir d’augmenter son endettement. Formidable, n’est-ce pas?

On trouve d’ailleurs la même situation chez les particuliers qui visitent leur banquier en Helvétie: plus les revenus sont importants, plus importante pourra être la dette hypothécaire. Dettes hypothécaires qui se montent à neuf cents milliards de francs. Chiffre qui suscite à intervalle régulier un frémissement de panique comme en janvier 2020 dans un article intitulé «La dette hypothécaire, une épée de Damoclès macro-économique»

Mais, là aussi, la même question se pose: Est-ce un problème? Ne doit-on pas regarder les deux côtés du bilan d’un individu, d’une entreprise ou d’une collectivité? 

Dette helvétique

Pour les Suisses, la situation apparaît tout de suite moins flippante: face aux dettes hypothécaires se trouve un patrimoine de quatre mille six cent septante-trois milliards, composé de la valeur des immeubles, des droits sur les caisses de pension et d’autres placements mobiliers.

Soit une «valeur nette des ménages suisses», selon la terminologie de la Banque nationale suisse, de trois mille sept cent septante-deux milliards (chiffres 2018). 

Petit pays hyper connecté, la Suisse doit sa prospérité à une longue période de paix et de croissance économique mondialisée. Malgré cette bonne santé financière, se pose donc aussi, et égoïstement, la question de savoir si l’endettement global, grossi encore par les interventions post-Covid, est soutenable.

Même si la dette atteint désormais des sommets tant en chiffres absolus que relatifs, il est difficile de dire que ce système va imploser, qu’il est donc insoutenable. On voit bien avec quelle diligence les banques centrales s’appliquent à baisser les taux d’intérêts. Or, avec des taux proches du plancher voire en dessous, n’importe quel montant de dette est supportable.

Et dette planétaire

Ce qui semble plus intéressant, et d’une certaine manière plus évident, est le constat suivant: l’économie mondiale n’a jamais produit autant que maintenant. Cette production s’est faite en consommant des ressources énergétiques accumulées dans les sols depuis des millions d’années. La croissance de cette consommation a été exponentielle – le graphique de Our World in Data est éloquent – et notre fourniture d’énergie dépend encore quasi totalement de ressources qui émettent du CO2.

Il y a cumul mondial de deux problématiques: un train de vie financier qui va puiser par avance des ressources dans le futur et un mode de vie qui accroît chaque jour une dette écologique difficile à rembourser. Plus exactement, les pays dits développés concentrent la grande majorité des dettes et des émissions. 

On voit mal comment ces deux défis vont être attaqués en même temps. Pour que le système d’une économie qui marche à crédit garde sa stabilité, il faut une croissance continue du gâteau à partager. Pour que les gaz à effet de serre diminuent dans l’air, il faudra arrêter de brûler des énergies fossiles et donc restreindre drastiquement la production économique. 

Bien sûr, certains prophètes du moindre mal annoncent que l’on peut à la fois assurer la croissance économique et éviter le réchauffement climatique. 

Loin d’être rassurante, cette affirmation est plutôt le témoignage le plus récent de cette capacité des humains, surtout des adultes, à se raconter des histoires à dormir debout. Peut-être dans l’espoir enfantin que demain soit le miroir à peine terni du bel aujourd’hui. Ou plus cyniquement, pour faire comme si de rien n’était et passer le bâton merdeux à la génération qui vient.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/36847 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/36847
Faire un don

Tous les auteur-e-s des articles sont bénévoles, tout est gratuit pour les lectrices et lecteurs... Mais il y a tout de même des coûts de production et de développement, financés par vos dons. Merci de votre générosité!

Faire un don avec Twint

Don de CHF 50.- avec Twint

Faire un don avec Twint

Don de CHF 100.- avec Twint

Faire un don avec Twint

Don libre avec Twint

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP