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Savoir de quelle crise on parle

L’Etat est très sollicité, il y aura des situations critiques, mais globalement la Suisse surmontera la crise économique

Joan GrIífols
Photo Joan GrIífols (licence CC)

Les économistes adorent les chiffres. Ils aiment aussi le côté mathématique de leur science qui les distingue de la mollesse épistémologique des historiens, sociologues et autres philosophes. Surtout, ils adorent faire des prévisions et déterminer ainsi en grande pompe la geste politique.

Dieu que la période Covid-19 est propice à l’exercice! Après avoir dit en décembre que «la dynamique conjoncturelle de base devrait être sensiblement la même en 2020 qu’en 2019», les stratèges du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) annoncent maintenant «le plus fort recul depuis des décennies». Ajoutant que, «par rapport aux prévisions de décembre 2019, la perte totale de PIB s’élèverait à plus de 30 milliards de francs au total (valeur nominale)».

Il serait malvenu de leur reprocher de ne pas avoir vu venir la pandémie. Qui l’a vue venir? On peut cependant se demander si leur nouvelle vision du futur n’est pas contaminée par un pessimisme d’origine virale.

Comme des moustiques

Le 22 avril dernier, le Conseiller fédéral Ueli Maurer, pressé par les questions des journalistes, annonçait 30 à 40 milliards de pertes pour la Confédération en 2020. On sait le bon sens de ce grand argentier. On connaît sa méthode un tantinet chafouine: prédire des pertes en début d’année pour limiter la gourmandise des parlementaires et s’extasier en fin d’année devant les «bonnes surprises».

Il a fait le coup combien de fois déjà? Et là, il a de quoi redoubler de prudence devant la horde de solliciteurs rivalisant de scénarios catastrophe pour justifier les besoins des différents secteurs: tourisme, aviation, restauration, indépendants, salariés, personnel hospitalier, crèches, culture, personnes en situation de handicap, start-up, sport, aide internationale, sans oublier, bien sûr, l’agriculture.

Les lobbys actifs dans la Berne fédérale sont comme les moustiques après l’orage bien à leur aise dans les zones humidifiées par l’argent de la Confédération.

Alors, face aux augures d’Ueli Maurer et à son malaise tardif, ainsi qu’aux scénarios pessimistes du SECO, il est permis de garder la tête froide et l’esprit critique, de prendre quelques minutes pour voir si ces trous annoncés ne sont pas que des illusions d’optique.

Commençons par une hypothèse: la Suisse a fini son confinement et il n’y en aura pas d’autres. Hypothèse hardie certes, mais pas plus que celles qui fleurissent et annoncent la recrudescence de la pandémie et des lendemains qui déchantent. Forts de cette hypothèse, un confinement et c’est tout, examinons l’état de l’économie.

Certains, comme le président Emmanuel Macron, ont beau parler d’une guerre contre un ennemi invisible, Covid-19 n’a eu aucun impact sur l’appareil de production. Pas d’usines détruites, pas de routes barrées ni de lignes électriques couchées. Aucune haute école démolie, aucun laboratoire fermé, aucun barrage à l’arrêt ni aucune autre infrastructure endommagée. Tout fonctionne à merveille!

Le virus ne se nourrit apparemment pas de capital! La crise pourrait même avoir des répercussions positives, soit mettre en lumière le potentiel extraordinaire de la digitalisation et ses effets tant pratiques que psychologiques grâce au bond fait par les entreprises dans l’utilisation du travail à distance.

Aucun impact non plus sur les forces de travail. Il y a certes malheureusement eu des morts (en Suisse, 1’614 selon le bilan de l’Office fédéral de la santé au 19 mai), mais cela ne changera rien à la situation du pays qui a connu depuis dix ans une croissance continue du nombre d’emplois pour dépasser les 5,1 millions fin 2019.

En fin d’année 2019, on s’alarmait encore régulièrement des difficultés de recrutement (il faut dire qu’alors on préparait diligemment le terrain politique contre l’initiative UDC pour une immigration modérée qui devait être votée en mai. Mais ceci est une autre histoire).

On rétorquera que la Suisse n’est pas une île. Que nous ne serons pas indemnes si l’économie mondiale sombre. Encore faudrait-il que l’économie mondiale ralentisse. Or les arguments sur l’état du capital et du travail formulés pour le niveau national valent également au niveau mondial.

S’ajoute un prix du pétrole deux fois plus bas qu’en 2019. Et l’on sait que l’abondance bon marché des hydrocarbures a toujours rimé avec croissance boostée.

Résistance, résilience ou colère

En outre, chaque économie ayant ses particularités, celle de la Suisse semble présenter une bonne résistance à cette crise spécifique. Le 21 avril, un communiqué de presse de l’Administration fédérale en témoigne: les exportations suisses ont augmenté au premier trimestre 2020. 

Même les chiffres du mois de mars avec deux semaines de confinement sont en hausse. Comment est-ce possible? Le plus gros exportateur suisse se nomme: «produits chimiques et pharmaceutiques». Il faut croire que crise sanitaire et pharmas prospères font bien la paire. 

Bien sûr, certains secteurs souffriront en 2020. Quelques restaurateurs resteront sur le carreau. Quelques hôteliers et organisateurs d’événements auront des difficultés. D’autres indépendants, fleuristes, libraires, coiffeurs, tireront la langue. Et cela est bien dommage. 

Il est certain aussi que nous ne battrons pas cette année le record de passagers transportés par avion. Mais, à part les aéroports de Zurich et Genève, qui va s’en plaindre?

Le rendement de l’immobilier, surtout commercial, pourrait aussi être en dessous des attentes. Mais là encore, après tant d’années de vaches grasses, qui pleurera sur la rémunération ralentie du capital placé dans la pierre?

Dans l’ensemble, on voit donc mal ce qui fonde les prévisions catastrophistes. D’autant que le gouvernement a mis sur la table des moyens colossaux pour que le moteur continue de tourner à plein régime.

Entre les 40 milliards de crédits qui assurent la liquidité des entreprises et le large soutien à l’assurance chômage qui permet aux salariés et indépendants de continuer à percevoir des revenus identiques ou quasi, ce qu’il fallait a été fait.

Pour le salarié-consommateur d’ailleurs, on peut gager que les dépenses qu’il n’a pas réalisées durant les huit semaines à la maison (voyages et restaurants annulés, autres achats différés) se traduiront par une augmentation de son épargne. 

Les comptes de virement des banques en Suisse auprès de la Banque nationale suisse semblent en porter la trace. Ils passent à 526 milliards de francs fin mars, soit une hausse de 26 milliards en un mois.

Une infrastructure indemne. Une force de travail reposée par huit semaines de confinement. Une économie qui profite du fort besoin en équipements sanitaires et en médicaments. Une monnaie forte, qui garantit le pouvoir d’achat à long terme. Un endettement public modéré qui permet de faire face aux besoins de trésorerie. Tels sont les principaux attributs de l’économie en Helvétie.

Vous ne voulez pas finir sur de trop bonnes nouvelles? La balance commerciale du pays qui risque de battre des records cette année (exportations en hausse et importations en baisse) pourrait bien exciter la colère de quelques puissants partenaires, comme les Etats-Unis qui ont déjà la Suisse à l’œil dans ce domaine. 

La réussite économique résiliente de la Suisse va creuser l’écart avec plusieurs de ses voisins, amplifiant à terme les problèmes posés par l’immigration et mettant une pression générale sur les relations avec l’Union européenne.

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