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Soutien à l’aviation, comme un avion sans aide

L’aide financière au secteur de l’aviation, un air de perplexité

Photo Bobby Hidy
Photo Bobby Hidy (licence CC)

Le Conseil fédéral a décidé d’apporter de l’aide à l’aviation. 1,275 milliard de francs pour les compagnies Swiss et Edelweiss; 600 millions pour les entreprises au sol, Swissport International, Gategroup et SR Technics. Le parlement a accepté ces aides lors de sa dernière session extraordinaire. Alors, voici quelques rappels peut-être utiles.

En régime capitaliste, les entreprises sont détenues par des individus et non par l’Etat. L’idée est que le dynamisme entrepreneurial, la souplesse et la créativité font merveille pour développer une activité économique et répondre aux besoins de la population.

Ces femmes ou ces hommes, organisés en sociétés anonymes, prennent un risque financier qui est récompensé les bonnes années (dividendes ou revente d’actions avec plus-value) et sanctionné les mauvaises (perte partielle ou totale de la valeur des actions). Une intervention étatique en cas de problème ne fait pas partie du système. Celui-ci se corrige lui-même et revient à l’équilibre, sanctionnant par des faillites et laissant la place à de nouveaux entrepreneurs. Il s’agit là de théorie.

Il est bon de la rappeler en passant puisque l’ultra-interventionnisme de 2008 et celui de 2020 pourraient laisser penser que l’organisation économico-politique helvétique répond à des règles bien différentes.

Sauvetage des banques

En 2008, comme aujourd’hui, l’Etat aime souligner le caractère unique de son intervention et les conditions drastiques mises en place: c’est sa manière de marquer l’exception, mais aussi de dire implicitement que nous sommes toujours dans un modèle capitaliste standard.

Pour le sauvetage des banques, il a en gros été dit que les banques assurent une fonction vitale de circulation de l’argent dans l’économie (tant le transfert concomitant de A à B que le transfert temporel à travers le crédit), que leur chute entraînerait celle de l’économie, risque majeur que nous ne pouvons prendre.

Alors les plans de sauvetage ont été alignés et l’économie a été alimentée avec des masses d’argent frais (comme si vous preniez un anticoagulant après un AVC; sauf qu’ici on parle de l’économie mondiale et que ce sont des millions de tonnes de cette médecine qu’on lui a fait avaler).

Précisément, cela donnait ceci: «Vu cette accumulation de difficultés, il n’était pas exclu que la banque doive affronter une crise de confiance encore plus grave dans l’hypothèse où la détérioration des marchés se poursuivrait. Cela aurait eu des conséquences massives pour le système financier suisse et pour toute l’économie du pays.»

Sauvetage de l’aviation

Et, pour les avions, on nous dit aujourd’hui: «L’industrie aéronautique est une infrastructure essentielle pour l’économie: une interruption de longue durée des liaisons internationales de la Suisse entraînerait des pertes économiques considérables.»

On voit bien la parenté entre les discours: au nom de l’économie générale et des menaces qui pèsent sur elle, on protège certaines entreprises privées contre les risques du moment. Ces secteurs sont choisis parce qu’ils font partie de «l’infrastructure essentielle».

En résumé, le système de base fonctionne à merveille, il permet d’allouer au mieux les ressources pour satisfaire les légitimes besoins de la population et récompenser les entrepreneurs par de solides rémunérations. De temps à autre, un événement rare, imprévu, inadmissible, contraint l’Etat à entrer provisoirement en jeu pour rétablir une situation normale. Etat qui se retire immédiatement une fois son travail accompli pour que le système puisse allouer au mieux les ressources et satisfaire les besoins légitimes de la population, etc.

Similarité des histoires

Sauf que c’est du pipeau, de la poudre aux yeux, du bullshit, pour le dire plus clairement. Les banques d’avant 2008 ont fait n’importe quoi. Elles ont spéculé de manière inimaginable pour le commun des mortels.

On compare cela parfois à un casino, mais c’est faux. Essayez donc d’aller jouer sans argent. Je veux dire d’aller jouer en empruntant à l’exploitant du casino 98 francs sur les 100 que vous allez miser. Vous seriez jeté à la rue comme un malpropre. Eh bien 98% d’endettement, c’est exactement la situation des UBS et Credit Suisse au moment du sauvetage, en octobre 2008.

Et pour l’aviation? C’est la même histoire. Elle est seulement beaucoup plus glamour parce que tout le monde associe avion avec vacances, week-end en amoureux à Barcelone et autres papayes importées du Brésil. Mais l’aviation est le seul secteur qui ne paie aucune taxe – je dis bien aucune taxe – sur son carburant.

Cet avantage fait du transport aérien un secteur hautement privilégié et explique aussi pourquoi on peut voler pour une bouchée de pain. La conséquence prévisible est que le nombre de vols pour transporter des vacancières et des vacanciers, des businesswomen et businessmen, ou des marchandises est bien plus élevé que dans une situation normale, avec le carburant d’un avion grevé de la même manière que celui de la voiture de Monsieur Durant! Et il n’est pas question ici de supporter le premier franc des conséquences négatives liées à l’émission massive de CO2.

Dans les deux cas, soutien aux banques, soutien à l’aviation, on a donc une réécriture profonde du système capitaliste. Certains secteurs obtiennent des règles du jeu qui les favorisent de manière fondamentale: un endettement quasi illimité pour les banques avant 2008, un carburant non taxé pour l’aviation depuis la Deuxième guerre mondiale.

Ces conditions permettent une croissance déséquilibrée de ces secteurs, au détriment du reste de l’économie. Et, quand arrive une crise qui pourrait ramener l’équilibre, les Etats interviennent diligemment pour empêcher – je souligne ce terme – le retour de balancier!

Un système d’insiders donc, qui s’engraissent sur la bête par beau temps et font réparer les pots cassés par des Etats tellement consentants que c’en est émouvant.

On parle beaucoup du monde d’après. Peut-être est-ce pour masquer ce que nous sommes collectivement prêts à faire ou à laisser faire pour garder ce merveilleux monde de maintenant.

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