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Des lectures pour penser la pandémie

Covid-19, que retenir de la grippe de 1918 et que dire des prédictions formulées il y a dix ans? 

Photo Otis Historical Archives, National Museum of Health and Medicine / Public domain
Photo Wikimedia, Otis Historical Archives, National Museum of Health and Medicine / Public domain

Prévoir, c’est se donner les moyens de gouverner. A commencer par soi-même. Mais au printemps 2020, pour qui demeure attentif à s’informer, il est rigoureusement impossible de prévoir quoi que ce soit au-delà de trois jours. Quand, en plus, ce quidam est propulsé au sommet des personnes à risques, il lui reste le détachement philosophique plus ou moins souriant, pour montrer l’exemple, et quelques souvenirs livresques, éventuellement utiles en cette période d’incertitudes généralisées.

La somme sur la grippe espagnole intitulée La grande tueuse de Laura Spinney montre que l’efficacité des masques a largement été démontrée en Chine et aux alentours comme première barrière individuelle de distance avec l’extérieur. Cartes et chiffres officiels à l’appui, l’auteure souligne qu’en Europe, le taux de mortalité dû à la grippe avait atteint 3% de la population, contre «seulement» 1,4% en Chine. Cette moyenne nationale tient compte du taux estimé à au moins 30% dans le Shaanxi, région de départ de la pandémie – en quelque sorte le Hubei de l’époque. 

Un siècle et des poussières plus tard, il aura fallu quelques semaines pour s’apercevoir en Europe que les masques individuels étaient parfaitement inutiles quand il n’y en avait pas et indispensables, ou à tout le moins chaudement recommandés, dès qu’un stock suffisant pouvait être constitué. Logique imparable.

Heureusement, en Suisse, les soignants au front ont été servis en priorité absolue – mais les EMS ne le sont pas encore tous. Quant aux salariés des services de deuxième ligne – vente de première nécessité, sécurité, transports – ils attendent impatiemment, en se lavant les mains, au savon principalement. En effet, l’institution privée ayant remplacé la Régie fédérale des alcools en 2018 a jugé qu’un stock fédéral d’éthanol était un facteur de coûts à éliminer sans délai, faisant ainsi que le désinfectant a lui aussi risqué de manquer.

L’origine de la pandémie: on prend les mêmes et on recommence

En octobre 1918, James Joseph King, capitaine du service de santé de l’armée américaine, faisait une déclaration qui eut son heure de gloire par la suite sur «la similarité entre l’épidémie actuelle et celle de la peste pneumonique qui éclata en Chine, à Harbin en 1910». Du côté américain, on croyait tenir l’origine du patient zéro. Mais quelques années plus tard, le doute s’est instillé.

Le cuisinier Albert Gitchell, premier malade officiel américain, fut déclaré tel le 4 mars 1918 au camp militaire de Funston au Kansas. Depuis la fin 1917, l’armée américaine y recrutait des paysans pauvres, dans un rayon de 500 kilomètres, pour le corps expéditionnaire destiné à l’Europe. Ces paysans, paraît-il, vivaient avec leur bétail dans des conditions à peu près semblables à celles des paysans chinois. L’origine de la pandémie de 1918 n’est toujours pas clairement définie. Une certitude cependant: l’Espagne n’y est pour rien.

En 2020, le président des Etats-Unis, Donald Trump, dit que la Chine est responsable, alors que le gouvernement chinois répond que l’origine du mal pourrait bien être américaine. On verra. Ou pas.

Prédictions glaçantes

Le rapport de la CIA Comment sera le monde en 2025? paraissait en français, en 2009. Un chapitre de deux pages est consacré à l’éventualité d’une pandémie mondiale. Quelques phrases semblent aujourd’hui prémonitoires. «L’apparition d’une nouvelle maladie respiratoire humaine virulente, extrêmement contagieuse, pour laquelle il n’existe pas de traitement adéquat, pourrait déclencher une pandémie mondiale. Si une telle maladie apparaît d’ici à 2025… ».

Quelques lignes plus loin: « Si une maladie pandémique se déclare, ce sera sans doute dans une zone à forte densité de population, de grande proximité entre humains et animaux, comme il en existe en Chine et dans le Sud-Est asiatique». Et de poursuivre: «il faudrait des semaines pour que les laboratoires fournissent des résultats définitifs confirmant l’existence d’une maladie susceptible de muter en pandémie. Entre-temps, des foyers se déclareraient dans les villes du Sud-Est asiatique. En dépit de restrictions limitant les déplacements internationaux, des voyageurs présentant peu ou pas de symptômes pourraient transporter le virus sur d’autres continents. Les malades seraient de plus en plus nombreux, de nouveaux cas apparaissant tous les mois». 

Suivent des prévisions apocalyptiques quant au nombre de victimes et au montant des pertes économiques. Pour ce qui est de cette dernière, l’article Les milliards de l’urgence (DP 2280) en donne une idée actualisée.

Gare à la seconde vague en automne

A propos du redémarrage de l’économie, un rappel historique s’impose. En 1918, la grippe a commencé autour des mois de mars et avril, en Chine et en Europe. Dans cette dernière, l’Espagne était en paix. Le roi Alphonse XIII fut hospitalisé à la mi-mai, puis son Premier ministre; ils s’en sortirent. Les pays en guerre ne pouvant admettre une faiblesse stratégique cachèrent la pandémie à la population qui, du coup, l’a subie comme une fatalité. La grippe prit fin en Europe (comme en Chine) au début d’août en faisant quelques milliers ou dizaines de milliers de victimes.

La seconde vague, celle qui fut mondiale, dévastatrice et qui fit des millions de morts, débuta à la mi-septembre et s’acheva au début janvier 1919. Comme aujourd’hui, il n’existait ni vaccin ni médicaments reconnus. Certes, les connaissances et la technologie médicales actuelles sont incomparables, mais ce qu’elles permettent n’est pas pour tout le monde. Et on peut se demander si les inégalités d’hier ne sont pas plus grandes aujourd’hui avec des écarts de richesses vertigineux et une population terrestre multipliée par trois au moins.

Cela dit, l’idée d’une obligation faite aux entreprises pharmaceutiques de poursuivre la recherche moins prestigieuse et rémunératrice, mais dont les résultats profitent à tous doit être soutenue. Il ne s’agirait pas d’une simple responsabilité morale, mais d’une contrainte permettant de protéger les populations de toutes conditions et nationalités.

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