Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Pour ne manquer aucun article

Recevez la newsletter gratuite de Domaine Public.

Bouleverser le comportement individuel et collectif face au péril, c’est naturel – la question est ce qu’il en restera ensuite

Covid-19: le rêve du monde d’après et le dur réveil (1/2)

Photo Pelle de Brabander

Avec la moitié de la population mondiale confinée, les temps actuels sont pour le moins étranges. Nos esprits peuvent vagabonder sans retenue. Jusqu’à fantasmer. Jusqu’à imaginer la fin du monde. Ou peut-être seulement la fin de ce monde. 

Il faut saisir cette opportunité, toute catastrophique qu’elle soit, ou plus précisément parce qu’elle est catastrophique, pour se poser des questions essentielles sur le fonctionnement de nos sociétés, sur leurs priorités, sur leur devenir; par exemple, la santé ou le fric?

La pandémie ne nous apporte-t-elle pas la preuve que notre monde va à la dérive, qu’il ne sait plus où il en est, et encore moins où il va? Les pluies de milliers de milliards qui arrosent les gens et les entreprises, du moins dans les pays qui ont ou qui s’en donnent les moyens, ne sont-elles pas la démonstration, toujours refusée jusqu’à maintenant, que l’argent pour construire une société nouvelle peut être mobilisé?

Rêvons un peu: une société écologiquement responsable, capable de promouvoir les valeurs humaines que sont l’attention à son voisin, proche ou lointain, la participation à la communauté autant que la proximité avec la nature, et non une société destructrice, tiraillée, étouffée par les conflits de domination et de pouvoir…

Il faut déglobaliser la mondialisation, cesser de faire voyager inutilement des marchandises ou de voler d’un bout à l’autre de la terre (le transport aérien a doublé entre 2006 et 2018), et retrouver les ancrages locaux.

Le petit dernier

De solides arguments peuvent être avancés pour appuyer cet appel à tout changer. Celui qui les englobe presque tous peut être formulé ainsi: un arbre en moins égale un virus en plus. La prédation exercée par les êtres humains sur leur environnement bouleverse les équilibres naturels. La faune dispose de territoires amoindris et se rapproche, bien malgré elle, des milieux bâtis. Des échanges s’établissent qui n’étaient ni prévus ni souhaités. Les virus figurent parmi ces transferts.

Le phénomène n’est pas nouveau, même si nous, les Occidentaux, en prenons aujourd’hui conscience parce que la naissance du petit dernier, méchamment contagieux, est parvenue à immobiliser nos existences davantage que la grande crise des années 1930. Covid-19 a pour ancêtres récents, parmi les plus connus, HIV (1981), H5N1 (1997), SRAS (2003), H1N1 (2009), Mers (2012), Ebola (2013).

L’univers des virus dispose de stocks considérables; vraisemblablement plusieurs centaines de milliers attendent leur heure. L’époque est révolue où l’on pensait que la science parviendrait à venir à bout de toutes les maladies infectieuses. Les virus comme les bactéries ont la capacité de muter ou de s’adapter aux substances avec lesquelles on pense les combattre. Le prédateur universel qu’est l’être humain peut continuer de détruire la nature, mais il ne contrôlera jamais le vivant.

Combattre le vilain

Nous vivons ces jours avec la peur du coronavirus. Nos villes, leurs places, leurs rues sont devenues désertes. Il n’est pas nécessaire d’aller au cinéma pour voir un film fantastique. Il est là sous nos yeux.

Sera-t-il vraiment possible de reprendre nos modes de vie comme avant? Ou faudra-t-il en changer? Que ferons-nous de la question du réchauffement climatique? Faut-il concevoir un autre monde? Est-ce possible? Questions si fondamentales, si inimaginables que l’on en reste muet. Nous sommes étreints par une forme d’angoisse inattendue et imprévue dont nous devons parvenir à nous extraire. Rêver est une manière de nous rassurer un peu.

Par exemple, en voyant le bon côté des choses. L’Etat a repris du service. Il a fixé des règles de comportement inhabituelles. Il a ouvert largement sa bourse pour colmater les brèches, ou du moins certaines brèches provoquées par les confinements individuels et collectifs.

Partout on applaudit tous ces personnels médicaux et de soin qui ne ménagent pas leur temps ni leurs peines pour combattre le vilain. Des métiers ignorés ou dédaignés reviennent en force parce qu’on les découvre indispensables au fonctionnement même ralenti de la société. Ah, c’est vrai, il faut des caissières et des caissiers dans les magasins, des agents de nettoyage pour désinfecter, des transporteurs pour assurer les ravitaillements, des éboueurs pour entretenir nos villes.

Mais demain? Leurs conditions de travail seront-elles réellement revalorisées? Ne nous dépêcherons-nous pas d’oublier ce que nous disons aujourd’hui? Les systèmes de soins seront-ils renforcés? On cessera probablement de les soumettre aux «impératifs» du marché et de la concurrence. Mais pour combien de temps?

Conserverons-nous une vision suffisamment longue pour nous préparer à affronter la venue certaine de nouveaux virus? Les expériences antérieures n’incitent pas vraiment à l’optimisme.

Même pas l’esquisse d’une ébauche

On relève avec insistance, comme si nous avions besoin de nous en convaincre, que des habitudes ont évolué. Des voisins valides se préoccupent de voisins moins valides, des jeunes font les courses des aînés. On voit le nouveau et l’on en oublie que de longue date fonctionnent de nombreuses autres formes de solidarité, beaucoup plus importantes, concernant les multiples conflits et difficultés de toutes sortes et de toutes natures qui sont le quotidien de beaucoup (trop) d’entre nous. En fait, ces quelques moments d’entraide et les applaudissements nocturnes ne constituent qu’une minuscule adaptation aux particularités du moment. Ils n’esquissent même pas l’ébauche d’un quelconque changement de comportement. Le rêve est-il déjà terminé?

(A suivre)

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/36340 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/36340
Faire un don

Tous les auteur-e-s des articles sont bénévoles, tout est gratuit pour les lectrices et lecteurs... Mais il y a tout de même des coûts de production et de développement, financés par vos dons. Merci de votre générosité!

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP