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Covid-19: les milliards de l’urgence

Pour le moment les nécessités sanitaires et économiques font loi, mais le débat idéologique est prêt à repartir

Photo Kecko
Photo Kecko (licence CC)

Il fallait s’y attendre: la Weltwoche, qui sait tout mieux que tout le monde et même que l’UDC, a livré dans son édition du 2 avril une série d’articles contestant la politique fédérale en matière de lutte contre la pandémie Covid-19 et ses conséquences. Tandis que le Conseil fédéral gouverne à coup d’ordonnances urgentes et aligne les dizaines de milliards au même rythme, l’hebdomadaire dirigé par Roger Köppel, le conseiller national qui détient le record d’absentéisme sous la Coupole, désigne les vrais responsables de la crise actuelle.

La faute aux Chinois qui mangent des drôles de bêtes échappant à toute inspection sanitaire et à leur gouvernement qui a d’emblée fermement contrôlé les informations concernant le coronavirus. La faute à l’espace Schengen qui donne l’impression d’avoir aboli les frontières nationales. La faute aux frontaliers qui ont importé en Suisse le virus – en même temps que leur force de travail. La faute à Alain Berset qui a tellement fait pression sur les prix des médicaments que l’industrie pharmaceutique suisse fabrique en Chine. La faute à la gauche qui a saisi l’occasion de renforcer l’influence de l’Etat sur l’économie privée.

L’idéologie du Seco

Dans un article publié le 12 mars mais qui semble avoir été retiré du site, la Weltwoche citait l’ambassadeur Eric Scheidegger, chef économiste du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) depuis 2012. Il évoquait encore paisiblement la merveilleuse capacité de résilience de l’économie suisse, dotée de «stabilisateurs automatiques». A savoir l’assurance-chômage qui peut verser jusqu’à 520 indemnités journalières, le chômage partiel qui permet une indemnisation temporaire et la sauvegarde des emplois concernés ainsi que… le frein à l’endettement qui tolère des dépenses extraordinaires en cas d’événements exceptionnels, moyennant compensation. Et de citer le cas du «décrochage» du franc suisse opéré en janvier 2015, qui n’a finalement eu que des effets momentanés sur la conjoncture. Autant dire que le Covid-19 devrait être maîtrisable à moindres frais, conformément à l’idéologie libérale prévalant au Seco, qui tend à limiter au strict minimum les interventions étatiques sur les marchés, y compris celui du travail.

L’ancien Monsieur Prix et conseiller national (PS/BE) Rudolf Strahm sait de quoi il parle quand il désigne le Seco comme une administration «pour le beau temps et l’absence de l’Etat» alors même que la situation devrait l’inciter à revoir ses références idéologiques et théoriques.

De fait, le Seco semble bien avoir été celui des offices fédéraux concernés qui a mis le plus de temps à prendre conscience des implications économiques et sociales du fameux virus. Le jeudi 12 mars, à la veille de la fermeture des écoles et universités, les chefs des départements de l’économie et des finances, tous deux UDC, stupéfient leurs collègues par la modestie de leur budget de crise: 15 petits millions de francs pour endiguer la marée de la pandémie!

Un gouvernement qui gouverne

Le réalisme l’a emporté par la suite, en plusieurs étapes comme il convient en régime pragmatique: le vendredi 20 mars, le Conseil fédéral lance un premier train de mesures à 42 milliards pour atténuer les conséquences économiques de la propagation du coronavirus.

La petite moitié de cette somme, soit 20 milliards, est destinée à financer des aides aux entreprises sous forme de prêts bancaires cautionnés par la Confédération à 100% jusqu’à 500’000 francs et à 85% pour les montants supérieurs – ce qui a fait dire à Werner Vontobel qu’il s’agissait d’un programme de subventionnement des banques, pas de soutien aux PME mises en difficulté par la crise du coronavirus. Vu l’afflux de demandes, une nouvelle tranche de 20 milliards est accordée dès le 3 avril, qui permettra peut-être de tenir, sauf prolongation vraisemblable du temps du confinement.

Les calculs et prévisions du think tank Avenir Suisse comme de l’organisation faîtière economiesuisse font apparaître des besoins en financement public qui s’accroîtront d’au moins 12 milliards de francs à chaque mois supplémentaire de blocage de certaines activités particulièrement sensibles.

Ces mêmes organisations approuvent bien sûr les apports de liquidités à l’économie réelle, dans la mesure où ce soutien est rapide et «non bureaucratique». Cette double condition fait contraste avec une traditionnelle contrôlite aiguë, renforcée encore par l’introduction du principe de subsidiarité dans la Constitution fédérale (art. 5a, voté le 28 novembre 2004 et entré en vigueur le 1er janvier 2008).

Sus à la bureaucratie

En temps de pandémie, le rejet de la bureaucratie revient continuellement dans le discours des organisations économiques comme dans celui des autorités elles-mêmes, inspirées par le Seco. Ainsi, les banques, Postfinance comprise, deviennent de facto des boîtes aux lettres, fortes de la garantie fédérale qui limite leur risque de créditrices, le plus souvent envers des clients attitrés. L’informatique fait le reste et garantit le versement des prêts cautionnés dans les minutes ou, au pire, dans les deux à trois heures qui suivent la demande.

Le PLR, qui rêve d’imposer un «Stop à la bureaucratie» depuis qu’il ne la domine plus, n’a pas réussi à faire aboutir en 2012 son initiative populaire «pour une exécution non bureaucratique de la législation». A défaut de règle générale, la situation d’exception offre une occasion d’application acceptable que la droite économique soutient avec le même élan que la gauche pour cause d’efficacité immédiate.

La loi des lobbies

Les organisations économiques et patronales poussent l’avantage, et donnent les listes de ce qu’il faut faire ou au contraire ne pas faire sans s’encombrer des lenteurs bureaucratiques. Oui à des apports rapides de liquidités à l’économie réelle, notamment par un soutien à l’indemnisation du chômage partiel, non aux plans de relance, qui encourageraient la production de biens présentement non demandés à l’interne et inexportables, non au «fonds suisse» de 100 milliards proposé par des professeurs de l’EPFZ. Oui à des mesures visant à combler le déficit de liquidités du secteur financier, mais non aux programmes d’investissement. Oui au développement de structures d’information pour les PME. Et surtout oui à l’assouplissement du droit du travail.

Les organisations patronales préconisent tout à la fois l’ouverture prolongée, voire dominicale, des magasins autorisés ainsi que des facilitations dans la circulation et la logistique des marchandises, pour les travailleurs frontaliers et dans l’administration des hôpitaux. Sur ce dernier point, une collaboration s’instaure effectivement entre établissements publics et privés, l’une des «solutions créatives» réclamées par Avenir Suisse.

De leur côté, les organisations syndicales parlent de réalités du terrain, dans les entreprises et les établissements de soins, sur les chantiers et à domicile. L’Union syndicale suisse présente ses revendications avec un certain succès, y compris auprès des cantons et même des villes qui font usage de leurs compétences. Mais il reste toujours des problèmes à régler. Ainsi, la situation des salariées et salariés vulnérables contraints à se rendre à leur travail, et la protection des personnels particulièrement exposés, constituent les préoccupations les plus urgentes des syndicats.

Au moment où diverses instances et personnes s’interrogent déjà sur une sortie de crise dont le calendrier dépendra en réalité des événements, on ne sait qu’une chose: des idées nouvelles, pour ne pas dire iconoclastes, cherchent leur chemin dans les esprits, tant à droite qu’à gauche.

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