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La place financière suisse ne peut ignorer la politique climatique

BNS et banques se doivent de contribuer à l’effort commun

Photo Martin Abegglen
Photo Martin Abegglen (licence CC)

L’impact direct de la Suisse sur le climat ne pèse pas lourd en comparaison internationale. Ce qui ne justifie pourtant pas l’inaction (DP 2278). Adapter ses comportements personnels relève d’une exigence de solidarité. Collectivement, la Suisse peut néanmoins prétendre à un rôle plus important en misant sur ses points forts. Ainsi de la décarbonation de son parc immobilier dont elle pourrait faire un modèle pour d’autres pays (DP 2279). Et surtout il est un domaine où notre pays joue dans la cour des grands, celui de l’industrie financière.

La place financière helvétique occupe un rôle important dans les flux de capitaux, qu’il s’agisse de financement, de placement ou encore d’investissement. Ces flux, parce qu’ils contribuent trop souvent encore à soutenir des activités dommageables pour le climat, génèrent des émissions de gaz à effet de serre représentant un multiple de celles produites en Suisse.

Au cours des dernières années, après la signature de l’Accord de Paris sur le climat en 2015, Credit Suisse et UBS ont financé des projets à haute intensité d’émissions de CO2 pour 12,3 milliards de dollars: mines et centrales à charbon, gaz de schiste, sables bitumineux ou oléoducs. Aux financements directs de projets s’ajoutent des prêts commerciaux et des émissions d’obligations en faveur d’entreprises participant à ces projets (construction notamment). Certes, l’une de ces banques a depuis lors précisé ses règles de conduite. Reste pour elle, et à toutes les autres, à faire preuve d’une réelle transparence en publiant un inventaire de l’empreinte carbone de leurs activités et de leurs offres financières ainsi qu’en présentant un plan de réduction rapide de leurs engagements.

La Banque nationale suisse (BNS), qui figure parmi les plus grands investisseurs de la planète, ne craint pas de placer ses billes dans les entreprises polluantes. Ainsi elle détient des actions de sociétés américaines actives dans les énergies fossiles pour plusieurs centaines de milliards de dollars. Interpellée à ce sujet, elle se réfugie derrière la neutralité de sa politique de placement pour éviter d’écarter les entreprises de tel ou tel secteur: son portefeuille ne fait que répliquer la composition des indices boursiers. Pourtant ses directives sur la politique de placement stipulent que la banque «renonce à investir dans des entreprises qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement».

La politique climatique de la Confédération ne peut donc ignorer plus longtemps l’industrie financière. Jusqu’à présent, toutes les tentatives qui ont tenté de faire prendre ses responsabilités à ce secteur ont échoué. Ainsi le Conseil national a sèchement refusé une initiative de la Verte Adèle Thorens demandant que la loi précise la compatibilité entre les activités de la BNS et les objectifs des politiques publiques. Les opposants ont insisté sur la nécessaire indépendance de la banque qui ne pourrait tolérer que sa politique monétaire s’encombre de considérations environnementales. On notera la faiblesse de l’argument: préciser les règles de placement de la BNS ne limite en rien sa liberté de mouvement en matière monétaire.

Nouvel échec à l’occasion du traitement de la nouvelle loi sur le CO2. En septembre 2019, le Conseil des Etats a bien évoqué la nécessité de faire participer les flux financiers à la lutte pour le climat (art. 1 al. 1, lit. d). Mais il en est resté au principe et sa majorité a considéré comme prématurée sa concrétisation dans la loi. Il appartient désormais au Conseil national de reconnaître l’urgence d’inclure la finance dans la politique climatique.

Le secteur financier dans son ensemble se doit d’analyser les risques auxquels est confrontée son action. Investir dans les entreprises fortement carbonées contribue de manière significative au dérèglement climatique, lui-même facteur de déstabilisation de la place financière, comme le rappellent de nombreux économistes. On peut donc s’étonner que des parlementaires, habituellement si soucieux des intérêts de ce secteur, ne montrent pas plus d’empressement à légiférer dans ce sens.

De manière générale, l’ouverture de la chasse aux incohérences de l’action publique ne saurait tarder: toutes les politiques, y compris celle qui préside aux investissements de la BNS, se doivent de concourir à la réalisation des objectifs de réductions des émissions de CO2.

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