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«Le monde ne tourne pas rond»: passer du diagnostic à l’action

Le défi politique et social du financement et de la répartition des coûts de la lutte contre les dérèglements climatiques

Photo NASA
Photo NASA (licence CC)

L’idée qu’il faut mettre fin au dérèglement climatique fait son chemin. La majorité des gens n’y adhère probablement pas encore. C’est sans doute affaire de temps. Reste une question trop rarement abordée: qui paiera et comment se répartira la facture?

En regard des connaissances acquises, des mesures réalisées aussi bien aux pôles qu’à l’équateur, en altitude que sur les terres et sous les mers, la dégradation de la biosphère est évidente. Le réchauffement du climat se manifeste partout et à un rythme plus rapide que les scientifiques ne l’avaient estimé il y a dix ou vingt ans. Bref, agir est devenu urgent.

C’est ce message que les activistes du climat veulent faire entendre en recourant à tous les moyens qu’ils jugent nécessaires ou opportuns. Quitte à surprendre, peut-être même à choquer. Mais est-il vraiment choquant de bloquer la circulation ou d’occuper des halls de banques lorsqu’ils constatent que l’indifférence et la passivité continuent de prédominer? Pas question sur un tel sujet de procrastiner, de renvoyer à demain ce qui doit être fait dès aujourd’hui.

Des résistances opiniâtres

Sur le fond, rien de tout cela n’est contesté. Mais sur les moyens à mettre en œuvre, sur leur financement, comment faut-il s’y prendre? Les mesures seront nécessairement coûteuses, qu’elles se situent au niveau individuel, local, régional, national ou international. Pour beaucoup, toute nouvelle charge peut représenter un coût difficilement supportable.

Certes, nous sommes toutes et tous dans le même bateau. Plus les études et rapports s’accumulent, plus il faut convenir que beaucoup d’aspects de la vie de tous les jours doivent être repensés si l’on entend réellement léguer à nos enfants et petit-enfants une planète encore habitable. Il faudra reconsidérer la production et l’acheminement de l’alimentation, les techniques de chauffage des logements, les moyens de déplacement, les outils de production utilisés pour les activités professionnelles, l’organisation des loisirs et des vacances…

75 dollars la tonne de gaz carbonique

Le Fonds monétaire international (FMI) a publié un rapport qui présente une analyse approfondie des effets d’une taxe carbone chiffrée à 75 dollars la tonne. Toute personne, organisation et société, privée ou publique doit s’acquitter de ce montant pour chaque tonne de gaz carbonique qu’elle produit. Plus une activité est polluante, plus le montant à payer est élevé. C’est une vraie incitation à développer de nouvelles techniques, créer de nouveaux modèles d’affaires pour réduire, voire éliminer la cause des dérèglements climatiques. Les entreprises qui parviendront les premières à fonctionner avec des énergies propres auront un avantage concurrentiel évident.

Selon le FMI, cette taxe, qui devrait être introduite progressivement pour atteindre le montant de 75 dollars en 2030, suffirait à décarboner nos sociétés à l’échéance de 2050. Son calcul prend en compte une hausse moyenne des températures de 2°C par rapport à son niveau préindustriel. C’est aller moins loin que le plafond de 1,5°C stipulé dans l’Accord de Paris: la taxe requise pour atteindre cet objectif devrait alors être plus élevée (autour de 100 dollars la tonne) et introduite plus rapidement.

Les calculs du FMI reposent sur l’hypothèse que tous les pays adopteront ce système. A commencer par les trois pays qui émettent les plus grandes quantités de gaz carbonique, et représentent à eux seuls plus de la moitié du total: Chine, Etats-Unis et Inde. C’est dire qu’il y a encore un long travail de persuasion à faire pour parvenir à s’engager dans cette voie et les modalités politico-juridiques d’un tel engagement mondial ne sont pas évidentes.

Cependant, il ne suffit pas d’introduire une telle taxe. Il faut aussi tenir compte de ses conséquences financières, qui varient selon les niveaux de revenus. Elles seront relativement plus lourdes pour les ménages modestes, alors qu’elles passeront quasiment inaperçues pour les revenus élevés. La hausse de quelques centimes d’euro sur l’essence dans le but d’en diminuer la consommation pour réduire les émissions de CO2 a déclenché en France le mouvement des Gilets jaunes. De telles manifestations sont prévisibles ailleurs dans le monde. Dès lors les montants des taxes doivent tenir compte des revenus des ménages.

Eliminer la pauvreté

Pour concevoir une répartition équitable et acceptable des coûts, il faut aller plus loin. Plusieurs auteurs estiment que le 10% des personnes les plus riches dans le monde sont à elles seules responsables de 50% des émissions. L’équité voudrait donc que 50% du coût de la taxe sur le CO2 soit assumé par ce 10%. Ce qui signifie que l’introduction progressive de la taxe carbone doit coïncider avec une réduction massive des inégalités de revenu et de fortune.

Mais le compte n’y est pas encore. Globalement, les pays développés sont à l’origine de la grande majorité des émissions de gaz carbonique. Au niveau international, la taxe carbone doit donc aussi être répartie en proportion du revenu national de chaque pays. La lutte contre les dérèglements climatiques est donc un problème écologique et politique – «la réduction des émissions ira de pair avec l’élimination de la pauvreté» (Adam Tooze). Il n’y aura «pas de justice climatique sans justice sociale».

Est-on désormais sur le bon chemin? D’un côté, Blackrock, le plus grand fonds d’investissements au monde gérant une fortune supérieure à 7’000 milliards de dollars, entend désormais éliminer de ses placements les entreprises dont les productions sont dommageables à l’environnement; André Hofmann, vice-président du groupe Roche, tient des propos décapants sur le système actuel qui ne tourne pas rond: «Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir». Mais, d’un autre côté, Blackrock continue de chahuter les directions d’entreprises dont les bénéfices sont considérés comme insuffisants, et André Hofmann précise que les politiciens n’ont pas à «nous dicter notre comportement»

Au fond, on sait que le monde ne tourne pas rond, que les dérèglements climatiques sont nocifs pour les peuples et pour les entreprises et que les inégalités sont néfastes à la cohésion des sociétés. Mais toutes ces réalités ne constitueraient pas encore des raisons suffisantes pour changer de modèle! Pour la NZZ, le «libre capitalisme» reste la seule solution (DP 2270). Tout comme d’ailleurs pour André Hofmann qui maintient que «l’entreprise fait plus partie de la solution que du problème». Il affirme que «l’énergie entrepreneuriale qui nous a menés là où nous sommes, nous devons désormais l’utiliser pour le bien de la planète»

Cette dernière phrase, on aurait presque envie de demander à André Hofmann de la répéter. Car c’est bien cette «énergie entrepreneuriale» qui nous a effectivement menés «là où nous sommes», c’est-à-dire dans un monde qui ne tourne pas rond! On peut donc avoir de sérieuses raisons de douter que cette fameuse énergie entrepreneuriale soit le moyen adéquat pour faire le bien de la planète.

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