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Avec la collection Blocher, la Fondation Gianadda propose un florilège de l’art figuratif suisse

«Chefs-d’œuvre suisses. Collection Christoph Blocher», Martigny, Fondation Pierre Gianadda, jusqu’au 14 juin 2020

Nous laisserons ici de côté la personnalité controversée de Christoph Blocher, propriétaire de la plus grande collection privée d’art suisse. L’homme a incontestablement du goût… et des moyens financiers conséquents pour assouvir celui-ci. La Fondation Gianadda offre à voir 126 toiles, toutes d’excellente qualité, et dont un grand nombre sont de purs chefs-d’œuvre.

L’exposition s’ouvre sur les tableaux de plusieurs petits maîtres de la fin du 19e siècle, attachés à représenter une Suisse rurale et alpine, et qui témoignent d’une belle maîtrise technique. Ils excellent notamment dans le rendu des feuillages frémissants.

Un Albert Anker moins conservateur qu’on ne l’a dit

Puis on verra un nombre impressionnant de toiles d’Albert Anker (1831-1910). Ce peintre bernois avait fait des études de théologie, comme le père pasteur de Christoph Blocher. Leur vision du monde est sans doute proche, et ce n’est pas un hasard s’il est, avec Hodler, l’un des préférés du collectionneur.

Anker a surtout peint des «scènes de genre» villageoises, dans une Suisse rurale et pieuse où règnent l’harmonie et la bonté. On a considéré trop longtemps avec un certain dédain cet artiste, qui témoigne pourtant d’une époustouflante virtuosité picturale, et qui était ouvert au progrès et à l’instruction publique. En témoignent ses nombreuses toiles représentant des écoliers et écolières, portant avec gravité leurs livres et leur ardoise.

Le monde des enfants était d’ailleurs très cher à Albert Anker, comme celui des vieillards, la plupart du temps des gens simples, des artisans, des paysans. La réalité sociale souvent très dure ne lui était pas étrangère, comme le montre La Vente aux enchères, où une paysanne en pleurs assiste à la dépossession de tous ses biens. Dans La Convalescente jouant avec sa maison de poupées, il rejoint la sensibilité touchante de Berthe Morisod et d’Auguste Renoir.

On découvrira aussi une facette moins connue de l’œuvre d’Anker, ses natures mortes. Admirateur de Chardin, il a superbement rendu, comme ce dernier, la texture même des objets: pots en verre ou faïences, services à thé de Delft, nourritures telles que le pain, les pommes de terre, le sucre, les petites madeleines croquantes. N’hésitons pas à le dire: Anker se révèle comme un tout grand maître de la nature morte, perpétuant la tradition des peintres hollandais du 17e siècle.

Paysages de Hodler, Segantini, Giacometti et Vallotton

Mais le clou de l’exposition est constitué par un ensemble de toiles de Ferdinand Hodler d’une qualité exceptionnelle. On y retrouve tous les aspects de son œuvre: le symbolisme et la représentation de travailleurs manuels, tel le fameux Bûcheron dont la reproduction orna longtemps un billet de banque suisse. Mais le meilleur de sa production est incontestablement dans ses vues sublimes des lacs Léman ou de Thoune, fidèles au principe du parallélisme qui fait se succéder en couches horizontales les rives du lac, les eaux, les montagnes de l’autre rive et les nuages floconneux. On appréciera aussi les toiles du Hodler «genevois», avec ses vues frémissantes de cours d’eau et de joncs au pied du Salève.

Les représentants ultérieurs de la peinture alpine suisse ne sont pas oubliés, avec l’œuvre panthéiste de Giovanni Segantini (1858-1899), proche à certains égards de celle de Jean-François Millet. Quant à Giovanni Giacometti (1868-1933) qui a utilisé le divisionnisme, un procédé pictural proche du pointillisme, il a sublimé non seulement son canton des Grisons, mais aussi sa vie familiale avec une émouvante Maternité.

C’est Félix Vallotton (1865-1925), le «nabi étranger», qui est sans doute le plus moderne des artistes présents à Martigny. Si l’œuvre, moins connue, d’Adolf Dietrich (1877-1957) nous paraît être un cran en dessous, elle se révèle néanmoins intéressante par sa proximité avec l’art naïf d’une part, la Nouvelle Objectivité d’autre part.

On l’aura compris, l’art abstrait ou d’avant-garde est très loin des goûts et totalement absent de la collection de Christoph Blocher. Celle-ci est en osmose avec sa représentation d’une Suisse rurale et idyllique, voire passéiste. On peut bien sûr discuter ses choix. Mais l’on ne saurait dénier à l’ensemble qu’il a rassemblé une unité et une qualité exceptionnelles.

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