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La formation des élèves suisses passée en revue par Pisa

Une analyse critique des résultats de la dernière enquête Pisa

Photo David Fulmer
Photo David Fulmer (licence CC)

La dernière enquête Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) menée en 2018 par l’OCDE a suscité émoi et surprise au sein des milieux politiques et professionnels en charge de la formation primaire en Suisse. L’étude comparative a révélé des résultats jugés décevants pour les élèves suisses. Ces derniers obtiennent certes à nouveau un très bon résultat en mathématiques et se situent dans la moyenne supérieure en sciences, mais se retrouvent dans le gros du peloton en lecture.

Les objectifs de Pisa

Pisa ambitionne de fournir aux Etats membres de l’OCDE des informations susceptibles de faciliter la prise de décisions dans le domaine de la formation. Les résultats de ses enquêtes doivent permettre de formuler des recommandations concernant les mesures à prendre pour améliorer l’efficacité des systèmes de formation

Dans ce but, l’OCDE réalise tous les trois ans, depuis 2000, une évaluation des connaissances des élèves de 15 ans. L’enquête évalue le niveau de compétence des élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences, avec dans chaque édition, de manière plus approfondie dans l’un des trois domaines – la lecture en 2018.

C’est ainsi qu’en 2018, environ 600’000 jeunes de 15 ans, scolarisés dans 79 pays, ont passé des tests de compréhension dans ces trois domaines, dont 6’600 pour la Suisse, issus de 200 établissements.

Comme le relève l’OCDE dans sa communication du 3 décembre 2019, la dernière enquête met en lumière les difficultés des jeunes à l’ère numérique. Les résultats montrent qu’«un élève sur quatre dans les pays de l’OCDE ne parvient pas à effectuer les tâches les plus simples en compréhension de l’écrit, ce qui signifie qu’il aura probablement du mal à réussir dans un monde de plus en plus instable et numérique».

A l’aide de ces tests, les évaluateurs portent aussi une appréciation sur le niveau de bien-être des étudiants (crainte de l’échec, notamment chez les filles, harcèlement), sur le redoublement scolaire, sur le poids des inégalités socio-économiques dans les résultats en matière d’éducation.

Les critiques suisses

Les critiques concernant le volet suisse de l’enquête sont de nature technique et opérationnelle. La dernière enquête n’a pas été réalisée avec la même méthodologie que les précédentes, puisque le prestataire chargé de l’enquête a changé.

Dès l’enquête Pisa 2015, les tests ont été réalisés sur ordinateur et non sur papier avec gomme et crayon. Et, pour la première fois en 2018, l’OCDE a utilisé en lecture des exercices interactifs se déroulant en simulation web, ce qui privilégie la lecture en contexte numérique. Les jeunes de Suisse auraient-ils moins de compétences en informatique? Y a-t-il eu des problèmes avec l’emploi du questionnaire, puisqu’il est devenu impossible de revenir en arrière durant le test sur ordinateur?

Les critiques portent aussi sur la composition de l’échantillon suisse qui a été modifié en 2015, avec une prise en compte plus importante de la proportion des élèves issus de l’immigration.

Les partenaires suisses ne cherchent pas à remettre en cause les résultats des élèves de notre pays. Le score demeure tout à fait honorable, par rapport à la moyenne européenne.

Depuis 20 ans, Pisa ambitionne d’apprécier et de classer, à l’échelle mondiale, la qualité de l’enseignement et des prestations scolaires. Avec ce classement, on escompte stimuler les pays qui obtiennent les moins bons résultats et les inciter à s’inspirer des bonnes pratiques. Une ambition plus que douteuse.

Les résultats sont basés sur des tests «blancs-noirs», sans nuances. Ils s’appuient sur des réponses à choix multiples et des standards appliqués de l’Islande à la Chine, en passant par l’Arabie Saoudite, le Pérou et la Géorgie. Il s’agit d’un questionnaire fermé. Autre limite pour la comparaison, il s’applique aux élèves chinois de quelques grandes villes alors qu’il touche un échantillonnage des élèves de toute la Suisse.

L’enquête de 2018 place les pays asiatiques en tête du classement (Singapour, Chine, Hongkong). Singapour rafle toutes les premières places. Que peut-on en déduire quand on se souvient que les meilleures performances étaient, lors des premières enquêtes, régulièrement obtenues en Finlande. Soit dans un pays dont le système éducatif privilégie la pédagogie active et l’intégration sociale. Un pays devenu référence pour de nombreux pédagogues. Va-t-on désormais prendre comme modèle ces pays asiatiques qui conçoivent une éducation basée sur la discipline et la concurrence, avec 20 heures supplémentaires par semaine?

Pisa, un intérêt limité pour la Suisse?

On peut reconnaître un certain intérêt pour les responsables de la formation. Selon le Secrétariat d’Etat à la formation, la recherche et l’innovation, PISA «ne vise pas à évaluer les connaissances elles-mêmes, mais bien plus la capacité des élèves à analyser leur savoir et leurs expériences pour pouvoir ensuite les utiliser dans des situations proches de la réalité».

Les résultats seraient utiles pour savoir où en sont les jeunes en fin de scolarité obligatoire et ainsi les orienter dans les choix de formation ultérieure. 

Il sera donc intéressant de connaître de la part des responsables suisses les enseignements pratiques tirés des résultats des premières enquêtes. Ont-elles contribué à améliorer la formation de nos élèves dans ces trois domaines? Et cela dans les 26 systèmes cantonaux de formation?

La Suisse a-t-elle besoin de Pisa pour mettre en lumière les difficultés des jeunes à l’ère du tout numérique? C’est l’ambition de la dernière enquête affichée par l’OCDE. On peut avoir des doutes sérieux à ce sujet, soulevés notamment par l’hebdomadaire dominical de la NZZ.

Peut-on en déduire que des connaissances lacunaires en lecture et en mathématiques conduiront à des difficultés d’intégration dans la société numérique en pleine expansion? N’est-ce pas enfoncer des portes ouvertes?

Selon l’hebdomadaire précité, il faut d’abord souligner une limite très sérieuse de l’enquête. A la question de savoir si les sondés s’étaient bien appliqués pour répondre, plus de 80% des élèves de Suisse ont répondu qu’ils se seraient plus appliqués si les résultats avaient des conséquences sur leur bulletin scolaire.

Ces connaissances sont sans doute nécessaires pour réussir l’intégration. Mais c’est oublier que Pisa ne prend pas en considération d’autres qualités, également déterminantes: l’esprit critique et de synthèse, la capacité à résoudre un problème, la confiance en soi, la pensée en réseau, les compétences sociales comme la coopération et l’empathie.

Pisa n’est qu’un test pour juger du niveau des connaissances acquises. C’est, à l’image d’un match de football, les statistiques du nombre de passes faites, de tirs au but, des kilomètres parcourus par les joueurs. Le tout sans donner le résultat du match, lequel dépend des conditions d’entraînement, de l’esprit d’équipe, de l’engagement mais aussi de la personnalité des joueurs.

On doit se demander si l’évaluation Pisa n’est pas finalement liée à une conception de l’école, axée sur un contrôle des connaissances dépassé. La finalité de l’école d’aujourd’hui a changé. Ce qui ne se fait pas sans conséquence pour la nature des connaissances et des compétences à y promouvoir.

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