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Le regard critique sur le socialisme suisse et européen d’un élu et militant qui ne renie rien

Jean-Claude Rennwald, «Socialiste un jour, socialiste toujours», Vevey, L’Aire, 2019, 294 pages

Le Jurassien Jean-Claude Rennwald n’est pas n’importe qui. Politologue, journaliste, dirigeant syndicaliste à la FTMH et à l’USS, il a été conseiller national socialiste de 1995 à 2011. Le titre qu’il a donné à son livre dit bien son attachement indéfectible à son parti.

Mais cet attachement n’exclut pas un regard critique, bien au contraire. Comme l’écrit sa préfacière, la conseillère aux Etats Liliane Maury Pasquier: «Sans diagnostic, pas de traitement. Pour revigorer le socialisme, encore faut-il comprendre le mal qui le ronge aujourd’hui.» L’ouvrage commence donc par un constat sans concession sur un socialisme démocratique qui serait «au bord du gouffre», presque partout en Europe occidentale. Rennwald s’applique à en analyser les tares.

Mais l’auteur n’oublie pas que «la gauche a fait de grandes choses». Il passe en revue une série de remarquables progrès sociaux: en France, les congés payés sous le Front populaire, les hausses des salaires liées aux accords de Grenelle de 1968, les 35 heures sous Mitterrand; la réduction du temps de travail et la hausse des salaires en Allemagne, grâce surtout à la combativité du syndicat IG Metall; les acquis des pays nordiques, où l’Etat social est le plus accompli; la retraite à 60 ans pour les maçons en Suisse. Et cette énumération n’est bien sûr pas exhaustive. Elle passe aussi en revue les expériences positives réalisées en Amérique latine.

Les progrès mentionnés ont pu être réalisés par un parti socialiste de masse et grâce à un fort taux de syndicalisation. Or, sur ces deux points, les signaux sont alarmants. Chiffres à l’appui, Rennwald montre le recul drastique des membres, tant des partis socialistes que des syndicats. Les effectifs du PS français, par exemple, ont chuté de 250’000 à moins de 50’000 entre 1980 et 2018.

Puis Rennwald – et ceci est au cœur de son livre-pamphlet – dénonce la dérive vers le «social-libéralisme blairiste», qui a fait des émules avec Gerhard Schröder et François Hollande. Parodiant Marx, il fustige «le hollandisme, stade suprême du blairisme»! Au-delà de la formule percutante, il met le doigt sur les résultats de ce social-libéralisme «assassin pour les travailleurs»: précarité de l’emploi, déréglementation des rapports de travail, contrats à durée déterminée, prolifération du travail intérimaire, etc. En même temps, et en lien avec cette dérive social-libérale, on assiste à une montée du national-populisme en Europe. En Amérique latine aussi, beaucoup de déceptions ont suivi le grand mouvement d’espoir. Et pas seulement au Brésil, qui est en train de dériver vers un «fascisme tropical».

Jean-Claude Rennwald ne craint pas de fustiger les lourdes responsabilités de certains partis socialistes dans le succès de ces droites racoleuses d’une classe ouvrière que les PS ont oubliée. La force de ce livre est que, sur chaque objet, des chiffres précis étayent les thèses de l’auteur, qui ne relèvent donc pas de simples affirmations gratuites. Ainsi, il montre qu’à l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen a obtenu 37% du vote ouvrier contre 24% pour Jean-Luc Mélenchon, tribun du peuple autoproclamé. Cela parce que, selon lui, les «bobos» (bourgeois bohèmes branchés) jouent un rôle croissant au sein des PS européens. Les immigrés comme la classe ouvrière sont les grands oubliés. Il est vrai qu’à ses yeux, le parti socialiste suisse a su rester plus fidèle que d’autres à ses valeurs fondamentales.

On lira avec un peu d’étonnement, dans ce livre plutôt sérieux voire austère, l’affirmation soixante-huitarde de Rennwald selon laquelle «la Révolution, au sens de la réalisation du bien-être individuel et collectif, social, économique, culturel et affectif, c’est moins de boulot, plus de culture et plus de sexe»! Il va donc accorder une large place, dans son ouvrage, à la réduction du temps de travail. Ainsi qu’à la démocratisation de la culture. Quant à la sexualité, il souligne son «fort potentiel libératoire».

La suite du livre constitue un véritable programme global, dont nous ne pouvons évoquer tous les aspects ici. Qu’il s’agisse de salaires minimaux, de diminution des effarantes disparités salariales entre hauts et bas revenus (aux Etats-Unis, un grand patron gagne 265 fois plus qu’un Américain moyen!), des «droits inaliénables» que sont la nourriture, la santé et le logement, de la réforme du système des retraites ou encore de la défense d’un service public fort.

Jean-Claude Rennwald prend parti clairement contre une adhésion de la Suisse à l’Union européenne, à court ou moyen terme. Le risque de dumping et de sous-enchère salariale est pour lui trop grand. Il invite la gauche politique et salariale à «rester ferme sur les mesures d’accompagnement» liées à la libre circulation des personnes. Il invite à «refonder la démocratie» par une série de mesures, dont par exemple la suppression du Sénat élitaire en France et l’octroi des droits civiques aux immigrés.

Il a intitulé sa conclusion Renaissance et unité de la gauche, des syndicats et des mouvements sociaux. C’est l’espérance d’une main tendue aux autres formations de gauche protestataires distinctes des PS, dans l’esprit d’une stratégie unitaire, par l’alliance entre les bobos, les prolos et les paysans progressistes, seule à même de «créer un rapport de forces favorable face à la classe dominante».

Nonobstant son aspect parfois fourre-tout, on lira avec intérêt ce livre d’un militant convaincu, inquiet du déclin d’un socialisme auquel il reste profondément attaché, qui pose un diagnostic sévère sur son recul et qui propose une série de mesures pour le faire revivre, progresser et triompher.

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