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Economie: «les cahiers au feu»

Les gouvernements demandent aux banques centrales d’assumer des tâches qui ne sont pas les leurs

Photo Franck Potwora
Photo Franck Potwora (licence CC)

Bien que la fin de l’été approche, nous pouvons encore entonner la petite chansonnette de notre enfance: «Vive les vacances, plus de pénitences, les cahiers au feu, le maître au milieu!» Ces vers continuent de résonner dans nos têtes, car les cahiers dont il est question, même si ce ne sont pas vraiment des cahiers, mais plutôt des livres, alimentent un feu qui n’est pas prêt de s’éteindre.

Ces livres, donc, ce sont ceux qui traitent d’économie. Toutes théories et doctrines confondues, ils ont pris un sacré coup de vieux ces derniers temps. Voyez plutôt:

  • En dépit des milliers de milliards d’unités monétaires injectées dans l’économie par les banques centrales, l’inflation reste atone.
  • Les taux d’intérêt ne relèvent pas davantage la tête. Ils ne cessent de baisser au point que des banques se mettent à payer les personnes et les sociétés qui veulent bien leur emprunter de l’argent.
  • Les banques ne rémunèrent plus l’épargne qui leur est confiée. Certaines d’entre elles se mettent même à prévoir des intérêts négatifs. Les épargnants vont devoir payer pour l’argent qu’ils y ont déposé.

Le ciel sur la tête

Ces modifications des règles «habituelles» constituent plus qu’un changement de paradigme — comme on dit aujourd’hui. C’est un peu le ciel qui tombe sur la tête de tout ce que contiennent les livres d’économie. Au point qu’un économiste «honnête» devrait admettre qu’une chatte n’y reconnaît plus ses petits. Il devrait faire part de son incompréhension et de son incapacité à expliquer le pourquoi du comment.

Bien évidemment, il se présente toujours des experts prêts à s’embarquer sur de très gros bateaux — la mondialisation, les changements technologiques, les guerres commerciales — qui permettent de répondre sans répondre, de dire tout et son contraire, bref de noyer le poisson. D’ailleurs un expert, par définition, ne peut pas avouer sa surprise, encore moins faire part de son désarroi, sinon, évidemment, il cesserait d’être considéré comme tel.

N’était-il pourtant pas évident depuis belle lurette (DP 2215) que la politique monétaire ne pouvait pas et ne peut toujours pas remédier seule au désordre créé par la crise financière de 2008? Se reposer sur la seule politique monétaire était insensé.

Les banques centrales peuvent beaucoup, mais pas tout! Leur action ne peut être que temporaire — en l’occurrence absorber le choc de la crise financière et éviter que, par contagion, l’ensemble du système financier ne s’effondre. Mais passé cet épisode, la problématique devait être reprise par les autorités politiques.

Or, elles sont restées aux abonnés absents. Le gouvernement helvétique s’est tiré des flûtes. Il s’est comporté comme si cette question n’était pas de son ressort.

Prévenir et combattre

Le Conseil fédéral s’est montré incapable de proposer un programme conjoncturel, sur le modèle de celui mis en place dans les années 70 pour lutter contre l’effondrement du régime monétaire hérité de l’après-guerre (accord de Bretton Woods), la crise du pétrole, la crise horlogère, la surchauffe. Le Conseil fédéral et l’Assemblée fédérale avaient alors pris leurs responsabilités, avec l’aval peuple.

«L’actuel article 31 quinquies de la constitution donne mandat à la Confédération de prévenir des crises et le chômage. En cas de surexpansion économique, alors qu’il s’agit d’assurer la stabilité intérieure des prix, les bases juridiques sont insuffisantes au plus haut point. A la lumière des expériences faites durant la période d’après-guerre et de la récente évolution, comme aussi d’interventions parlementaires, nous estimons qu’il est indispensable qu’un article conjoncturel élargi autorise la Confédération à prendre des mesures visant à prévenir et à combattre tout à la fois le chômage et le renchérissement.»

Le Message du Conseil fédéral du 12 janvier 1973 est explicite: l’intervention de la Confédération est «indispensable».

Rien de tel presque 50 ans plus tard. Aucune volonté d’agir. Aucune proposition d’action. Encore tout récemment, le chef du département fédéral de l’économie n’énonçait-il pas, tout goguenard, cette «vérité»: «traditionnellement» les autorités fédérales n’interviennent pas pour agir sur la conjoncture! Parti pris idéologique de la part d’un élu de l’UDC et reflet de connaissances historiques pour le moins lacunaires.

Ancrée dans les têtes

Les banques centrales ont donc dû se substituer à des autorités politiques défaillantes. La politique monétaire s’est vue promue au rang de politique conjoncturelle pour tenter de remédier aux effets de la crise financière de 2008. Les instituts d’émission ont déchargé les autorités de leurs devoirs. Cette idée que la conduite de la politique conjoncturelle est l’affaire des banques centrales est désormais bien ancrée dans la tête des dirigeants politiques.

Ainsi le président des Etats-Unis «exige» que la banque centrale américaine (la Fed) réduise ses taux d’intérêt pour que l’économie américaine ne cale pas à un peu plus d’une année de l’élection présidentielle.

Ainsi les gouvernements européens sont ravis d’entendre Mario Draghi, le président de la banque centrale européenne (la BCE), annoncer que son institution va relancer le programme de rachats mensuels de dizaines de milliards d’euros d’emprunts publics et privés, avec toujours l’ambition de «stimuler» la croissance.

Ainsi chez nous, la BNS s’est remise à acheter des devises pour éviter que le franc ne s’envole à nouveau — ce risque, pourtant, nous pendait au nez dès le moment où la conjoncture internationale commencerait à faiblir (DP 2234). La BNS n’exclut pas non plus, semble-t-il, de rendre encore plus négatifs ses actuels taux négatifs.

Tout désorientés

Au bout du compte (tout provisoire que soit ce bout), où cela nous a-t-il menés? Les taux négatifs tournent à l’absurde. Payer des emprunteurs, faire payer les épargnants, tarir les rendements des capitaux dont le fonds de compensation AVS, les caisses de pension et les assurances-vie ont besoin pour assumer les rentes qu’elles se sont engagées à verser. De manière plus générale, la baisse de la rentabilité du secteur financier n’est évidemment pas propice à prendre les risques dont toute économie a besoin pour se renouveler et se moderniser. 

Si le but était de rétablir le bon fonctionnement de l’économie et des entreprises, plus rien ne fonctionne selon des «règles bien établies». Où est le nord? Où est le haut? Nous nous retrouvons tout désorientés, tout déboussolés. Cette histoire-là, les livres d’économie ne la racontent pas. On vous le disait: les cahiers au feu!

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