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Air2030: du crédit-cadre au choix du nouvel avion de combat

Aviation militaire: entre question de principe et implications concrètes

Photo Peter Gronemann
Photo Peter Gronemann (licence CC)

L’aviation militaire helvétique a connu une naissance difficile. Et sa vie fut tout sauf un long fleuve tranquille. Selon toute probabilité, l’actualité ne lui annonce pas un cours plus calme.

En 1910, le Conseil fédéral refuse de financer la formation des pilotes. C’est un appel de dons auprès de la population qui permet l’achat des 17 premiers appareils en 1916. En 1964 éclate le scandale des Mirage. Un dépassement de 66% du crédit initial conduit à la démission de Paul Chaudet, chef du département militaire fédéral, et à une réduction du nombre d’avions achetés qui passe de 100 à 59. En 1993, l’initiative populaire Pour une Suisse sans avions de combat est certes rejetée, mais elle obtient un soutien non négligeable (42,8% des votants). En 2014, le peuple refuse l’achat des Gripen: opposition au modèle choisi, coût jugé trop élevé et gestion catastrophique du dossier par Ueli Maurer, alors chef du département de la défense.

Le programme Air2030 prévoit le renouvellement de la flotte aérienne qui arrive en fin de vie d’ici 2030 et de la défense sol-air de longue portée. Le Conseil fédéral propose un crédit-cadre de 6 milliards de francs pour l’achat des nouveaux appareils (DP 2204). Un arrêté de planification fixe la procédure valable pour cet achat. Le gouvernement fait le choix de soumettre au référendum ce crédit-cadre, un choix qui n’est pas impératif au regard du droit. Mais il s’agit d’une question politique importante qui justifie cette procédure, argumente le Conseil fédéral. Il s’agit de savoir si le peuple soutient le principe d’une défense aérienne du territoire. Si la réponse se révèle positive, ce sera au Conseil fédéral puis au Parlement de se déterminer sur le modèle d’avion.

A première vue, la procédure choisie paraît appropriée. Dans aucun pays du monde, le peuple ou même le Parlement se prononce sur un type d’armement, une décision technique qui relève des spécialistes, en principe en fonction des orientations de la politique de défense. Mais, à y regarder de plus près, le choix du modèle n’est pas qu’une affaire technique. Il traduit une option de défense aérienne. La flotte ne doit pas seulement protéger l’espace aérien helvétique. Elle peut être engagée dans des attaques au sol, d’où le besoin d’acquérir des chasseurs bombardiers.

Or la proposition de principe soumise au peuple – oui ou non à une défense aérienne – ne permet pas à ce dernier de se prononcer sur cette option multifonctionnelle – police aérienne, défense de l’espace aérien et appui au sol. Elle empêche par exemple de mettre en question cette troisième fonction: comment imaginer des bombardements sur un territoire aussi exigu et densément peuplé? Pourquoi ne pas se contenter de chasseurs?

Ce n’est pas tout. Infosperber rappelle fort opportunément que les modèles en concurrence présentent un risque élevé de dépendance à l’égard des fournisseurs étrangers. Ainsi du F/A-18 actuellement en service. Son système électronique et son système de conduite de feu restent partiellement un mystère pour les spécialistes helvétiques, gérés qu’ils sont par la Navy américaine. De même pour les mises à jour qui sont décidées aux Etats-Unis. De même également pour la fourniture des pièces de rechange, livrées prioritairement à l’armée américaine et qui ne nous parviennent parfois que tardivement.

Nous avons besoin d’avions pour assurer notre indépendance, mais notre choix nous mettra éventuellement dans une situation de dépendance. Un paradoxe peu évoqué dans le débat. Sans parler de la dépense envisagée – 6 milliards – qui dépasse largement le crédit voté pour l’achat des Gripen et refusé notamment parce que trop élevé. Le renouvellement de la flotte aérienne, dont le Conseil fédéral et le Parlement veulent faire une affaire de principe, est donc loin d’être acquis.

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