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Les effets ambivalents du télétravail sur la mobilité

Les nouvelles pratiques diversifient les choix, mais s’ajoutent aux anciennes sans les supplanter

Le télétravail permet-il de limiter les déplacements pendulaires? Cette possibilité offerte par les nouvelles technologies suscite beaucoup d’espoirs. Mais elle demande à être concrétisée et se révèle ambivalente.

Le télétravail, c’est l’utilisation des technologies de communication pour travailler depuis chez soi ou dans un autre lieu proche du domicile, aux heures de travail habituelles, au lieu de se déplacer vers le lieu de travail et aux heures conventionnelles.

Selon une première analyse de l’Office fédéral de la statistique pour les années 2001 à 2015, cette pratique «reste encore relativement marginale». En moyenne, sur l’ensemble de la population active occupée, la proportion est de 2,7%. Elle s’observe dans les branches de l’information et de la communication, dans l’enseignement et dans la recherche ainsi que dans les activités financières et d’assurance. On comprend aisément qu’elle soit plutôt rare dans le secteur de l’industrie et surtout dans la construction et les services à la personne.

Mais l’OFS estime que ce pourcentage augmentera rapidement dans les prochaines années. Une étude du bureau Deloitte, L’espace de travail du futur, a examiné comment la technologie numérique et l’économie du partage sont en train de changer les modalités de travail de la population active suisse.

En raison de l’évolution du secteur des services qui exige des emplois axés sur le savoir, un nombre croissant de personnes peuvent travailler sans être rattachées à un lieu de travail en particulier. La moitié des employés auraient cette possibilité. Travailler en tant qu’indépendant devient de plus en plus monnaie courante. Plus les gens deviennent mobiles et indépendants, moins le fait d’avoir un espace de travail fixe est important.

Coworking et travail itinérant

Les espaces de coworking constituent une alternative au bureau traditionnel sur un lieu de travail fixe. Ils sont complémentaires au travail à domicile. Ce sont des bureaux partagés où les gens travaillent, ensemble ou individuellement, mais pas pour la même organisation ou entreprise. Ces locaux sont disponibles sur une base horaire. Il en existe une cinquantaine en Suisse et il faut s’attendre à leur multiplication.

Généralement situés en milieu urbain à proximité des lieux d’habitat, ces espaces permettent d’éviter de se déplacer aux heures de pointe et offrent aux employés la possibilité d’optimiser leurs déplacements professionnels, familiaux et sociaux.

Il faut signaler l’initiative Work Smart qui vise à promouvoir dans l’économie suisse les formes de travail flexibles et sans contraintes de localisation. Plus de 200 entreprises et administrations ont signé une charte d’engagement dans ce but et 55 d’entre elles se sont engagées à promouvoir des modes de travail à la maison ou dans des espaces de coworking.

Le télétravail itinérant ou nomade se pratique dans les transports ferroviaires. Il est en plein développement, avec une augmentation de 7% par an de 2007 à 2012. Il est pratiqué par des pendulaires qui se déplacent sur de grandes distances. Au bénéfice souvent de conditions de travail flexibles ou avec un statut d’indépendant, ils cherchent à optimaliser leur temps de travail et à éviter les heures de pointe.

Effets incertains sur les déplacements pendulaires

Dans leur contribution à l’ouvrage paru en 2017 sous le titre La mobilité en questions, Emmanuel Ravalet et Patrick Rérat font preuve de prudence quant aux effets du travail sur la mobilité. Leurs réflexions s’appuient sur deux expériences de Swisscom et des CFF dont l’objectif est clairement d’éviter les déplacements aux heures de pointe. Les résultats sont très positifs pour les conditions de travail et pour les effets sur les déplacements pendulaires. Mais le nombre de participants relativement réduit (228) empêche de généraliser les enseignements des deux cas observés.

Les deux auteurs s’interrogent sur les promesses du télétravail, largement défendu pour ses valeurs environnementales et sociales. Ils se montrent prudents. En effet, si le télétravail permet le développement et le maintien des relations à distance, il provoque autant qu’il évite des mobilités spatiales. Au total, les résultats s’avèrent ambivalents.

Pour lutter contre la saturation des transports aux heures de pointe, le télétravail permet de désynchroniser une partie des déplacements. Mais les personnes travaillent à distance souvent un ou deux jours par semaine et la saturation perdure les autres jours.

Il y a aussi le risque que le travail conduise à une augmentation du temps et de la distance de déplacements, en raison de leur moindre fréquence, ce qui globalement peut entraîner une extension de la pendularité annuelle. La Suisse bénéficie d’un réseau de communication très performant tant routier que ferroviaire. Les gares et entrées d’autoroute étant souvent situées en limite de localité, le télétravail pourrait ainsi contribuer à l’étalement urbain.

Et si on ajoute qu’une généralisation du travail à domicile devrait entraîner une augmentation de la surface habitable (pour des raisons de confort), alors le bilan positif du télétravail en matière d’environnement devra être nuancé.

Ces hypothèses restent à vérifier, mais elles ont leur part de probabilité. Elles rejoignent le constat de Vincent Kaufmann, spécialiste de la mobilité. Le professeur à l’EPFL observe que de nombreux Suisses deviennent de grands mobiles tout en demeurant sédentaires. Ainsi, on habite à Sion et on trouve un job à Lausanne ou Berne, mais on ne déménage pas pour autant et on pratique le télétravail itinérant.

Flexibilité des horaires et mobilité

Le télétravail contribue à la flexibilité des horaires de travail. Encore faut-il que les employés développent des pratiques de déplacement qui libèrent les heures de pointe. Ce qui est loin d’être évident.

Sur le Forum Vies mobiles, l’urbaniste Emmanuel Munch analyse les effets paradoxaux de la flexibilisation des horaires, à l’exemple de milliers de cadres travaillant en Ile-de-France. D’où il résulte que ces derniers ne profitent guère de la souplesse dont ils disposent pour modifier leur horaire ni leur organisation de travail. Ils continuent à se déplacer aux heures de pointe, car leur horaire professionnel quotidien reste déterminé par des contraintes familiales (transport des enfants à l’école, achats quotidiens à effectuer, parcours partagé avec le conjoint qui travaille). Ces cadres ont également le souci de sociabilité avec leurs collègues d’entreprise. Le café partagé en début de journée est un moment-clé pour se tenir au courant des nouvelles de l’entreprise.

Cette expérience n’est certes pas liée au télétravail. Mais elle démontre que les comportements de mobilité à un moment donné de la vie s’expliquent beaucoup par des choix anciens (un emploi plus ou moins sûr, un appartement loué ou acheté, la mise en couple, l’éducation des enfants).

L’aménagement du temps et de l’espace entre vie privée et vie professionnelle s’avère complexe. Les nouvelles technologies ouvrent le champ des possibles, mais ne modifient ni radicalement, ni en tout cas rapidement, les pratiques de mobilité.

L’arrivée du téléphone fixe puis mobile, de la visioconférence, des équipements connectés (tablettes, ordinateurs portables) a généré un questionnement identique. Y aura-t-il une substitution des anciens moyens de communication par les nouveaux? Dans les faits, ce n’aura pas été le cas, il y a eu complémentarité. Et la mobilité des pendulaires n’a pas diminué pour autant, bien au contraire elle ne cesse de se développer.

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