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Aide au développement: la Suisse peut mieux faire

Un rapport dans l’air du temps, mais pas à la hauteur des enjeux

L’aide publique au développement, qui comprend aussi l’aide humanitaire et la promotion de la paix, fait l’objet de critiques récurrentes. On peut citer notamment les propositions de réduire son budget et de lier cette aide à la réadmission des requérants d’asile.

Si le Parlement a décidé de porter son budget à 0,5% du PIB dès 2015, l’aide publique subit de plein fouet les coupes imposées par les programmes d’économies et ce pourcentage n’est pas encore atteint. Dans son dernier rapport, l’OCDE accorde une bonne note à la politique helvétique de coopération, mais critique la trop grande dispersion de son action.

Le projet de Message du Conseil fédéral à l’appui des crédits-cadres en faveur de la coopération internationale pour la période 2020-2024 reflète bien ce contexte. Face à l’aversion de l’UDC et aux critiques d’une bonne partie de la droite, le gouvernement cherche à s’assurer une majorité.

Concentration, efficacité et souplesse, utilité pour la Suisse: telles sont les lignes directrices guidant la stratégie de développement du Conseil fédéral. Le volume du rapport traduit déjà cet effort de concentration: 50 pages contre 450 pages pour le rapport précédent. Mais c’est surtout dans le choix des régions et des pays prioritaires que se manifeste cette concentration. Les moyens jusqu’ici attribués à l’Amérique latine et à l’Asie de l’Est seront déplacés vers quatre régions: l’Europe de l’Est, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, l’Afrique subsaharienne ainsi que l’Asie centrale, du Sud et du Sud-Est). Le nombre des pays prioritaires passe de 46 à 34.

Impossible de ne pas voir dans cette concentration l’effet du couplage de l’aide publique au développement avec les migrations. Haïti, qui reste l’un des pays les plus pauvres de la planète, disparaît de la liste: le Suisse ne constitue pas la destination privilégiée de ses migrants. Le déplacement de l’aide de l’Asie de l’Est vers le centre et le sud de ce continent correspond à l’intérêt de notre pays: «Vu le dynamisme et l’importance grandissante de la région comme centre de gravité économique, la Suisse a un intérêt à contribuer à surmonter les défis de la région en matière de développement durable et à promouvoir la stabilité de la région.»

Quant à la flexibilité, elle se manifeste par la possibilité prévue de déplacer à très court terme 120 millions de l’aide au développement à l’aide humanitaire pour faire face à des événements imprévus. Jusqu’à présent, de tels événements justifiaient le vote de crédits additionnels. Demain, ils risqueront de perturber la réalisation de projets de développement à long terme.

L’aide publique au développement doit servir également les intérêts de la Suisse. Le Conseil fédéral ne manque pas de rappeler que chaque franc d’aide génère en moyenne des retombées de 1.19 franc sur l’économie helvétique: achats de biens et de services en Suisse, stimulation d’activités des entreprises privées et des ONG, achat de biens et de services par des organisations internationales auprès d’entreprises suisses. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Voilà une conception bien étroite et à courte vue de l’intérêt du pays.

Dans son rapport, le Conseil fédéral insiste à plusieurs reprises sur la nécessaire cohérence entre la politique de développement et les autres politiques «notamment financière, fiscale, commerciale (en particulier agricole) ou encore environnementale». «Un défi de taille» note le gouvernement qui mentionne une étude américaine évaluant à 1’400 milliards de dollars la fuite illicite de capitaux à partir de 30 pays africains entre 1975 et 2015, soit 40% de plus que l’aide publique internationale versée en leur faveur durant la même période.

Or la Suisse est encore loin de répondre de manière efficace et convaincante à ce défi. Sa politique fiscale, telle que traduite par le projet RFFA, persiste à attirer les bénéfices des entreprises qui échappent ainsi aux fiscs des pays aidés. Elle abrite le siège de nombreuses multinationales du commerce international et de l’extraction des matières premières dont la conduite dans les pays pauvres n’est pas toujours garante d’un développement durable. L’organisation Public Eye (ex-Déclaration de Berne) ne cesse d’en apporter des preuves accablantes. Pourtant le Conseil fédéral et dans un premier temps le Parlement ont opposé une fin de non-recevoir à l’initiative pour des multinationales responsables.

L’aide publique au développement comprend également un volet consacré à la promotion de la paix et à la sécurité humaine, un engagement peu crédible lorsque nous exportons nos armes dans les zones de conflit. La position rigide de la Suisse en matière de propriété intellectuelle privilégie les intérêts de l’industrie pharmaceutique au détriment de l’accès des pays pauvres aux médicaments.

Concentration, efficacité et souplesse ne pèsent pas lourd dans le bilan global de nos rapports aux pays pauvres et aux populations les plus démunies. Aussi longtemps que les défis énoncés par le Conseil fédéral lui-même ne seront pas surmontés, l’aide publique au développement restera un emplâtre tout juste bon à calmer provisoirement nos consciences.

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