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A la redécouverte du peintre et sculpteur Casimir Reymond

«Casimir Reymond», Atelier De Grandi, Chemin d’Entre-deux-Villes 7, 1802 Corseaux, du jeudi au dimanche de 13h30 à 18h00, jusqu’au 18 août 2019

Casimir Reymond (1893-1969) reste relativement connu du grand public pour ses commandes officielles. Qu’il s’agisse de l’opulente et très classique Vendangeuse du parc du Denantou à Lausanne (1938-1943), qui fit néanmoins scandale à l’époque! Ou des deux statues monumentales de l’Artisanat et de l’Agriculture – 35 tonnes de grès chacune – qui flanquent l’entrée principale du Palais de Beaulieu. Ces deux dernières, que l’on pourrait imaginer à Moscou, Prague ou Sofia sous l’ère communiste, appartiennent à sa période «réaliste socialiste», qu’il reniera par la suite. Ce n’est sans doute pas le meilleur de son œuvre.

Pour découvrir celui-ci, il faut voir l’exposition de l’Atelier De Grandi. Bien que cette dernière n’épouse pas une démarche chronologique, recourons à elle pour mieux faire comprendre l’originalité de Casimir Reymond.

Il naît à Vaulion, village vaudois au pied du Jura. De cette localité, à laquelle il restera toujours attaché, on admirera un magnifique tableau, aux couleurs intenses et à la matière picturale épaisse qui rappellent les Fauves. Dans les nuages qui surplombent la localité, on sent l’influence de Hodler, proche de l’Art nouveau. Certes, il a subi encore d’autres influences, dont il saura se détacher: celles de Cuno Amiet, de Giovanni Giacometti et de son «tachisme», enfin celle de Cézanne, que l’on reconnaît dans sa toile Les joueurs de cartes.

Sa production picturale la plus intense, et la meilleure à nos yeux, date de 1913. De cette période, on peut voir des œuvres vigoureuses, représentant souvent des hommes au travail: faucheurs, paysans bêchant, forgerons, mais aussi des vues splendides de la nature, comme Les cerisiers en fleurs. La même année, il présente à la Grenette à Lausanne une exposition qui comporte pas moins de 180 tableaux! Elle connaît un immense succès. Entre 1915 et 1919, il participe au renouveau de l’art religieux, aux côtés d’Alexandre Cingria et de Marcel Poncet.

1922 est l’année de sa «montée» à Paris. Malgré l’estime d’autres artistes, ce sont des années très difficiles. Il ne vend rien et connaît la misère. C’est dans la capitale française qu’il adhère au communisme. Edith Carey, éminente spécialiste de Casimir Reymond et commissaire de l’exposition, donne de cette «conversion» une explication qui nous semble très pertinente. La mère de Casimir était une protestante très pieuse qui lui lisait des passages de la Bible. Des Evangiles, le jeune homme retiendra le message de charité. Ce passage du christianisme au communisme n’est d’ailleurs nullement un cas isolé! En 1932, la Grande Dépression le conduit à rentrer en Suisse, certes à contrecœur.

Ses conditions de vie vont néanmoins s’améliorer nettement. Il reprend le poste d’enseignant d’Abraham Hermanjat à l’Ecole cantonale de dessin et d’art appliqué de Lausanne. C’est un pédagogue très apprécié de ses élèves. Il y enseigne le dessin d’académie puis le modelage.

Car dès 1914, il s’est lancé dans la sculpture. Il reçoit des commandes publiques, dont nous avons parlé au début de cet article. C’est un excellent portraitiste, tant en peinture qu’en sculpture. Dans ce dernier domaine, il réalise les bustes de toutes les notoriétés de son temps. Parmi elles, C.-F. Ramuz, le conseiller d’Etat valaisan Maurice Troillet, le général Guisan (bien qu’il soit farouchement antimilitariste). Ses sympathies politiques – après la guerre il sera un «compagnon de route» du POP – lui vaudront cependant d’être recalé au concours pour la statue équestre de Guisan, après la mort de ce dernier.

L’exposition de l’Atelier De Grandi présente aussi nombre de dessins, souvent non datés, car l’artiste se souciait peu d’établir un catalogue de ses œuvres. Esprit inquiet, il n’était jamais satisfait de lui-même, détruisant souvent ce qu’il avait réalisé la veille. Il y a donc une recherche permanente et une évolution continuelle dans son œuvre.

En 1938, il peint des Vendangeuses bien dans le goût des années 30. Plus tard ce seront des dessins et de petites sculptures allant vers quelque chose de beaucoup plus épuré, proche de l’abstraction.

En 1968, il est frappé par un drame qui le brise: la mort de son fils unique dans un incendie criminel à Zurich. Il ne se sent alors plus la force de sculpter. Il réalise cependant de nombreuses terres cuites de petit format, souvent des nus féminins pleins de charme, dont l’exposition montre un beau choix.

Edith Carey considère Casimir Reymond comme l’un des artistes suisses les plus intéressants de son époque, car il s’est essayé à tous les genres : dessin, peinture, sculpture, terre cuite, gravure. La belle exposition de l’Atelier De Grandi semble bien lui donner raison.

Rappelons enfin que l’Atelier lui-même constitue un exemple marquant de l’architecture contemporaine sur la Riviera lémanique. Il fut construit en 1939 pour l’artiste Italo De Grandi, à la fois comme maison d’habitation et comme atelier, par le célèbre architecte d’avant-garde Alberto Sartoris. Tant l’exposition que son cadre méritent donc la visite.

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