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Egalité femmes – hommes: bonnet d’âne pour la Suisse

Des faits, des chiffres qui confirment et précisent un diagnostic choquant

La Banque Mondiale vient de publier une étude sur les effet des discriminations légales à l’égard des femmes sur leurs possibilités d’emploi et d’accès au statut d’entrepreneures.

En tout, 35 questions ont été posées dans huit domaines: liberté de mouvement, se lancer dans une activité professionnelle, se faire rémunérer, se marier, avoir des enfants, monter une entreprise, gérer sa fortune, prendre sa retraite. Des indicateurs pour montrer comment les lois influencent les femmes durant leur vie professionnelle. A noter qu’il s’agit d’une étude des textes législatifs, qui par conséquent ne tient pas compte de leur degré d’application.

La Suisse se trouve au 70e rang des 189 pays analysés et au 32e rang des pays membres de l’OCDE. La Lettonie, la Serbie, la Croatie, le Paraguay, le Kosovo, l’Equateur, la Bosnie, la Tanzanie, le Kenya…. sont mieux classés. Notre pays perd ses points essentiellement en raison de la législation sur la protection de la maternité et sur le régime des retraites.

Avoir des enfants

Notre pays ne fait pas bonne figure à ce chapitre: nous ne connaissons pas de congé paternité, ni de congé parental; nous obtenons tout juste le point pour le congé maternité payé – d’une durée minimale de 14 semaines. Nous aurions encore perdu d’autres points si la disponibilité de places de crèches et d’accueil extrascolaire pour tous les enfants et leur coût pour les parents avaient été pris en compte.

Une recherche de 2016 sur une population suisse représentative révèle que le fait de devenir parents provoque l’inégalité au sein du couple, plus égalitaire avant la naissance de l’enfant. En effet, la naissance d’un premier enfant conduit le plus souvent à une réduction de l’engagement professionnel des femmes.

C’est un fait: en Suisse, la maternité pénalise les femmes de manière drastique.

La retraite

En matière de prévoyance vieillesse, les questions posées concernaient l’âge de la retraite. En Suisse, la retraite des femmes à 64 ans raccourcit d’une année le versement des cotisations qui contribuent à la constitution de leur capital retraite, ce qui fait perdre à notre pays les trois quarts des points sur ce thème.

Toutefois, cette année manquante n’explique que très partiellement l’inégalité du montant de la rente vieillesse entre les femmes et les hommes.

Récemment publiées, les statistiques de l’OFS sur les nouvelles rentes payées en 2016 illustrent cette inégalité, et confirment les résultats d’une étude publiée en 2017 (DP 2183). La quasi-totalité des bénéficiaires de sexe masculin a reçu des prestations de la prévoyance professionnelle (deuxième pilier), alors que 30% des femmes devaient se contenter de la rente AVS (premier pilier). En outre, elles ont touché en moyenne une rente AVS 10% moins élevée que les hommes.

Quant aux prestations au titre de la prévoyance professionnelle, elles équivalent à un tiers seulement du montant des rentes versées aux hommes. Selon nos calculs, au total, AVS et prévoyance professionnelle confondues, l’écart est d’un tiers, soit en moyenne plus de 15’000 francs par an.

Pour la génération de femmes qui ont pris leur retraite en 2016, le manque à gagner s’élève à plus de 700 millions de francs. Pour l’ensemble des femmes en âge de toucher une rente, le manque à gagner atteint une somme astronomique que l’on peut évaluer à quelque 20 milliards de francs par an.

L’effet-retard des inégalités dans le monde du travail…

Les femmes travaillent au moins autant que les hommes. Mais leur travail (souvent mal) payé ou non rémunéré ne génère que des rentes relativement modestes.

De fait, toutes les inégalités qui affectent le travail des femmes se concrétisent à l’heure de la retraite, en francs sonnants et trébuchants:

  • L’égalité salariale est encore un mirage: en 2016, les femmes ont gagné 19,6% de moins que les hommes en moyenne, et l’écart s’est creusé par rapport à 2015.
  • Elles occupent majoritairement les postes les moins bien payés: en 2016, plus de 60% des postes du secteur privé pour lesquels le salaire brut à plein temps était inférieur à 4’000 francs par mois étaient occupés par des femmes.
  • Elles sont largement minoritaires dans les postes offrant un salaire mensuel de plus de 8’000 francs (28%) et encore plus minoritaires lorsque ce salaire dépasse 16’000 francs (18%); de plus, à ce niveau de rémunération, les écarts salariaux sont les plus marqués (plus de 30% de différence).

Les femmes et les hommes n’exercent pas les mêmes métiers (voir l’onglet «types de familles»). Les femmes travaillent majoritairement dans le secteur administratif, dans l’enseignement, la santé, dans les services et la vente et dans les professions dites élémentaires (aides de ménage, nettoyage, etc.). Le plus souvent femmes et hommes n’exercent pas les mêmes tâches sur un même poste. Il existe une vraie segmentation sexuée du marché de l’emploi.

En outre, dans les secteurs majoritairement occupés par des femmes, l’activité à temps partiel, voire très partiel, avec horaires variables et décalés et contrat de travail à durée déterminée, est fréquent, voire majoritaire. Dans nombre de cas, le travail à temps partiel des femmes n’est pas un choix.

De fait, trois postes à temps partiel sur quatre sont occupés par des femmes. Avec les conséquences que l’on connaît pour la retraite: la plupart du temps, le salaire est inférieur au seuil d’affiliation à la caisse de retraite, et il n’y a donc pas de cotisation pour le capital-retraite.

… et de la répartition asymétrique des tâches

Notre société assume mal ses enfants. En comparaison internationale, notre pays se classe parmi les mauvais élèves.

  • Le congé maternité est court. Les indemnités maternité ne couvrent que 80% du salaire, et plafonnent à 196 francs par jour – moins que les soldats, dont le maximum est de 245 francs par jour. Pas d’indemnités maternité si la mère n’exerce pas d’activité lucrative – les recrues, elles, touchent en tout cas 62 francs par jour.
  • Une pause plus longue pour s’occuper de son enfant comporte le risque de ne pas retrouver son travail ensuite.
  • Notre législation ne prévoit encore aucun congé paternité, aucun congé parental.
  • Le nombre de places de crèches est encore insuffisant et leur coût est élevé.

Le coût de l’accueil des enfants, et l’importante progressivité de l’impôt (impôt fédéral, et parfois aussi cantonal) pour les couples mariés conduisent souvent à la décision déterminante: l’un des conjoints va pour un temps renoncer à sa carrière, ou réduire son engagement professionnel. Les employeurs rechignant à accorder un temps partiel à un homme, et le salaire de l’épouse étant généralement inférieur, c’est elle qui s’y colle – une double peine pour les femmes.

Certes, cette réalité peut relever d’un choix, mais ce cadre légal, économique et social fait que les femmes assument encore l’essentiel du travail ménager, éducatif et de soin, non rémunéré. Tant que les conditions-cadres en Suisse ne seront pas plus favorable à la maternité, les inégalités entre les femmes et les hommes perdureront à l’heure de la retraite.

Du coup, la 65e année des femmes n’est largement pas seule responsable de l’insuffisance de leur capital-retraite.

Des stéréotypes tenaces

Le communiqué officiel publié sur les nouvelles rentes mentionne certaines des raisons qui expliquent l’écart important entre les rentes des femmes et celles des hommes, mais relativise: «La plupart des bénéficiaires sont toutefois mariés. Dans de tels cas, le ménage forme en général une unité économique où les moyens financiers à disposition sont répartis entre les sexes de manière bien plus équilibrée que les montants versés individuellement.» On ne s’étonne plus de la pauvreté des efforts des autorités fédérales en vue d’améliorer la situation des femmes.

Divorcez, Mesdames! Au moins, le capital de prévoyance des époux sera-t-il partagé équitablement!

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