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La modestie ne nourrit pas son ménage

Les ménages à revenus moyens et élevés ont profité davantage de l’augmentation du PIB que ceux à faibles revenus

Photo Martin Hilber
Photo Martin Hilber (licence CC)

Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) a fait savoir récemment que le produit intérieur brut (PIB) de la Suisse a augmenté de 2,5% l’année dernière. Est-ce à dire que la Suisse est plus riche en raison de ce pourcentage? Plus précisément, les revenus des différentes catégories sociales ont-ils augmenté dans une même proportion?

Pour tenter de répondre à ces questions, il est nécessaire de faire un détour par les statistiques des revenus. Plusieurs publications de l’Office fédéral de la statistique (OFS) peuvent être mises à contribution: enquête sur le budget des ménages, situation de la classe moyenne, évolution et inégalité des revenus et de la consommation. Il faut cependant prendre en compte le fait que plusieurs de ces études ne sont pas annuelles ni régulières. Il en découle que nous ne pouvons obtenir qu’un regard rétrospectif. Si l’on parvient cependant à dégager des tendances dans la durée, il est probable qu’elles valent encore maintenant.

Rien de tel que de plonger dans des séries statistiques pour se rendre compte que les temps ont changé. On ne parle plus aujourd’hui de prolétaires ou de capitalistes, mais de la classe moyenne. C’est elle qui est désormais la référence quasi obligée lorsqu’il s’agit d’approuver ou de critiquer les mesures prises dans les domaines du logement, de l’assurance-maladie, des transports ou de structures d’accueil pour la petite enfance, par exemple.

La classe des gagne-petit

La classe moyenne est devenue si omniprésente dans le débat public et dans de nombreuses publications qu’on en oublie qu’il existe — aussi? encore?— une classe dont les revenus sont moindres. Une classe qu’on n’ose décemment pas qualifier d’inférieure, et que les tableaux des statistiques inscrivent sous «faibles revenus». Cette classe des gagne-petit est délaissée. Elle regroupe des gens qui ne font pas parler d’eux, précisément parce qu’ils sont modestes, dans tous les sens du mot.

Ainsi, le débat public se déroule en considérant d’une part les ménages aisés qui sont au-dessus du lot, qui n’ont d’ailleurs pas besoin qu’on s’intéresse à eux, et qui même s’en trouvent d’autant mieux qu’on ne le fait pas; et, d’autre part, la classe moyenne dont l’omniprésence peut donner l’impression qu’elle englobe tous les autres ménages, que ce soit pour des raisons objectives par les revenus dont ils disposent, ou subjectives par crainte d’être déconsidérés s’ils n’en font pas partie. On parle d’ailleurs désormais des classes moyennes, ce qui reflète à la fois leur étendue et leur diversité.

Une très large classe moyenne

Selon l’OFS, appartiennent à cette classe moyenne les ménages dont les revenus sont compris entre 70% et 150% de la médiane. Donc les revenus inférieurs à 70% figurent parmi les faibles revenus, et ceux qui sont supérieurs à 150% dans les revenus élevés. Ainsi définie, la classe moyenne est très large. Elle englobe 58% des ménages. Elle est d’ailleurs si large que les tableaux établis par l’OFS font le plus souvent une distinction entre la classe moyenne inférieure (28%) et la classe moyenne supérieure (30%). La classe des faibles revenus représente 22% des ménages et la classe aisée 20%. Ces proportions sont restées assez stables entre 2000 et 2015 (derniers chiffres publiés).

Quelques définitions sont indispensables avant de poursuivre.

  • La médiane partage un groupe en deux parts égales.
  • Les revenus, bruts ou disponibles, sont exprimés en valeur dite réelle, c’est-à-dire corrigée de la hausse des prix.
  • Le revenu disponible correspond au revenu brut, déductions faites de toutes les dépenses obligatoires – cotisations sociales, impôts, primes de l’assurance-maladie de base, cas échéant pensions alimentaires.
  • La notion d’équivalence tient compte de la composition des ménages de manière à leur assurer un même niveau de vie. Une personne vivant seule compte pour 1; un ménage de deux adultes avec 2 enfants de moins de 14 ans compte pour 2,1. Exemple: si le revenu brut dans le premier cas est de 4’000 francs, le revenu brut équivalent dans le deuxième cas est de 4’000 multiplié par 2,1, soit 8’400 francs.

18% de mieux

Cela étant, comment les revenus des ménages ont-ils évolué de 2000 à 2015? Le revenu brut médian est passé de 4’663 francs à 5’615 (+20%). Celui d’une personne seule située à la limite inférieure de la classe moyenne, de 3’264 francs à 3’930 (+20%). Celui d’un ménage avec deux enfants, toujours situé à la limite inférieure de la classe moyenne, de 6’885 francs à 8’254 (+20%).

Pour les ménages qui sont à la limite supérieure, leurs revenus respectifs sont de 6’995 francs et 8’422 (+20%) et de 14’689 francs et 17’686 (+ 20%).

En ce qui concerne les revenus disponibles, toujours pour la même période, et pour les ménages d’une personne, la valeur médiane du groupe des faibles revenus est passée de 1’923 francs à 2’049 (+7%), celle de la classe moyenne de 3’597 francs à 4’223 (+17%) et celle de la classe aisée de 7’326 francs à 8’512 (+16%).

Quant au PIB réel, il a augmenté de 18%.

L’écart se creuse

Les conclusions que l’on peut tirer de ces séries de nombres, toujours un peu arides à suivre, paraissent assez évidentes. A la différence des observations souvent évoquées dans d’autres pays qui font état d’une quasi-stagnation des salaires depuis de très nombreuses années, les revenus réels des ménages qui appartiennent aux classes moyenne et aisée ont augmenté chez nous à peu près dans les mêmes proportions que le PIB.

Un même parallélisme ne s’observe pas pour les revenus des ménages modestes. L’écart avec les classes de salaires plus élevés ne se résorbe pas. Il se creuse.

On se permet d’insister. 1’923 francs par mois de revenu disponible au tournant du millénaire, 2’049 francs en 2015: 126 francs de plus en quinze ans! Plutôt que de continuer de s’interroger sur les besoins et les soucis des classes moyennes, ne serait-il pas temps d’accorder une attention prioritaire aux conditions de vie des ménages modestes?

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