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Sans emploi, un décompte incomplet

En quête des personnes disparues et découragées

Photo Charlotte Henard
Photo Charlotte Henard (licence CC)

Il y a comme ça, parfois, des sujets qui trottent dans la tête. Par exemple celui du chômage.

Lorsque nous lisons, par exemple, que le taux de chômage, sur l’ensemble de 2017, a été de 3,8% en Allemagne, de 9,4% en France et de 11,2% en Italie, peut-on en déduire que la situation économique est bonne chez nos voisins du nord, qu’elle est médiocre à l’ouest et mauvaise au sud?

Cette appréciation paraît de bon sens. Elle se fonde sur l’idée que la situation est satisfaisante dans les pays où ce taux est inférieur à 5%, que ça ne va pas fort pour ceux où ce taux est compris entre 5% et 10% et qu’elle est préoccupante lorsque ce chiffre est supérieur à 10%.

Ces statistiques sont un bout de l’histoire. Mais pas toute l’histoire. Quelles sont les caractéristiques des personnes considérées comme étant au chômage? En Suisse, nous avons deux statistiques. L’une ne prend en compte que les personnes qui reçoivent des allocations de chômage. L’autre englobe en plus les gens qui, sans bénéficier d’allocations, sont disponibles sur le marché du travail et recherchent un emploi.

La première est établie par le Seco (Secrétariat d’Etat à l’économie); elle répond à un «besoin» intérieur: combien de personnes doivent être indemnisées par les offices du travail. La seconde est déterminée par l’Office fédéral de la statistique (OFS); elle se conforme aux critères établis par l’Organisation internationale du travail (OIT), qui ont aussi l’avantage de permettre d’établir des comparaisons internationales.

Le chiffre du chômage publié par le Seco pour décembre 2018 est de 2,7%; celui du l’OFSpour le dernier trimestre de l’année dernière de 4,6%. On passe de 120’000 personnes dans le premier cas à 227’000 dans le second — presque du simple au double.

Les «omissions» de la statistique

Mais ce n’est pas (encore) le fin mot de cette histoire. Dans ces calculs, le numérateur est connu — les chiffres du Seco ou ceux de l’OFS. S’agissant du dénominateur, la référence généralement retenue est celle de la population active disponible. Ce chiffre n’est pas aussi aisé à déterminer qu’on pourrait le croire.

Il faut tenir compte des personnes qui ont un emploi et de celles qui n’en ont pas, mais en recherchent un activement. Mais il y a aussi celles qui sont en âge de travailler, sans pour autant figurer dans les statistiques.

La cause la plus fréquente de ces «omissions» semble être que ces personnes se sont retirées du marché du travail parce qu’elles ont épuisé leurs indemnités de chômage, ou que leurs démarches pour trouver n’ont rien donné, ou que la profession qu’elles ont exercée n’est plus demandée, ou qu’elles habitent une région qui périclite. Elles ont cessé de consacrer du temps et de l’énergie à une quête qui n’aboutit à rien. Bref, ce sont des personnes découragées.

Statistiquement, ces gens n’existent donc plus. Leur absence n’en dit pas moins, ou plutôt en dit beaucoup, sur la situation économique et sociale qui prévaut dans leur pays. D’où la question de savoir s’il est possible de faire réapparaître ces personnes «disparues»?

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publie des tableaux qui mettent en relation la population active et l’ensemble des personnes dont l’âge est compris entre 15 et 64 ans. Ils montrent que ce rapport est le plus élevé en Islande (86%). La Suisse suit à 80%. Dans les pays voisins, le rapport est de 75% en Allemagne, 72% en Autriche, 65% en France et 58% en Italie. Deux autres pays encore: 77% en Suède et 70% aux Etats-Unis.

Une réalité partielle

L’interprétation optimiste serait que dans les pays qui ont les taux les plus bas, le système social est suffisamment développé pour permettre à une part importante de la population de ne pas ou de ne plus devoir travailler. Ce n’est cependant pas la conclusion la plus probable. C’est même l’inverse. Les statistiques de l’OCDE montrent plutôt, dans les grandes lignes, que le taux de chômage est d’autant plus élevé que la proportion de personnes effectivement actives est la plus faible.

La moyenne annuelle (2017) du taux de chômage (normes OIT) est la suivante: Islande 2,8%, Suisse, 4,8%, Allemagne 3,8%, Autriche 5,5%, France 9,4%, Italie 11,2%, Suède 6,7%, Etats-Unis 4,4%.

Cette constatation ne devrait pas nous surprendre. Plus la part des personnes qui ont un emploi, donc un revenu, est élevée, plus leurs dépenses de consommation sont importantes. Lesquelles représentent la composante principale du PIB. L’enchaînement est inverse lorsque la part de la population active est faible: moins d’emplois, moins de revenus, moins de dépenses de consommation.

On peut tirer deux conclusions de ces observations. Le taux de chômage, selon les normes de l’OIT, est un bon indicateur de la situation économique d’un pays.

Cet indice ne montre cependant qu’une partie de la réalité sociale. Aux personnes qui sont effectivement à la recherche d’un emploi, il faut ajouter celles qui ont «choisi» de se retirer du marché du travail. Comme elles n’apparaissent pas dans les statistiques, c’est comme si elles avaient cessé d’exister. Elles n’en continuent pas moins de vivre parmi nous, sans doute très frugalement pour la plupart d’entre elles.

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