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Pourquoi le PS s’en sort mieux en Suisse

La gauche entre concordance et durcissement

Photo ps-ge.ch
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Dans de nombreux pays européens, la social-démocratie lutte pour sa survie. Mais en Suisse où le PS attire depuis deux décennies environ 20% de l’électorat et reste la deuxième formation du pays, son deuxième siège au gouvernement est solide et il a plutôt renforcé son influence. Pourquoi?

Deux raisons principales expliquent les défaites électorales des gauches européennes. D’une part, elles ont perdu le soutien d’une partie des ouvriers et des employés, leur base électorale traditionnelle, le plus souvent au profit des partis nationalistes conservateurs. D’autre part, les sociaux-démocrates paient leur soutien à la politique européenne de libre échange et de libre circulation des personnes. Une politique dont ils n’ont pas su voir qu’elle saignait les régions industrielles et générait de trop nombreux perdants de la globalisation.

Comme la gauche européenne, le PSS a vu s’amenuiser sa base électorale d’antan. Mais ce phénomène s’est produit déjà dans les années 1970/80, lorsqu’il a perdu un cinquième de son électorat. Néanmoins le PSS a su se profiler comme le représentant des salariés bien formés du secteur tertiaire. Et localement, il a réussi à attirer les urbains par une nouvelle politique sociale pragmatique (par exemple la prise en charge des enfants) répondant aux besoins des jeunes actifs.

Le PSS profite des divisions du bloc bourgeois

Comment un parti peut-il disposer aujourd’hui de plus d’influence qu’il y a 20 ans, alors même qu’il n’a pas progressé électoralement? Tout simplement parce que le bloc bourgeois est divisé. Lors des élections au Conseil des Etats, l’UDC ne trouve pas d’alliés et perd. Le PSS en a profité pour passer de 5 à 12 sièges dans la Chambre des cantons, alors que l’UDC a dû se contenter de ses 5 représentants. Les conflits entre l’UDC et les partis bourgeois ont conduit dans une certaine mesure à un paysage parlementaire tripolaire: la gauche, le centre et la droite. La gauche qui auparavant se retrouvait régulièrement minorisée, trouve plus souvent des majorités avec le PDC ou même le PLR, car l’UDC refuse les compromis élaborés par les autres partis.

En quoi le positionnement du PSS lui a-t-il permis de mieux s’en sortir? Son programme de «dépassement du capitalisme» l’a situé à l’extrême gauche de la social-démocratie européenne. Mais cela ne lui a pas nui: dans un régime de démocratie directe, les partis ne sont pas tant jugés sur leur programme que sur leur engagement et leur succès sur des dossiers concrets. A cet égard, on doit noter la constance de la gauche helvétique dans la défense des acquis sociaux, comme l’AVS par exemple. Alors que, dans le même temps, Schröder et sa réforme Hartz IV ont fait perdre beaucoup de sa crédibilité au SPD.

L’obstacle de la politique migratoire

La principale pierre d’achoppement reste la politique migratoire. L’engagement du PSS en faveur de frontières ouvertes lui a coûté très tôt ces échecs électoraux et cette perte de confiance qui touchent aujourd’hui la gauche européenne. Et la «Suisse ouverte et sociale» pour laquelle milite le PSS reste sous pression.

En Suisse, c’est le peuple qui détermine le niveau supportable de l’immigration. Le succès de l’initiative «contre l’immigration de masse» en février 2014 a montré qu’une majorité estimait ce niveau dépassé. Si le PSS veut tenir tête à l’UDC sur ce thème, il devrait demander la limitation de l’immigration, mais par un biais tout différent, ainsi que l’a formulé la conseillère nationale Jacqueline Badran (PSS) lors d’un débat avec son collègue UDC Aesch: «Vous devriez enfin vous attaquer aux causes de l’immigration, mais ce serait en complète contradiction avec votre politique de sous-enchère fiscale. Vous attirez ainsi de nombreuses entreprises multinationales. Et à la suite de chacun de leurs cadres, ce sont dix autres migrants qui viennent – pour construire son logement, nettoyer son appartement, garder ses enfants et ainsi de suite.»

Une position constante sur le dossier européen

Le PSS milite depuis longtemps en faveur d’une adhésion de la Suisse à l’Union européenne. N’est-ce pas un suicide politique? Non, pour deux raisons. Tout d’abord la crédibilité d’un parti se mesure à sa constance dans les questions politiques fondamentales. Ensuite la Suisse serait mal préparée à décider de son avenir si toutes ses élites politiques ne pouvaient concevoir la politique européenne que dans la seule alternative des bilatérales ou de l’Alleingang.

Toutefois le PSS doit corriger sa vision idéaliste d’une «Europe sociale». Une telle Europe n’existe pas, car l’UE et sa justice ont depuis longtemps fait le choix d’une politique économique néolibérale. Les syndicats l’ont entretemps compris. Le refus de Paul Rechsteiner d’abandonner un partenariat social autonome dans le cadre de l’accord institutionnel constitue un signal positif (DP 2219).

La force de la culture politique

Les droits populaires imposent la concordance: les partis sont contraints de nouer des compromis. Sans compromis, l’opposition se manifeste par le biais du référendum ou de l’initiative populaire. Les partis aux pôles opposés de l’éventail politique – UDC et PSS – jouent évidemment plus souvent ce rôle d’opposition que ceux du centre. Un rôle que la droite nationaliste conservatrice a su mieux endosser que la gauche.

C’est ce qui doit changer. Car la critique de l’hyperglobalisation – la finance casino, l’accroissement des inégalités, la précarisation des salariés peu formés et la déqualification de nombreux métiers, les effets négatifs de la croissance – se fait entendre partout en Europe. Contrairement à ses partis frères, le PSS, par sa résistance au courant dominant néolibéral – privatisation des entreprises publiques, marché du travail sans frontières et affaiblissement de l’Etat social – a pu asseoir sa crédibilité. Il pourrait faire mieux encore.

Les socialistes suisses se portent mieux que ceux d’autres pays probablement parce qu’ils sont intégrés dans un système de concordance stable impliquant une force politique de gauche à côté d’un bloc bourgeois. Mais une opposition plus dure n’accroîtrait-elle pas la polarisation et ne mettrait-elle pas à mal la concordance? Aujourd’hui déjà, le nombre de projets soutenus par l’ensemble des partis gouvernementaux n’a jamais été aussi bas.

Je ne crois pourtant pas à la fin de la concordance. Car la capacité qu’elle montre à résoudre les conflits par des compromis résulte d’une culture politique. Et cette culture est encore largement intacte. Il est encore possible que la parlementaire socialiste citée plus haut, bien que très profilée, prononce le discours du 1er août dans une commune rurale UDC. Et il ne viendrait pas à l’esprit de l’une de nos politiciennes de refuser la participation du représentant d’un parti adverse à une manifestation politique, contrairement à ce qui se passe actuellement outre Rhin avec l’Alternative pour l’Allemagne. Voilà qui distingue le PSS et qui est bon pour la Suisse.

Traduction et adaptation DP d’après l’original allemand. Une version de cet article est parue dans la Weltwoche.

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