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La Suisse dans l’euro, exercice de politique-fiction monétaire

Face à la dégradation conjoncturelle, que faire?

Photo Tim Neale
Photo Tim Neale (licence CC)

Domaine Public est un hebdomadaire sérieux et doit le rester. Les réflexions qui suivent peuvent paraître fantaisistes à la première lecture. Mais sont-elles si farfelues?

Avant d’y venir, posons le décor. La dégradation de la conjoncture économique internationale au cours de cette année est possible sinon probable. La plupart des institutions et organismes qui émettent des pronostics se basent sur les avis recueillis auprès des entreprises. Leurs conclusions concordent: 2019 sera moins bien que 2018. Les prévisions pour la Suisse vont dans le même sens.

Quelles pourraient en être les conséquences pour notre économie? Son dynamisme, on le sait, dépend pour une bonne part des exportations. Le ralentissement ailleurs aura mécaniquement des répercussions ici.

Bien des sociétés sont parvenues à sortir la tête de l’eau après le choc qu’a constitué l’envolée du franc avant 2011, puis après la décision de la Banque nationale suisse (BNS) d’abolir le cours plancher du franc par rapport à l’euro le 15 janvier 2015. Le redressement intervenu depuis lors doit beaucoup à la capacité d’innovation des entreprises. Il le doit aussi à la politique de la BNS qui a massivement émis de la monnaie pour stabiliser le cours du franc et permis d’éviter à notre économie d’être asphyxiée (DP 2215).

Quelques chiffres

Le recul attendu de l’activité économique dans le monde en 2019 aura-t-il des répercussions sur la valeur du franc? La réponse est ouverte. Il se pourrait qu’une dégradation de la conjoncture n’ait pas d’incidence majeure. En revanche, si le ralentissement est plus prononcé que prévu, ou s’il persiste, la situation pourrait prendre un tour analogue à celui que nous avons connu après la crise financière de 2007-2008.

On ne peut donc pas exclure que le franc suisse, eu égard aux incertitudes politico-économiques dans le monde, soit à nouveau considéré comme une valeur refuge. Ce n’est qu’une hypothèse. Il vaut néanmoins la peine d’en analyser les conséquences, car le contexte de 2019 (ou 2020) est très différent de celui postérieur à la dernière crise. En particulier, la BNS, qui a éprouvé de grandes difficultés à garder sous contrôle la valeur du franc, ne pourrait injecter aussi massivement des liquidités.

Quelques chiffres pour fixer les ordres de grandeur. Le total du bilan de la BNS atteignait 89 milliards en décembre 2000, 164 milliards en décembre 2009 et 827 milliards en novembre dernier (dernier chiffre connu). De plus, pour enrayer la hausse du franc, la BNS a également introduit un taux d’intérêt négatif de 0,75% sur les montants obligatoirement déposés auprès d’elle par les instituts financiers.

Rester spectatrice

De quels moyens la Suisse dispose-t-elle pour faire face à une détérioration de la situation économique au plan international qui entraînerait des répercussions sur la valeur de notre monnaie?

En principe, la gestion de la politique conjoncturelle est du ressort de la Confédération. Elle a à la fois les compétences légales et les moyens financiers pour intervenir. Mais le fera-t-elle? Elle n’a pas levé le petit doigt à la suite de la crise financière. Elle s’est comportée comme si de rien n’était, engrangeant des excédents de recettes et réduisant la dette publique. C’est-à-dire le contraire de ce qui aurait été nécessaire pour relancer une conjoncture déprimée. Agira-t-elle autrement en cas de nouvelle récession? On peut craindre qu’elle continue à rester passive.

De son côté, la BNS peut en principe continuer de créer des liquidités. Mais pas dans la même mesure qu’elle l’a fait jusqu’à présent. Pour deux raisons. D’une part, sa marge de manœuvre s’est réduite pour les raisons mentionnées plus haut. D’autre part, les marchés financiers le sachant, ils ne seront plus impressionnés par sa «détermination à défendre le cours du franc».

Quant à fixer des taux d’intérêt encore plus négatifs (par exemple, passer de -0,75% à -1,5%), n’en parlons pas. Les taux actuels donnent déjà lieu à tant de critiques de la part des assureurs, des caisses de pension et des épargnants en général, qu’une nouvelle détérioration de leur «rémunération» provoquerait une levée de boucliers. On peut aussi oublier l’idée d’un contrôle des changes. Cette mesure n’est pas concevable dans un pays qui entretient des relations commerciales et financières très étroites avec le reste du monde.

Nous prendre sous son aile

C’est là que se présente cette idée singulière: décider d’arrimer notre monnaie à l’euro. Une telle suggestion est même impossible: la Suisse n’est pas membre de l’Union européenne, elle ne peut donc pas faire ce choix. Même si elle le pouvait, l’idée susciterait des vagues d’oppositions. Pas touche à notre monnaie, symbole de notre indépendance et de notre souveraineté! Pas question de sacrifier le franc, garant de la valeur de nos biens et de nos économies!

Pas besoin de faire un tableau pour nous convaincre que ce projet, à peine ouvert, doit être remballé. Pourquoi alors en parler? Pour une raison disons pédagogique. Si la Confédération ne veut pas, si la BNS ne peut plus, quelle autre solution nous reste-t-il? Soit nous laissons le franc reprendre de la hauteur, avec les conséquences prévisibles. Soit nous demandons à l’euro de nous prendre sous son aile pour retrouver une mer plus calme.

100’000 emplois perdus

Mais cette fois, on ne pourrait plus se contenter de simplement rattacher unilatéralement le franc à l’euro. La BNS l’a tenté en 2011 en faisant savoir que le cours du franc par rapport à l’euro ne devait pas être inférieur à 1,20 franc. Mais en 2015, elle a dû y renoncer. Un nouvel essai serait probablement d’autant moins concluant que la première tentative a vite avorté. Ce n’est donc plus un rattachement qu’il faut envisager, mais bien une adhésion.

Aussi saugrenue que cette idée puisse paraître, elle permet de prendre – un peu – la mesure du problème auquel nous pourrions à nouveau être confrontés. Problème qui n’a rien de théorique puisqu’on estime que la hausse du franc postérieure à la crise de 2007-2008 a entraîné, en dépit des interventions de la BNS, la perte de 100’000 emplois dans le pays.

Réfléchir à une situation future possible, ainsi qu’aux mesures à envisager le cas échéant, n’est jamais inutile. Et si vous avez une meilleure idée, n’hésitez pas à en faire part!

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