Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Point de vue : Des ONG à l’OMC : pour quoi faire?

Quelles ONG ? Que représentent les ONG ? Qui défendent-elles ? Quels sont leurs objectifs ? Comment fonctionnent les négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ? Pourquoi les ONG aimeraient-elles tout à coup participer aux négociations à Genève plutôt que participer au dialogue politique national ?
Les négociations commerciales multilatérales se déroulent entre gouvernements. C’est historique et logique, dans le sens où elles portent d’abord sur les droits de douane, une prérogative éminente de tout gouvernement, puisqu’il s’agit de la perception d’impôts nécessaires au financement de son fonctionnement. Les droits de douane sont parmi les premières taxes perçues par les gouvernements et, pour les pays en développement, ils représentaient, après leur indépendance, une proportion très importante de leur budget. Maintenant, avec d’une part la libéralisation, d’autre part l’introduction d’autres taxes, telles que la TVA ou les impôts directs, cette proportion a nettement baissé. C’est du reste un dilemme pour beaucoup de pays coincés entre la pression vers la libéralisation et les exigences budgétaires.
Pour les pays industrialisés, les droits de douane représentent moins de 5 % de leurs revenus, donc une quantité négligeable, et Monsieur Villiger ne s’est jamais opposé à des concessions tarifaires négociées par son collègue Couchepin ou son prédécesseur Delamuraz.

L’OMC n’est pas démocratique
Les négociations se déroulent entre les grands partenaires commerciaux, c’est-à-dire la plupart du temps entre les Etats-Unis, l’Union européenne et éventuellement des groupements tels que celui des producteurs céréaliers lors de l’Uruguay Round. Les autres attendent dans les couloirs et se perdent en conjecture chaque fois qu’un négociateur sort de la réunion. La Suisse est de ceux-là.
Voilà une première chose qui agace profondément les ONG. En effet, les fuites émanant du Conseil de sécurité à l’ONU, même en ce moment de tension politique extrême, sont plus nombreuses que celles émanant des pré-négociations de l’OMC. Et pourtant, les enjeux économiques d’une guerre au Moyen Orient semblent tout aussi importants.
Une autre chose qui, elle, n’a pas l’air d’agacer les ONG : c’est le «paquet» final qui est à prendre ou à laisser. On peut effectivement se demander pourquoi chaque pays ne pourrait pas signer les accords qui lui conviennent et laisser de côté ceux qui lui coûtent particulièrement cher en termes sociaux et économiques. En principe, les grands accords internationaux ne se signent pas à la carte, mais un gouvernement peut ratifier et émettre des réserves. Par exemple, la Suisse a émis des réserves sur le nouveau code des droits de l’enfant, parce que le travail des enfants dans l’agriculture est autorisé en Suisse, alors que le code interdit tout travail en dessous d’un certain âge.
Ceci dit, l’OMC vaut ce que les gouvernements des pays membres valent, ni plus ni moins. Comme toutes les institutions internationales. Et il en va de même pour les ONG. En ce moment, nos gouvernements européens, et malgré les noms des partis au pouvoir, défendent les intérêts bien défendus, c’est-à-dire ceux des groupes qui ont les moyens financiers de se faire entendre. Et il en va de même dans les pays en développement. On peut donc se demander si l’agacement des ONG face à l’OMC ne fait pas partie de l’agacement général contre la démocratie, l’impression que les parlements et les gouvernements ne nous représentent plus. Alors ma question est : est-ce que vouloir participer aux négociations de l’OMC, plutôt que se battre sur le terrain national, va faire avancer la démocratie et faire prendre en compte les impacts potentiels, sociaux et économiques, des négociations ?

Les ONG délaissent les politiques nationales
Moi, je suis de plus en plus agacée par les ONG qui ne font RIEN sur le plan national Ð je parle de la Suisse Ð et qui veulent aller défendre les intérêts des paysans du Kerala ou du Mato Grosso. Je me demande si l’arrogance et le paternalisme déployés ne sont pas une fuite devant nos responsabilités ici et maintenant. J’aimerais voir les ONG crier au scandale face au secret dans lequel l’administration fédérale tient le peuple suisse en ce qui concerne les services que nous serions prêts à ouvrir à la concurrence étrangère. Le 13 février, Susan George faisait une conférence sur le sujet à Neuchâtel. Dans son compte rendu, le Syndicat des services publics, qui l’avait invitée, ne dit pas un mot de la situation en Suisse . A croire que le public n’a aucune préoccupation pour l’avenir dans notre pays.
Pourquoi les ONG européennes se bouchent-elles les yeux sur la politique agricole et son impact sur les migrations ? On apprend qu’il y a surproduction en Suisse et qu’il est proposé aux paysans de faire du carburant avec la betterave alors qu’il faut importer des légumes biologiques de l’Europe du Sud-Est. La taxation écologique est urgente et un moratoire sur les négociations agricoles devrait être prononcé, en attendant que les nouvelles taxes aient remis les choses à leur place, c’est-à-dire que les dégâts à l’environnement engendrés par les transports internationaux soient inclus dans le prix des marchandises, ce qui va immanquablement redistribuer les cartes des paysans dans le monde entier.
La discussion sur les subventions agricoles n’a pas lieu. Elle n’a pas lieu en partie, parce que les ONG ne veulent pas voir qu’il y a une concurrence effective entre les paysans du Nord et ceux du Sud. Une taxation écologique permettrait en tout cas de diminuer les distorsions économiques actuelles et de commencer des négociations sur une base plus saine.
On a déjà parlé dans ces colonnes (DP n° 1543) des effets pervers des politiques commerciales sur la migration. Il faut que les pays en développement, c’est-à-dire leurs gouvernements, se défendent et exigent de pouvoir également se faire une place au soleil sur le marché mondial. Les pays les plus pauvres ont maintenant déposé un paquet de 80 demandes non négociables auprès de l’OMC. Enfin ils unissent leurs forces. Sinon la seule chose qu’il leur reste à faire est de sortir de l’Organisation mondiale du commerce.
En conclusion, pour moi, si les ONG ne se jettent pas dans le débat au niveau national, elles ne seront pas plus crédibles que les gouvernements.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/3441 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/3441

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP