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Heureux pays…

La Suisse peut tout exporter, sauf son système politique

UN Photo
Photo UN Photo (licence CC)

Il était une fois… Au printemps de l’an dernier, Emmanuel Macron, élu président, s’est proposé de rénover la République. Et pas seulement Marianne. Egalement l’Union européenne qui devait être renouvelée et approfondie.

Il pouvait s’appuyer un peu, même si c’était moins qu’il ne l’avait espéré, sur une chancelière allemande solidement installée au pouvoir. Angela Merkel avait tenu le gouvernail européen au cours des dix années précédentes. L’axe Paris-Berlin avait permis de construire l’Union européenne telle qu’elle se présente aujourd’hui. Il fallait le relancer pour franchir de nouvelles étapes. Cet objectif devait être d’autant plus facile à réaliser que le Royaume-Uni avait décidé de quitter le club dans l’idée de retrouver sa gloire passée. Ce qui paraît plus vite dit que fait.

Dix-huit mois plus tard — une éternité — des petites gens, mobilisées sur tout le territoire, contestent l’autorité présidentielle. L’analogie vaut ce qu’elle vaut, mais comment ne pas établir un parallèle avec la prise de la Bastille. 14 Juillet d’Eric Vuillard parle magnifiquement des Gilets jaunes… pardon, des Sans-culottes qui n’en pouvaient plus, véritables héros et héroïnes des révolutions.

Une commémoration passée inaperçue

Il est inquiétant bien sûr, mais également fascinant d’observer à quel point l’Europe a changé en si peu de temps. Angela Merkel, contestée, fragilisée, a renoncé à la présidence de son parti, et bientôt passera la main à la tête de la Chancellerie. L’Italie s’est donné un gouvernement nationaliste-populiste, à l’image de celui de l’Autriche qui avait déjà fait ce «saut». Sans oublier des transformations un tout petit peu plus anciennes ou un tout petit peu plus récentes dans plusieurs pays de l’ancien bloc soviétique. Le respect des droits humains, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse, le sort des plus démunis paraissent être devenus des antiquités.

Une commémoration est passée quasi inaperçue. «Serions-nous aujourd’hui capables, en tant qu’assemblée des nations, d’approuver, comme en 1948, la Déclaration universelle des droits humains», s’est interrogé Angela Merkel. Et de répondre: «Je n’en suis pas si sûre.» Comment, malheureusement, ne pas lui donner raison lorsqu’on pense aux dirigeants, de la Chine, de la Russie, des Etats-Unis ou du Brésil (à compter du 1er janvier) qui doivent se préoccuper de ces droits comme de leur dernière chaussette.

Au milieu de tout ce remue-ménage qui n’annonce rien de bon, la Suisse peut prendre le temps de se demander si les éleveurs dont les vaches ont des cornes doivent ou non être subventionnés. Son gouvernement multicolore n’a pas de programme: il administre pour le compte du Parlement et du peuple. Les sept membres du Conseil fédéral démissionnent quand bon leur plaît, et sont remplacés dans la joie et la bonne humeur.

Le pays vend un peu de tout un peu partout dans le monde. Il n’y a que son organisation qu’il ne peut pas exporter parce qu’elle est incompréhensible et un brin hallucinante en dehors de ses frontières. Heureux pays.

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Discussion

  • Ancien conseiller d’État vaudois, je suis aussi double-national franco-suisse par mariage et suis avec effarement le feuilleton des gilets jaunes. Et je pense sincèrement que la Ve République a fait son temps et que la VIe devrait s’inspirer largement des mécanismes qui ont fait leur preuve en Suisse…

    Depuis des décennies, l’alternance a fait que, souvent après tout juste 5 ans, la nouvelle majorité arrivée au pouvoir a défait ce que la précédente avait réalisé et reculait très souvent sous la pression “de la rue” – des autoroute ou des ronds-points – à concrétiser les réformes dont le pays aurait besoin. Ce fut notamment le cas, lorsque Ségolène Royal a décidé de démanteler pour (de mémoire) 600 millions d’euros de portiques permettant de taxer le polluant trafic de poids lourds. A l’époque, c’étaient des bonnets rouges.

    Le 29 novembre 1998, le peuple suisse a accepté à 57,2%, contre l’avis majoritaire des transporteurs et des milieux économiques, l’introduction de la RPLP, mais dans le cadre d’un paquet intégrant le financement d’un ambitieux projet de financement des transports ferroviaires (NLFA, Rail 2000).

    Rien de tel dans le projet dans le projet français de taxe sur les carburants, si ce n’est la promesse d’allouer une toute petite partie de ces nouvelles recettes à la Transition énergétique(!).

    Alors, au moment ou de plus en plus d’acteurs et de commentateurs politiques parlent de RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), je serais d’avis que le référendum prévu par notre Constitution soit adopté par la France. Ce droit démocratique a chez nous pour principale vertu que, dès le processus de consultation, le Conseil fédéral, puis les Chambres peuvent jauger les avis contradictoires en présence et formuler tour à tour un compromis qui, dans la majorité des cas, passera la rampe de la votation populaire. Franchement – même s’il m’est souvent arrivé d’être déçu des résultats du vote populaire – je ne vois rien de mieux à proposer!

    • 1.1
      Laurent Ducommun

      Là où je suis d’accord avec François Marthaler, c’est que la France a un urgent besoin de passer à une 6e République. La 5e avait été taillée pour de Gaulle, et en 60 ans la France n’est plus la puissance qu’elle était à l’époque, et, en outre, la Constitution actuelle est quant même d’esprit très monarchique, ce qui ne correspond plus aux aspirations des nouvelles générations.

      Cela dit, même si je suis fondamentalement pour une extension généralisée des droits démocratiques dans d’autres pays que la Suisse, le RIC, assez proche d’un mélange d’initiative populaire et de référendum à la suisse, n’est concevable, à mon avis, que dans un Etat fédéral et profondément décentralisé comme la Suisse, ce qui est à l’opposé de la France jacobine et centralisée.

      Et cela, ce n’est pas une nouvelle Constitution qui l’apporterait tout de suite, car il faut du temps et de la maturité citoyenne pour que le RIC soit un instrument vraiment démocratique. Sinon, on assistera toujours à des plébiscites pour ou contre le gouvernement, ce qui est aussi arrivé en Suisse, mais rarement.

      Mais cela vient justement d’arriver en Angleterre avec le Brexit, où le premier ministre avait mis en jeu sa démission, ce qui a été une terrible faute politique; la conséquence en a été deux années britannique et européenne perdues, car c’était pour moi certain dès le début, que le Brexit ne se ferait pas, et qu’un second référendum l’annulera.

      Sur le fond, une démocratie participative n’est pas qu’un don au peuple, on le sait d’ailleurs, puisqu’elle n’a aucun sens dans des pays à forte population analphabète ou illettrée. C’est au contraire une longue maturation, une lente prise de conscience des enjeux politiques fondamentaux. Là je suis pleinement d’accord avec Jean-Pierre Ghelfi, les Suisses sont dans ce domaine, vraiment exceptionnels; et je suis assez critique envers mon pays pour ne pas toutefois reconnaître cela, même si certains votes, et celui sur les minarets en a été sans doute l’exemple le plus probant, relevaient de la démagogie, ce qui est la perversion d’une démocratie vivante.

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