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Crises économiques et néolibéralisme (3 / 3): il y a dette et dette

Se préparer à une révolution copernicienne: redevenir interventionniste

Photo Gerard Van der Leun

Quel analyste financier pourrait avoir l’idée saugrenue de donner une appréciation de l’état de santé d’une entreprise en n’examinant que le passif de son bilan, en particulier son endettement à court et long terme? On ne manquerait pas de lui objecter que l’examen doit aussi porter sur l’actif du bilan. L’évidence même.

Il convient en effet de prendre en considération l’état des créanciers, des crédits bancaires et des emprunts dont l’entreprise est débitrice. Mais ceux-ci doivent être mis en relation avec les postes de l’actif du bilan: débiteurs, parc de machines, équipements, bâtiments.

Pourquoi ne devrait-on pas procéder à l’identique lorsqu’il s’agit des corporations de droit public (voir aussi DP 2227 et 2228)? Pour elles, cependant, les critères habituellement retenus sont différents. Les analystes ne paraissent s’intéresser qu’au seul passif du bilan de l’Etat (Confédération, cantons et communes).

Deux poids, deux mesures

Faire valoir l’idée qu’il y a deux poids deux mesures selon qu’il s’agit du secteur privé ou du secteur public n’est pas une mince affaire. La plupart des gens ont tellement pris l’habitude d’apprécier la situation financière d’une corporation de droit public sur la seule base de son endettement qu’ils ne peuvent s’empêcher de manifester leur surprise à l’idée que d’autres éléments devraient aussi être pris en compte.

A vrai dire, il est délicat d’adresser un reproche à quiconque. La seule comparaison de l’endettement avec le produit intérieur brut (PIB) est devenue une norme universellement utilisée. Elle a le grand avantage d’être aisée à calculer. Elle permet de comparer facilement les pays et d’établir des classements. On félicitera ceux qui sont les plus économes; ils pourront aisément emprunter à bon compte. Et on grondera les plus dispendieux pour lesquels emprunter sera plus compliqué et plus coûteux.

Cette manière de faire est donc discutable puisqu’elle ne considère que l’endettement. Une comparaison plus objective doit inclure aussi l’actif. On dispose ainsi de deux pourcentages, l’un entre dettes et PIB, l’autre entre richesse financière et PIB. Ces éléments figurent dans le tableau ci-dessous, qui donne les chiffres pour 2017 (2016 pour la Suisse). Le signe négatif dans la seconde colonne signifie que le passif est supérieur à l’actif.

(En % du PIB) Endettement Richesse
Allemagne 71,5 – 36,4
Autriche 94,9 – 53,0
Etats-Unis 135,7 – 110,1
France 124,3 – 80,2
Italie 152,6 – 126,7
Norvège 42,8 308,4
Royaume-Uni 116,9 – 85,0
Suisse 42,5 – 0,3

Sans surprise, les Etats les plus endettés sont aussi ceux dont l’actif ne parvient pas à compenser le passif. Les écarts entre les deux colonnes ne sont pas négligeables pour autant. Les Etats-Unis présentent le passif net le plus élevé après l’Italie. Cette situation fait rarement l’objet de commentaires. La Norvège dispose d’une fortune considérable. Elle résulte de la prise en compte de la valeur des importantes réserves pétrolières dont elle dispose. Pour la Suisse, chiffres de 2016, elle présente un bilan pratiquement équilibré.

Le mauvais choix de l’austérité

Ces constatations permettent de tirer quelques conclusions. La BNS a assumé la lutte contre les effets déflationnistes de la crise financière de 2007/2008. Alors que la Confédération a été aux abonnés absents. Pire, sa volonté de réaliser des excédents de recettes pour réduire sa dette l’a conduite à pratiquer une politique anticonjoncturelle: elle a compressé la demande au lieu de la stimuler. Elle a fait le (mauvais) choix de l’austérité (à ce propos, voir un texte de Paul Krugman, d’autant plus intéressant qu’il date de 2012, en plein milieu de la crise).

Il en est résulté – et il en résulte encore – des réductions de dépenses dans les domaines du social, de la santé, de l’éducation et de la formation, entre autres. Le nombre des personnes au chômage, selon les normes du Bureau international du travail, était de 180’000 en 2007; il était l’année dernière de 234’000. Leur nombre est donc encore supérieur de 30% à celui enregistré il y a dix ans, avant le début de la crise.

Dans le cas d’une nouvelle envolée du franc, quelles qu’en soient les causes, il est vraisemblable que la BNS ne pourra pas intervenir aussi massivement qu’elle l’a fait. Même si elle a le monopole de l’émission de monnaie, son bilan ne peut pas croître à l’infini sous peine de fragiliser sa position.

Cesser de laisser-faire

Une nouvelle récession et/ou une envolée du franc se traduiraient par de sérieuses difficultés pour une partie importante de notre économie. Il serait inacceptable que les pouvoirs publics se contentent de laisser faire. Ils devront agir et présenter des budgets déficitaires pour relancer la demande. Ils devront renoncer à la voie de l’austérité.

La doctrine dominante ne les y prédispose pas. Il n’est donc pas trop tôt pour (tenter de) préparer les esprits à une révolution copernicienne: redécouvrir les politiques interventionnistes suggérées par Keynes pour réduire les effets négatifs d’une récession et surtout pour éviter qu’elle ne se transforme en crise. Et la Confédération en a largement les moyens!

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