Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

La peste noire et la Fête des vignerons

Philippe Kaenel, Sabine Carruzzo-Frey, «Acteurs de la vigne, Lavaux et Chablais vaudois», Editions Antipodes, Lausanne, 2018, 479 pages

La Fête des vignerons approche, avec des publications parfois fort savantes comme ces Acteurs de la vigne aux Éditions Antipodes, publiés avec le concours de la Société vaudoise d’histoire et d’archéologie. Le titre de ce gros ouvrage foisonnant est quelque peu trompeur. En réalité, il s’agit uniquement du canton de Vaud et avant tout d’articles historiques.

Il existe très peu de documents sur les origines du vignoble vaudois qui doit ses débuts, comme dans la plus grande partie de l’Europe, aux implantations romaines. Une légende veut que les vignobles en terrasses de Lavaux aient été créés par les moines cisterciens. Or ces cultures sont sans doute bien antérieures. Le géographe arabe Al Idrisi écrit autour du milieu du 12e siècle un livre de géographie destiné au roi Roger de Sicile où il écrit à propos des rives du Léman entre le Rhône et Lausanne: «Ses bords sont couverts de cultures étendues, de vignobles immenses…». Il est possible que certaines descriptions d’Al Idrisi soient de seconde main, mais en tous les cas, il existait déjà de nombreux vignobles avant l’arrivée des moines.

Il est également vrai que les évêques de Lausanne firent de nombreuses donations aux cisterciens dans le courant du 12e siècle, mais une bonne partie des vignobles de Lavaux sont préexistants. L’évêque de Lausanne et les seigneurs de Grandson, importants propriétaires fonciers, avaient commencé à planter de la vigne avant l’arrivée des religieux de Cîteaux. L’image du moinillon partant à l’assaut des coteaux à défricher est aussi sujette à caution. Ce genre de travail était réservé aux serfs, corvéables à merci, et dont le statut n’était pas beaucoup plus élevé que celui des esclaves de l’Antiquité.

Un autre article passionnant traite des patronymes des vignerons de Lavaux. En 1348, la peste noire élimina le tiers de la population européenne. Les récidives jusqu’en 1450 continuèrent de faucher les habitants. Il en allait de même bien sûr dans les régions viticoles. Vevey fut très touché en 1450. La récupération démographique fut plus rapide dans les régions de montagne au sud des Alpes, peut-être en raison de l’isolement. C’est ainsi que de nombreux immigrants vinrent des vallées italiennes du Simplon, du val Divedro et de Varzo pour s’établir comme ouvrier dans le Lavaux. Lorsqu’un descendant de la famille Buzzari devint sous le nom de Bujard, bourgeois de Lutry en 1535, il fut précisé qu’il venait de «Dovero en Lombardi». Les Daverio devinrent les Davel, les De Castello, les Décastel et les De Cresto, les Ducret. Les exemples pourraient être multipliés. Les migrations sont un phénomène constant de notre histoire et les grandes pestes ont provoqué un immense brassage.

Cet ouvrage fourmille d’articles intéressants et très divers; il y manque sans doute une vue d’ensemble et quelques comparaisons avec d’autres régions viticoles. Les vignobles valaisans ont-ils connu le même afflux d’immigrés après les grandes pestes? Un chapitre traite des écrivains et de la vigne, mais les auteurs choisis sont quasiment tous Vaudois…à part Virgile!

Donc un livre très précieux, intelligent et bien fait mais qui peinera à dépasser les frontières du canton de Vaud. La grande synthèse de l’histoire de la vigne sur le territoire suisse reste à écrire.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/33972
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/33972 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • Très intéressant. Surtout l’étymologie des noms Bujard, Davel, Décastel, Ducret… que je ne connaissais pas. On ferait mieux mieux de se souvenir de ça et pratiquer la même politique aujourd’hui. Les patronymes devraient être systématiquement helvétisés. Cela devrait aller de soi. Le sympathique joueur de tennis Stan Wavrinka devrait s’appeler Wavrinquaz, Jacques Neirynck, Neirinque, etc. Aucun naturalisé ne devrait pouvoir porter un nom imprononçable ou bizarre dans l’une des langues nationales. Tous les patronymes d’origine étrangère devraient impérativement acquérir une consonance française, allemande ou italienne. L’intégration est à ce prix et celà devrait même faire l’objet d’une loi.

    Autrefois cela allait de soi dans tous les milieux sociaux, les plus populaires comme les plus huppés. J’ai appris que la famille saint galloise Zollikofer avait une grande importance économique à Lyon et dans le midi de la France au XVIIe siècle. Elle y était connue à l’état civil sous le nom de Sollicoffre. Joli, non? Surtout pour des marchands. Buonaparte devient Bonaparte. La famille des banquiers français d’origine zurichoise Hottinguer (prononcer Ottingre) anoblie au titre de baron par Napoléon, avait modifié l’orthographe de son nom Hottinger en ajoutant un u après le g, sinon cela se serait serait prononcé Ottingé, selon les règles de l’orthographe française. Le nom des grands industriels français de l’acier Schneider, se prononce Chnèdre et non Chenailledère. La prononciation locale doit primer. Herr Trump (Troump), allemand, devenu américain s’appellera Trump, Eisenhauer deviendra Eisenhower, et ainsi de suite. C’est normal.

Ecrire un commentaire

Les commentaires ne sont mis en ligne qu'après validation par nos soins. Nous vous remercions de vos compléments et remarques, et encourageons une discussion vigoureuse mais courtoise et respectueuse. Nous nous réservons de ne pas publier les textes dont la forme ou le contenu ne sont pas appropriés.

Commentaire (max. 2000 signes)

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP