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Développement technique: une autodestruction inévitable?

Non pas du catastrophisme à court terme, mais une hypothèse tirée de la très longue histoire de l’humanité

Photo CNRS
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Nous nous sommes déjà fait l’écho du paradoxe de Fermi (DP 2191): si les extraterrestres existent, pourquoi ne sont-ils pas là? Ou plus exactement pourquoi n’avons-nous aucune preuve de leur existence? Pris très au sérieux par de nombreux scientifiques, la tentative de résolution de ce paradoxe ouvre des horizons fructueux sur le devenir de notre propre espèce et de notre planète.

L’hypothèse la plus répandue pour expliquer le paradoxe de Fermi est celle de l’autodestruction de toute société technologique avancée et donc la fin des tentatives de communication avec d’autres mondes. Oui, mais pourquoi cette autodestruction qui serait alors inévitable et devrait nous toucher nous aussi?

Un ouvrage édité par le CNRS, l’organisme français de la recherche publique, sous le titre Où sont-ils? Les extraterrestres et le paradoxe de Fermi, soulève des questions très terre à terre, si nous pouvons oser ce jeu de mots, qui renvoient directement aux débats actuels sur le gaspillage des ressources et le réchauffement climatique.

Existe-t-il des indices montrant que nous sommes à notre tour sur la pente de l’autodestruction, pas forcément de l’espèce humaine, mais de notre civilisation technologique? Les auteurs de cette publication osent des réflexions sur la très longue durée et pas seulement sur une période limitée à l’horizon 2100 comme c’est le cas pour de nombreuses études sur le réchauffement climatique.

Les récentes découvertes de paléontologues au Maroc montrent que homo sapiens existe depuis au moins 300’000 ans. Pendant plus de 290’000 ans, soit 97% du temps qui nous sépare de cette possible origine, nos ancêtres ont été des chasseurs cueilleurs. L’accélération des développements de la technologie avec l’apparition de l’agriculture voici 10’000 ans, conséquence possible d’un changement climatique, n’avait rien d’inéluctable, sans quoi elle se serait produite beaucoup plus tôt.

La population a augmenté très lentement jusqu’à la révolution industrielle et le nombre des humains a été ensuite multiplié par huit en deux cents ans. Une espèce intelligente, à commencer par la nôtre, peut vivre très longtemps sans inventer la machine à vapeur. Elle pourrait même ne jamais l’inventer. Ce qui s’est passé sur notre planète relève peut-être d’une exceptionnelle conjonction de facteurs.

Il en va de même pour la situation économique. Le revenu moyen disponible n’a pas bougé de l’an 1000 av. J.-C. jusqu’au 18e siècle. L’espèce humaine a été prise pratiquement à travers toute son histoire dans la «trappe malthusienne». Toute amélioration technique entraîne de meilleures conditions de vie et une augmentation de la natalité jusqu’au moment où les gains liés aux nouveautés techniques sont entièrement absorbés par l’accroissement de la population. Pour Alexandre Delaigue, l’un des auteurs de l’ouvrage, l’humanité n’est pas sortie de cette trappe pendant la quasi-totalité de son histoire.

Tout a changé avec les prémices de la révolution industrielle, l’accélération des innovations et la baisse progressive de la natalité. Au 19e siècle, le taux de croissance économique a été de 1% par an, ce qui semble faible, mais signifie un doublement du revenu en 70 ans. Au 20e siècle, ce taux a tourné autour de + 2%, soit un doublement du revenu en 35 ans.

Un calcul, bien sûr absurde mais qui montre bien les limites de la croissance, indique que nous aurons consommé la totalité des ressources de… l’univers en 5’700 ans si nous maintenons notre taux de développement actuel. Or, nous n’avons qu’une seule planète.

Si des extraterrestres existent quelque part et s’ils ont développé un environnement technique – deux hypothèses qui n’ont rien d’évident – ils sont soumis aux mêmes contraintes de consommation de ressources et d’énergie que nous. Si aucun signal artificiel venu de l’espace n’a été détecté jusqu’à ce jour, si l’univers semble toujours vide, c’est peut-être en raison d’un effondrement inévitable provoqué par une consommation excessive des ressources à disposition, après une brève période de quelques siècles d’ivresse technologique.

Autant dire que cet ouvrage consacré apparemment aux extraterrestres, mais en fait aux habitants de notre planète, n’incite pas à un optimisme débordant. Ses conclusions seront peut-être infirmées par de nouvelles découvertes au cours des prochaines décennies. Mais user avec précaution des ressources, de toute évidence limitées, de notre Terre s’impose comme un impératif élémentaire.

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Discussion

  • 1
    Philippe Barraud

    Comme toujours lorsqu’on évoque ce genre de question, on oublie la question des distances! Comment pourrions-nous avoir des indices d’une intelligence dans l’univers, alors qu’il faut des dizaines ou des centaines de millions d’années pour qu’un quelconque signal nous parvienne?

    Notre incorrigible manque d’humilité nous porte à penser que l’univers, c’est la porte à côté, et qu’il suffit de tendre distraitement l’oreille.

    Il existe certainement un nombre incalculable de civilisations intelligentes dans l’univers, mais nous ne le saurons jamais. C’est un peu frustrant, je l’admets!

  • Bravo. Pour une fois un article qui décolle sur “l’économie”. Ajouter quelque points.

    A moins d’être mystique autocentré sur son nombril, on en est rendu à appliquer à la civilisation la phrase d’Albert Einstein : “il n’y a pas de référentiel privilégié dans l’univers”. Cela veut dire que ce qui nous arrive à nous arrive partout dans l’univers. Avec le programme SETI on les a cherché, les civilisations extraterrestres capables de faire autant de bruit dans le ciel que nous ! Et avec les découvertes des exoplanètes à la pelle, l’hypothèse – absurde car allant contre la même phrase d’Einstein – comme quoi notre situation serait privilégiée dans l’univers, est de plus en plus infirmée par l’observation, et cela en rajoute une couche.

    Considérez encore le second corpus de lois fondamentales, celui du milieu dont on ne veut surtout pas parler (la mécanique quantique et la relativité générale, c’est plus sexy, plus Julesvernien, on peut faire plein de startrekeries débiles avec). Je veux dire les premiers et seconds principes de la thermodynamique. Un corpus dont Albert Einstein à dit qu’il était “si fondamental que je doute qu’il soit un jour infirmé”. Et mettez-le dans le même panier de l’absence de référentiel privilégié.

    Et vous obtenez je pense, en gros, le livre. Que je n’ai pas lu encore. Qu’en tant que physicien je n’aurais pas vraiment besoin de lire vu que je n’ai pas besoin de croire ni à l’astrologie ni à l’économie. Mais que je vais lire quand même, pour saluer l’effort.

    Reste que tout n’est pas dit. De même que pas tous les adolescents ne crèvent pas des conneries qu’ils font, on peut espérer qu’un certain nombre de civilisations s’en sortent. Sous cette hypothèse, les étoiles sont silencieuses parce que les civilisations qui ont survécu à l’hubris cannibale de la croissance, n’ont plus besoin de gueuler j’aime-j’aime-pas dans l’univers. Et c’est pour cela qu’on ne les entends pas. Et considéré ainsi, c’est un cadeau qu’elles nous font (car on à déjà le pandémonium ici, alors si en plus il nous arrive du fond du ciel… ).

    Couchons-nous donc sur cet espoir fou de ces civilisations ayant atteint vraiment ce qu’on pourrait appeler la pensée. Et avec comme corollaire l’espoir tout aussi fou de pouvoir aussi encore en être. Même si l’entropie, la haine et la bêtise qui montent, rendent cet espoir de plus en plus ténu.

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