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Une petite ville dans la montagne

Carte postale de Suisse…

Photo DP
Photo DP (licence CC)

Cet été, je me suis installée dans une bourgade de 5’000 habitants à 1’100 mètres d’altitude. J’ai choisi d’y passer mes vacances parce qu’ici je suis tout près de ma fille. Bien m’en a pris: il fait dix degrés de moins qu’en plaine!

Les fleurs sont en abondance – j’avais oublié qu’à la montagne leurs couleurs sont quasiment phosphorescentes – et surtout d’une grande variété. Dans une petite plate-bande autour d’un signal routier, j’ai compté 12 espèces différentes! Et j’apprends que la commune n’emploie qu’un seul jardinier. Mais la créativité anime aussi les habitants et les arrangements sont très originaux, comme devant la pharmacie de la Dre Ibrahima Touré.

Deuxième surprise: pas une seule arcade commerciale vide. Le premier magasin que je rencontre sur mon chemin vend des jouets et expose plein de tourniquets sur le trottoir. Les quincailleries, tout un poème: l’une est bien rangée et vend aussi des peintures et de la papeterie; l’autre, on ne peut pas y entrer parce qu’elle est remplie jusqu’au plafond d’outils et d’appareils ménagers entassés; la propriétaire reste à l’entrée et va vous chercher ce dont vous avez besoin. Plus loin un «hacker éthique» propose ses services dans sa vitrine. En montant un tout petit peu, on tombe sur les Magasins du Monde et sur l’une des deux merceries. Deux ferblanteries, deux merceries… pour 5’000 habitants.

Une troisième surprise: le cinéma. Tous les soirs le programme change, tous les films qui ont au moins trois étoiles y passent et il y a des soirées à thèmes avec deux films et un souper entre les deux. Un soir j’y ai rencontré une Parisienne qui vient passer l’été ici. Comme elle n’a pas de télévision dans son appartement, elle vient tous les soirs au cinéma et elle n’a pas peur de rentrer seule la nuit. La culture n’est pas en reste dans ce village: j’ai visité trois galeries, l’une consacrée aux artistes de la région, qui l’animent. J’y ai découvert la peinture au fer à repasser – Turner aurait pu être intéressé – et le glass fusing.

Chapitre nourriture, bien sûr Coop et Migros sont présentes. Il y a plusieurs boulangeries, une épicerie portugaise où on peut acheter des soupes Knorr fabriquées à Lisbonne et un primeur qui vend des produits africains et asiatiques. Il y a aussi deux boucheries qui proposent les spécialités romandes. Sans oublier la laiterie qui vous offre une tomme vaudoise au lait de chèvre – pas terrible – mais aussi de la mozzarella de bufflonne locale.

On peut bien sûr s’approvisionner au magasin bio dont les services s’étendent jusqu’aux soins égypto-esséniens et au massage lomi-lomi. Et les bistrots ne manquent pas, très peu de pizzerias, mais un «Swisskebab». On les choisit en fonction de l’orientation du soleil.

Les magasins de vêtements, qui ont été le plus touchés dans les villes, se déclinent différemment ici: le seul magasin de vêtements pour femmes a ouvert pendant mon séjour; deux autres vendent des habits de seconde main, l’un pour adultes et l’autre pour enfants. Ici les chiffonniers d’Emmaüs s’appellent la Caverne d’Alibaba.

Par contre, on ne trouve pas de magasin d’ordinateurs ni d’horlogerie-bijouterie ni de librairie.

J’ai l’impression d’être vraiment au 21e siècle, ou en tout cas dans 50 ans, quand on ne parlera plus de développement et de croissance et qu’on économisera au maximum les matières premières non renouvelables pour les générations futures. Mais qu’on ne s’y trompe pas, les habitants s’intéressent à ce qui se passe dans le monde. A la gare, un charmant Arabe ou un Afghan parlant à peine trois mots de français vous offre tous les grands journaux français, allemands ou italiens, le Financial Times et le New York Times en plus.

J’ai voulu essayer de comprendre et j’ai demandé un entretien au chef de l’exécutif communal. Eh bien non: il ne pense pas que le niveau des loyers soit un facteur déterminant. Pour lui, si la population augmentait et que les loyers prenaient l’ascenseur, les ventes aussi augmenteraient. «Nous sommes des oubliés, comme les Québécois, et nous ne pouvons compter que sur nous.» «Solidarité oblige: on achète local» comme dit la directrice du cinéma.

Et cette solidarité s’étend aussi aux requérants d’asile. La commune s’était proposée il y a quelques années pour recevoir un centre d’accueil. Et on leur donne du travail pour autant que cela ne soit pas en concurrence avec la population locale. Le 1er août, je les ai vus organiser la fête, installer le bar et la scène pour la fanfare. Au cinéma, ce sont eux qui contrôlent les billets. Il n’y a aucun problème m’a dit ma propriétaire. Mais l’UDC est bien implantée. Le bas niveau des loyers a aussi attiré beaucoup de bénéficiaires de l’aide sociale et notre petite ville est la quatrième en Suisse en termes de pourcentage de population pauvre.

Ce qui ne saute pas tout de suite aux yeux, c’est l’excellente infrastructure: un hôpital qui offre des soins dans toutes les spécialités, un EMS, une piscine, des terrains et des halles de sport, de hautes écoles techniques et très spécialisées. Le chef de l’exécutif rêve d’une université.

Quelle est cette localité avant-gardiste tout en ayant l’air rétro?

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Discussion

  • Sainte-Croix, what else…

    Se souvenir que leur réalité d’aujourd’hui est bâtie sur la désindustrialisation brutale des années 70: perte des usines de caméras, de machines à écrire et autres fleurons industriels. J’aime beaucoup cet endroit, un peu abandonné des dieux tout de même, si peu paysage montagnard suisse. En hiver tout particulièrement lorsque le stratus recouvre le Plateau, aller admirer les Alpes bernoises depuis le Grand Hôtel des Rasses après une bonne nuit de sommeil, dans cet hôtel tout de même un peu vieillot et un peu chérot (mais il faut les soutenir, non?).

    Le must du plaisir: laisser la voiture en plaine et emprunter le train pour découvrer un paysage tout autre que la route (que cette ligne n’ait pas disparu tient du miracle).

    Le pic de la tristesse? Lire que la collection d’automates du Musée Baud (toute mon enfance, ah les courses d’école à L’Auberson) court le risque d’être dispersée parce que personne n’a deux millions pour reprendre ce patrimoine inestimable.

    L’enjeu: le réchauffement climatique. On arrive encore à skier à Sainte-Croix Les Rasses les bonnes années. Jusqu’à quand? Ah les descentes aux flambeaux pour aller manger la fondue à la Kasbah.

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