Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

CH-UE: rouler les mécaniques pour tout perdre

Diaboliser le dossier entre la Suisse et l’Union européenne ne mène à rien

Photo Thomas Hawk
Photo Thomas Hawk (licence CC)

Si la Suisse veut maintenir des relations étroites avec l’Union européenne (UE), la signature d’un accord institutionnel paraît inéluctable.

La conclusion de cette négociation, quoi qu’ait pu dire le chef du département fédéral des affaires étrangères, ne pourra pas intervenir cette année. Le dossier est trop complexe et les intérêts en jeu trop multiples. Surtout, il fait l’objet de controverses et de divergences entre les différents acteurs du pays — voir, dernier en date, le problème du marché du travail (DP 2213). L’année prochaine semble également peu propice eu égard à la conclusion des négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE (Brexit), aux élections européennes et aux élections fédérales en Suisse. Ce sera donc plutôt pour 2020.

Ce répit devrait permettre de mieux préciser la nature des enjeux et de trouver peut-être un compromis susceptible de rallier une majorité aux Chambres fédérales et dans la population. Ce ne sera néanmoins ni simple ni évident.

L’UDC n’a de cesse de caricaturer la problématique. Notre pays devrait chercher à intimider l’UE pour l’amener à renoncer à camper sur des positions qualifiées d’intransigeantes et de dogmatiques. Quelle bonne idée! Pas de doute: l’UE ne tarderait pas à les assouplir, peut-être même, qui sait, aller à résipiscence.

Se mettre à genoux

Bien que la situation soit inversée, cette attitude n’est pas éloignée de celle adoptée par les partisans du Brexit. Ces derniers ont prétendu que sortir de l’UE ne poserait aucun problème. L’UE serait dans ses petits souliers. C’est elle qui se mettrait à genoux pour quémander les arrangements indispensables pour survivre au départ de la Grande-Bretagne — argument effectivement utilisé dans la campagne précédant le référendum de juin 2016.

Deux ans plus tard, la réalité ne correspond pas précisément à ce scénario. Londres ne tient pas le couteau par le manche. Pour une raison simple: la Grande-Bretagne a plus besoin de l’UE que le contraire. C’est l’île qui ne veut plus être arrimée au continent, ce ne sont pas les continentaux qui la rejettent. Le Brexit pose une foule de problèmes aux Britanniques. Pas, ou peu, aux Européens. Les brexitaires refusent de l’admettre. Les négociations n’avancent pas, disent-ils, parce le gouvernement n’est pas assez ferme.S’il adoptait une position intransigeante, Bruxelles finirait par ployer.

On croit entendre des élus helvétiques préconisant de taper du poing sur la table pour intimider Bruxelles, l’amener à lâcher du lest en reconnaissant le caractère particulier de la Suisse.

Flatter notre amour-propre

Chimère! La petite Suisse peut bien monter sur ses ergots, elle ne réussira pas à impressionner l’UE. Bruxelles veut bien admettre que nous sommes un partenaire coriace, dur dans la négociation, qui ne lâche rien tant et aussi longtemps qu’il pense disposer d’une marge de manœuvre. Mais si nous nous mettions à vouloir rouler les mécaniques, nous nous ridiculiserions.

Il faut se faire à l’idée que c’est la Suisse qui demande à passer les accords dont elle a besoin dans pratiquement tous les domaines — économique, technique, financier, scientifique. L’UE a pratiquement toujours accepté de négocier. Elle ne peut cependant envisager de signer des traités qui dérogeraient aux directives qui s’appliquent à chacun des pays membres. Si nous ne comprenons pas ces principes élémentaires, nous finirons par nous retrouver tout seuls, entre nous. Nous pourrons certes faire valoir que nous n’avons pas plié et que nous avons défendu nos valeurs. Pas sûr que cela suffise pour nourrir nos corps et nos esprits. Tenter de faire valoir que nous sommes ou serions un cas particulier peut flatter notre amour-propre. Mais ça ne passera pas mieux. Chaque pays, pour une raison ou une autre, pourrait se prévaloir d’être lui aussi un cas particulier. Et si chacun se considère comme tel, il est évidemment impossible de construire quelque chose ensemble.

Masquer son incohérence

On peut taper du poing sur la table ou rouler les mécaniques, rien ne modifiera cette donnée incontournable. L’UE peut très bien vivre sans la Suisse. Il est peu probable que la Suisse puisse dire sérieusement qu’elle peut très bien vivre sans l’UE.

L’UDC ne veut pas admettre cette réalité qui bouscule son ADN. Elle tente de masquer son incohérence (prétendre défendre la Suisse tout en la condamnant à l’isolement), en laissant entendre qu’il suffirait d’adopter un comportement intransigeant. En diabolisant le rapport de la Suisse à l’Union européenne, elle exacerbe délibérément la nature d’un dossier complexe. C’est sans doute son but (in)avoué.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/33596
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/33596 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • Vous écrivez : « L’UE peut très bien vivre sans la Suisse. Il est peu probable que la Suisse puisse dire sérieusement qu’elle peut très bien vivre sans l’UE. »

    Votre appréciation de la solidité de l’UE m’apparaît fragile. Mais bon, c’est son problème, pas le nôtre.

    En revanche, si la Suisse affaiblit sa structure politique, solidement bâtie sur les deux principes du fédéralisme et de la démocratie directe, elle va souffrir. Or ce sont ces deux principes qui seraient mis à mal par l’obligation de se soumettre «aux directives qui s’appliquent à chacun des pays membres (de l’UE)», décidées sans consultation des citoyens des pays qui la composent.

    Vous écrivez encore: «c’est la Suisse qui demande à passer les accords dont elle a besoin dans pratiquement tous les domaines — économique, technique, financier, scientifique». On peut discuter du terme «besoin», qui laisse croire à une nécessité absolue; le terme modéré «souhait» serait sans doute mieux approprié. Au-delà de cette remarque, je relève que vous n’incluez pas dans votre liste le domaine de la paix sociale et politique.

    Vous pensez argent, on verra si les Suisses n’attachent pas davantage de prix à la paix.

  • 2
    Richard Lecoultre

    L’Union Européenne a commencé comme un marché commun facilitant le commerce entre les pays. Elle aurait dû ensuite se développer sur les plans politique et social, mais en fait la Commission européenne se contente d’émettre des normes favorisant plus la finance que les populations. La fameuse théorie du ruissellement se révèle bien peu effective. Qu’importe! Notre presse et nos autorités ne cessent de nous rabâcher les exigences des actionnaires et l’augmentation du nombre de millionnaires. Cela ne suffit-il pas au bonheur des populaces?

  • Rouler la mécanique est le jeu de celui qui a la trouille, pour espérer impressionner. Il perd toujours. Dans le cas de l’UE, son comportement envers les récalcitrants est l’usage de la force et la punition, comme on l’a vu avec la Grèce. C’est la plus grande faiblesse de l’UE, qui est de plus en plus marquée depuis que, elle-même et beaucoup de ses membres, ne représentent et ne défendent plus les mêmes valeurs fondamentales. L’UE est en mauvais état et ses instances ne veulent pas voir leur part de responsabilité dans l’éclosion de gouvernements illibéraux en Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Autriche, Grèce et maintenant Italie, avec des tendances fortes aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède et Finlande.

    Comparée aux partis d’extrême droite (et parfois d’extrême-gauche) de ces pays et à ceux de l’Allemagne (AfD), la France (FN), l’UDC suisse est un épouvantail. Elle roule la mécanique. Le négociations d’un accord cadre avec l’UE doivent, dans ces circonstances, être âpres et prendre le temps qu’il faut. La Suisse doit défendre des valeurs fondamentales, le dire haut et fort et chercher des soutiens dans toute l’Europe, auprès de ceux qui ne veulent pas ou plus du néo-libéralisme antidémocratique (Yascha Mounk). Elle trouvera des soutiens, peut-être en créant une bisbille dans le système. Une tâche fascinante.

    Est-ce que Paul Rechsteiner et l’USS roulent la mécanique dans le dossier des mesures d’accompagnement? Non. Ils ont raison, car ils défendent une valeur fondamentale de dignité, contre le CF et l’UE.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP