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La transformation de la défense aérienne

De la fin de la guerre froide à Air2030, une mise en perspective

Photo Rob Schleiffert
Photo Rob Schleiffert (licence CC)

La tenue plus que probable d’un référendum à l’horizon 2020 portant sur le remplacement de la flotte suisse d’avions de combat et l’acquisition de missiles sol-air (DP 2204) donne l’occasion de revenir sur les évolutions connues par les forces aériennes depuis la fin de la guerre froide.

1991 (dissolution de l’Union soviétique) est un bon point de référence pour définir la fin de la guerre froide. L’armée est encore régie par l’organisation des troupes de 1961 et les dépenses afférentes se montent à 1,538% du produit national brut (PNB). Le changement de paradigme induit par la fin du conflit est-ouest suscite en retour deux réformes successives de l’armée à l’issue desquelles, en 2016, les dépenses militaires tombent à 0,7% du PNB.

L’évolution des effectifs théoriques est encore plus marquée: de 625’000 hommes en 1991 à 225’000 en 2004. Dans le même temps, le nombre de bataillons d’infanterie passe de 260 à 31. Enfin, la troisième réforme d’ampleur intervenue depuis 1991 doit déboucher sur un effectif réglementaire de 100’000 hommes tandis que le budget annuel passe de 4,4 milliards en 2016 à 5 milliards, et ce jusqu’en 2020. L’augmentation du budget concomitante à la baisse des effectifs est défendue par la nécessité de remplacer une partie conséquente des systèmes d’armes arrivant à obsolescence.

Moins d’équipements… mais plus coûteux

En 1991, les Troupes aériennes et de la DCA alignaient 284 avions de combat, soit 133 Hunter, 103 Tiger II et 48 Mirage III. En 2016, les rebaptisées Forces aériennes disposaient de 83 avions de combat: 30 F/A-18 C et D ainsi que 53 Tiger II, dont la moitié gardée en réserve. La diminution des parcs a été accompagnée d’une professionnalisation du corps des pilotes. En 1945, 21 des 24 escadrilles de combat des forces aériennes étaient des formations de milice. Seules trois escadrilles sur les six encore existantes de nos jours le sont encore.

La situation n’est guère différente dans le cas de la Défense contre avions (DCA). En 1991, la défense aérienne à basse altitude reposait sur environ 1’500 canons de 20mm, alors que celle à moyenne altitude était assurée par 228 pièces de 35mm et 60 systèmes de missiles sol-air Rapier. Enfin, les missiles à longue portée BL-64 Bloodhund pouvaient atteindre des cibles évoluant à haute altitude. Une décennie plus tard, les Bloodhund avaient été retirés du service sans être remplacés. La défense à basse et moyenne altitude était assurée par 288 lanceurs de missiles sol-air à courte portée Stinger, 90 pièces de 35mm et 60 Rapier. Le nombre de lanceurs Stinger est ensuite tombé à 96 exemplaires en 2016.

Dans le même temps, le coût des armements tend structurellement à croître. Le contrat portant sur l’acquisition de 34 F/A 18 atteignait 3,4 milliards au début des années 90. Vingt ans plus tard, pour 3,126 milliards on pouvait obtenir 22 Gripen E.

Sur quoi voterons-nous (aussi) en 2020?

L’achat de 22 Gripen E refusé par le peuple en 2014 devait servir à remplacer les Tiger II avec pour effet de ramener la taille de la flotte à une cinquantaine d’avions de combat. En 2017, le Conseil fédéral annonce son intention de remplacer les F/A-18 et les Tiger II par un seul avion dans le cadre d’un programme de huit milliards incluant aussi l’achat de systèmes de défense anti-aérienne.

Cette annonce correspond à l’option 3 du Rapport du groupe d’experts mandaté pour explorer les alternatives quant à l’évolution de la défense aérienne. Cette dernière option spécifie l’acquisition d’une trentaine d’avions et celle de systèmes anti-aériens à longue portée pour un coût se situant entre 8 et 8,5 milliards – dont les trois quarts iraient aux avions et le solde aux batteries anti-aériennes.

Le Conseil fédéral s’est donc partiellement rallié aux arguments de ses opposants de 2014 pour ce qui concerne la taille de la flotte future, si l’on en croit le rapport d’experts. Dans les faits, les six milliards qui devraient être consacrés à l’achat d’avions permettent théoriquement d’acquérir entre 30 et 50 appareils, selon le modèle choisi et les options associées au contrat, ce qui induit dans tous les cas le non-remplacement total ou partiel du parc de Tiger II. Dans le même temps, l’acquisition d’une demi-douzaine de batteries de missiles sol-air à longue portée doit permettre de remplacer les Rapier et de retrouver une capacité d’engagement depuis le sol contre des cibles à haute altitude.

La votation référendaire d’ores et déjà planifiée pour le printemps 2020 permettra donc au peuple d’entériner ou de refuser une nouvelle diminution de la flotte d’appareils de combat et un renforcement de la capacité de la défense anti-aérienne. On retiendra aussi que ce format historiquement limité nécessite des investissements colossaux du fait de l’augmentation constante du coût des équipements militaires de haute technologie.

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Discussion

  • Questions à l’expert Fontanellaz.

    Notre armée ne devrait-elle pas se doter de:

    -hélicoptères de combat?
    -drones?
    -missiles?

    pour des missions défensives et offensives avec un rayon d’action d’au moins 500 kilomètres à partir de nos frontières.
    A mon avis, ce serait nécessaire pour assurer une réelle dissuasion et une défense adéquate de notre territoire.

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