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Edelweiss ou les touristes aux colonies

L’humour déplacé d’une campagne d’affichage

Photo Edelweiss
Affiche Edelweiss – Destination Buenos Aires

Edelweiss est une compagnie aérienne à bas coûts, spécialisée dans les destinations de vacances, propriété de Lufthansa et basée à Zurich. Elle se présente comme une filiale de Swiss Air Lines, avec le discours habituel sur la qualité et les valeurs helvétiques. Elle précise même qu’il est de sa responsabilité de transporter les passagers en toute sécurité, ce qui est bien le moins. On pourrait même juger inquiétant qu’elle éprouve le besoin de l’écrire. Son site Internet parle uniquement en anglais et en allemand, non sans donner quelques informations de base aux voyageurs de langue espagnole et portugaise. De fait Edelweiss demeure peu connue en Suisse romande. Sa notoriété augmentera peut-être grâce à la vaste campagne d’affichage en cours sur les murs de nos villes et surtout dans les gares.

Les affiches vont le plus souvent deux par deux, le tout en anglais bien entendu. Sous le slogan «been there», autrement dit «j’ai été là», une photo symbolise la destination de vacances. Sous le slogan «done that», donc «j’ai fait ça», une photo représentant l’activité du vacancier. Or c’est justement ce type d’illustration qui nous rend un peu perplexes.

Sur l’affiche consacrée au Sri Lanka, la photo est prise depuis un train sans doute en train de rouler. Une jeune femme est sur le marchepied, entièrement à l’extérieur, en total déséquilibre se retenant par une seule main à la rampe. La photo peut s’interpréter de deux manières. La première sous-entend que les trains roulent tellement lentement au Sri Lanka que l’on peut faire n’importe quoi, ce qui est tout de même assez méprisant pour les chemins de fer de l’ancienne île de Ceylan. La seconde fait encore plus colonialiste: je suis une touriste occidentale et donc j’ai le droit de faire n’importe quoi en me moquant des règlements de sécurité.

Une autre affiche «done that» se rapportant, elle, aux Seychelles, nous montre la tête d’un touriste, hilare, couché derrière une tortue de mer sur une plage. On sait que ces tortues sont une espèce fragile, sensible à la pollution des mers, qui ont besoin de tranquillité lors de leurs excursions terrestres. Un touriste qui fait le guignol sur une plage à côté de l’un de ces superbes animaux ne contribue en rien à la protection de l’espèce.

Le troisième placard est plus anecdotique. Un touriste en bermuda et tee-shirt à l’air particulièrement benêt fait semblant de danser le tango avec une belle Argentine en tenue de bal. C’est bien sûr une publicité pour un vol vers Buenos Aires.

Finalement les affiches traditionnelles des agences de voyages avec des familles ou des couples courant sur une plage ont le mérite de rester parfaitement neutres vis-à-vis des populations locales. L’arrogance et le dédain sous-jacent manifestés par la campagne d’Edelweiss se situent en tout cas bien loin des «valeurs suisses» revendiquées par la compagnie. Il se peut aussi que ces affiches soient simplement le reflet d’une vision tout simplement cynique du comportement attendu du touriste loin de chez lui, ce qui bien sûr ne les rend pas moins graves.

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Discussion

  • 1
    Richard Lecoultre

    Jusqu’à quand le brave peuple des bergers supportera l’imbécilité de la réclame qu’il subit partout, des panneaux d’affichage à la télévision. En 2003, le peuple vaudois s’est voté une nouvelle Constitution qui stipule pour la première fois dans l’histoire du canton que le français est la langue officielle de l’Etat de Vaud. Il semble pourtant que jamais le français n’a été aussi malmené que depuis ce siècle, et surtout par des gens qui sont censés le maîtriser: on perd le contrôle de sa voiture, les kids ont leur émission à la TSR, les coach(e?)s coachent toutes sortes d’activités dans des workshops in- ou outdoors, le meilleur team au monde (il faut donc changer le dicton: la plus belle fille au monde ne peut donner que ce qu’elle a), … et la dernière trouvaille: digitaliser.
    A qui la palme? Aux snobs? Aux ignorants? Aux je-m’en-foutistes?
    Un peuple, et surtout ses élites, qui ne respecte plus sa langue peut-il attendre du respect des autres?

  • 2
    Laurent Ducommun

    Bravo pour ce texte, tous est dit, clair et concis, et je partage notamment entièrement la dernière phrase de l’article. J’ajouterais que les Suisses en vacances se savent riches, et que tout est permis à des riches, du moment qu’ils paient bien; l’austérité et la sobriété protestantes ont bien disparues.

    Quant à l’usage de l’anglais, cela ne me gêne pas trop. C’est plutôt, en Suisse alémanique, l’usage immodéré du dialecte, par réaction vis-à-vis de l’Allemagne, qui me pose problème. Suisse francophone par toute ma lignée généalogique, cela ne me dérange aucunement si à l’étranger on me prend pour un Français. Mais les Suisses alémaniques veulent oublier qu’ils sont une composante des Allemands, toute leur culture est commune, là est leur problème identitaire, et par extension un problème suisse.

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