Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

La révolution en marche?

Les chaînes de blocs promettent la lune en plus des cryptomonnaies. Attendons encore pour voir

Photo descryptive.com
Photo descryptive.com (licence CC)

Pour un béotien comme le soussigné, entrer dans le monde de l’informatique pointue comportant des algorithmes et des programmes complexes n’est pas vraiment une sinécure! Il faut pourtant y faire un bout de chemin pour tenter de comprendre pourquoi les cryptomonnaies (DP 2200) ont besoin des chaînes de blocs (blockchain en anglais) pour exister et se développer.

L’idée que l’on peut se faire des chaînes de blocs est devenue si étroitement liée au bitcoin que l’on pourrait croire ces deux termes quasiment synonymes. Il n’en est rien. Les chaînes de blocs se présentent comme un nouveau concept d’Internet. Lequel, rappelons-le, fonctionne comme un réseau mondial accessible au public. En fait, il s’agit d’un réseau de réseaux, sans centre névralgique, composé de millions de réseaux aussi bien publics (administrations et universités par exemple) que privés (commerces et finances notamment).

Chacun de ces réseaux repose sur un système informatique propriétaire qui enregistre le nom et les données de chacun de ses abonnés. Ces dernières, comme nous l’avons appris ces derniers mois, peuvent être détournées et mises au service d’objectifs qui n’ont rien à voir avec le service attendu de Facebook ou d’autres.

Une base de données

Les chaînes de blocs se distinguent d’Internet notamment par le fait qu’elles ne sont pas liées entre elles. En clair, chacun des organismes qui utilisent cette technologie est indépendant de tous les autres. La caractéristique principale des chaînes de blocs est d’être décentralisée. Il n’y a pas de serveur unique. Personne en particulier n’en assure le fonctionnement. L’ensemble du système est sécurisé par cryptographie. L’anonymat des participants est garanti. Il ne peut donc pas y avoir de collecte d’informations les concernant.

La chaîne de blocs fonctionne comme une base de données à laquelle des personnes ou des sociétés transmettent les contrats qu’elles ont conclus. Ces contrats, avec d’autres passés au cours de la même période, sont regroupés dans des blocs par les gérants de la chaîne qui en assurent l’exécution. Tous les gérants reçoivent les mêmes blocs. Ils en contrôlent et vérifient le contenu et s’assurent qu’ils sont bien les mêmes chez chacun d’eux. Tous ces procédés sont exécutés, cela va sans dire, électroniquement et prennent, selon la formule consacrée, moins de temps qu’il n’en faut pour le dire!

Plus important encore: l’exécution des contrats ne nécessite plus l’intervention d’un organisme bancaire ou d’un système de paiement du type PayPal. Les commissions prélevées sont modestes. La simplicité du procédé et la rapidité d’exécution des contrats, de préférence des contrats dits intelligents (smart contracts), permettent de les réduire à quelques pages, alors qu’il en faut de très nombreuses selon les règles traditionnelles, nécessitant au surplus de longs délais de rédaction. En revanche, lorsqu’un contrat a été conclu, il ne peut plus être modifié, ce qui peut aussi être considéré comme un inconvénient.

Une consommation délirante d’électricité

Le programme de la chaîne de blocs du bitcoin est souvent considéré comme génial par les spécialistes du domaine. Son inventeur a conçu un réseau anonyme, décentralisé, ouvert et extensible. Il fonctionne d’une manière qui le rend inviolable – du moins en l’état des connaissances informatiques actuelles. Depuis ses débuts modestes en 2009, il a pris une telle importance que ses nombreux participants doivent désormais disposer de puissances de calcul phénoménales, lesquelles exécutent en permanence des centaines de milliards d’opérations.

Il en résulte une consommation délirante d’énergie électrique. Si l’on prend la moyenne entre ceux qui font des estimations particulièrement élevées et ceux qui ont plutôt tendance à les minimiser, on aboutit à un ordre de grandeur équivalant à la consommation annuelle de la Suisse ! Et plus la valeur du bitcoin augmentera(it), plus celle de la consommation d’électricité en fera(it) autant. D’où un obstacle majeur à son développement et, encore plus, à sa généralisation. Non seulement parce que le coût de son fonctionnement deviendrait astronomique, mais aussi parce que les Etats, sous l’aspect environnemental, auraient de bonnes raisons de bloquer leur développement. Ce défaut en quelque sorte congénital touche l’usage particulier de la chaîne de blocs du bitcoin.

Procédures allégées

D’autres procédures existent, qui ne sont pas aussi voraces en électricité. Par exemple, une autre cryptomonnaie, Ethereum, qui a pris de l’importance, recourt à un programme moins gourmand, avec des procédures de vérification et de validation allégées. Est-ce pour cette raison que Ethereum a fait l’objet de quelques piratages et détournements?

Parmi les autres exemples, citons celui des communautés dans le secteur financier qui ont les mêmes intérêts. Leur chaîne de blocs ne nécessite pas de mécanismes hautement sophistiqués pour en assurer la sécurité. Ou bien encore des programmes pour faciliter les relations entre entreprises et administrations.

Voir aussi le cas évoqué par le magazine en ligne libéral français Contrepoints, celui d’un projet au Ghana: il s’agit de rendre leurs terres, et les titres fonciers qui vont avec, aux paysans pauvres du nord du pays. La chaîne de blocs pourrait être la solution, nous dit-on, parce qu’elle est immunisée contre la manipulation et la falsification. Si ce projet peut se concrétiser, il vaut assurément la peine d’être poursuivi. Mais la chaîne de blocs pourra-t-elle tenir la distance dans un pays où la corruption est endémique? Le problème n’est pas seulement informatique.

Changer tous les paradigmes?

Au final, les chaînes de blocs tiendront-elles les promesses que leurs partisans leur attribuent? N’est-il pas vraisemblable que le buzz du tonnerre qui est fait actuellement autour des cryptomonnaies soit surtout un effet d’annonce pour recueillir des capitaux qui passeront dans la poche de celles et ceux qui prédisent des merveilles? Les gains de certains se sont déjà traduits par des pertes pour des «investisseurs»! L’envolée du bitcoin, même s’il ne devait pas retrouver les sommets atteints à la fin de 2017, n’est-elle pas l’arbre qui cache la forêt?

Se posera toujours le problème de la sécurité pour éviter le piratage des données. Le fonctionnement de chaînes de blocs implique que l’intégralité et l’historique des contrats exécutés soient conservés. Les participants disposent d’un identifiant, mais tout crypté qu’il soit pour garantir leur anonymat, restera-t-il aussi confidentiel et inviolable qu’annoncé?

Un peu partout dans le monde, des équipes d’informaticiens, travaillant aussi bien dans des sphères académiques que dans des sociétés privées, planchent sur ces sujets pour faciliter le recours aux chaînes de blocs et en consolider la sécurité. Ce souci est probablement déterminant pour «démocratiser» la diffusion de cette technologie informatique. Mais de là à changer les paradigmes du monde financier tel qu’on le connaît, et même plus généralement ceux des relations commerciales et administratives, il y a un pas que nous hésitons (encore) à franchir.

(A suivre)

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/33071
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/33071 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne
Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP