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Le même espace à Vevey présente deux expositions fort différentes

Jusqu’au 27 mai: «Ulla von Brandenburg. A Color Notation» et «Alexis Forel graveur», Musée Jenisch, Vevey

Les aquarelles d’Ulla von Brandenburg

Née en 1974, établie à Paris, Ulla von Brandenburg jouit d’une réputation internationale, tant pour ses films que pour ses dessins. Notons d’abord que cette exposition est aussi un clin d’œil à Fanny Jenisch (1801-1881), qui a donné son nom au musée veveysan surtout consacré à la gravure. Avec l’artiste, elle partage un même attachement à leur ville d’origine commune, Hambourg.

Le visiteur sera d’emblée intrigué par la présentation – on n’ose dire l’accrochage, sauf pour quelques œuvres – des toiles. La plupart d’entre elles sont en effet posées sur le sol, sans protection, comme pour signifier le caractère fragile et éminemment éphémère de l’art. Aux parois, des rectangles plus foncés suggèrent les toiles qui pourraient s’y trouver.

Ulla von Brandenburg se rattache à l’art figuratif, mais un figuratif que l’on pourrait souvent qualifier de poétique, voire de merveilleux. Son œuvre est habitée par différents thèmes. Une salle est consacrée à chacun d’entre eux. L’univers sous-marin, avec ses plongeurs et ses mollusques, signifie pour elle un monde de rêve et de silence. L’artiste s’est passionnée aussi – elle qui fut d’abord scénographe – pour le monde de la danse, du théâtre, du carnaval et surtout du cirque: marionnettiste, montreur d’ours, dompteur de lions, chevaux, personnages de la Commedia dell’Arte figurent parmi ses sujets, avec souvent une grâce exquise dans la pose des personnages.

Une autre salle est consacrée aux grandes figures féminines de l’Histoire. On y trouve notamment les bustes de Louise Michel, la Vierge rouge de la Commune de Paris, de Lou Andreas-Salomé, la muse de Nietzsche et de Rilke, de la révolutionnaire martyre Rosa Luxembourg, de l’écrivain Colette en pied, vêtue d’un costume masculin… ou encore de la «complice» de l’artiste, Fanny Jenisch.

On appréciera particulièrement le pinceau subtil de l’aquarelliste. Elle pratique volontiers les coulures de peinture, semblables à celles que l’on peut observer sur les céramiques de la dynastie chinoise Tang. Les couleurs sont chatoyantes, sans jamais la moindre mièvrerie. Il y a chez Ulla von Brandenburg une véritable réappropriation de l’art figuratif.

Les gravures d’Alexis Forel

Alexis Forel (1852-1922) était un notable morgien. Après son décès, le musée de cette localité fut rebaptisé à son nom. C’est le centième anniversaire de l’installation de l’ancien Musée du Vieux-Morges dans la superbe maison Blanchenay, au cœur de la cité, que l’on commémore cette année. L’homme fut aussi un éminent collectionneur d’estampes. Parmi les noms des artistes, on trouve ceux de Rembrandt (dont on pourra voir dans l’exposition trois petits mais admirables autoportraits), de Corot, Daubigny, Millet…

Ce que l’on ignore souvent en revanche, c’est qu’Alexis Forel fut lui-même un graveur de talent. Trois grands sujets se dégagent de son œuvre. D’abord la Bretagne. L’artiste s’est moins intéressé aux bords de l’océan qu’à la Bretagne intérieure, aux vastes paysages du Finistère et du Morbihan. On aimera particulièrement une admirable Fin de journée d’été où Forel rend, sans user de la couleur, le crépuscule sanglant et ses reflets. Magistral!

Remarquons aussi un beau Verger en fleurs à Nemours, où l’artiste réussit à traduire par l’eau-forte l’éclat et la blancheur des arbres en pleine floraison. Alexis Forel s’est particulièrement intéressé aux arbres. Des grands chênes, il rend la puissance et la majesté.

Paris constitue le troisième thème dominant. Dans ses vues de la Seine, le premier plan est souvent gravé de manière méticuleuse, avec force détails, qui revêtent aussi un intérêt documentaire: ainsi les chalands accostant avec leurs marchandises aux quais, les monceaux de pierres, les grues. Tandis que l’arrière-plan, de l’autre côté du fleuve, reste dans un certain flou, conférant ainsi à l’ensemble une dimension poétique. Forel s’est penché, en outre, sur le Paris des humbles: les vieux coins de la capitale, avec leurs maisons branlantes. Sur le plan stylistique, il est évident que Forel s’est inspiré des clairs-obscurs de son maître Rembrandt.

Voilà donc une œuvre à (re)découvrir, dont la qualité dépasse à l’évidence les frontières exiguës de l’art local.

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