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Après No Billag, ouvrir le vrai chantier du paysage médiatique suisse

Radio-TV et presse écrite sont tous deux confrontés au défi du numérique

Photo g p
Photo g p (licence CC)

«No Billag» n’était qu’une étiquette trompeuse destinée à appâter l’électeur. L’honnêteté aurait commandé d’intituler cette initiative «No SSR». Près de 72% des votants et l’ensemble des cantons ont rejeté la disparition programmée du service public de l’audiovisuel.

Pourtant, au soir de la votation, les dirigeants de la SSR ont plus donné dans la flagellation que dans la satisfaction. Plan d’économies, restriction de la publicité, présence plus modeste sur l’internet: le service public doit-il se faire pardonner cette victoire? Faire le dos rond constitue-t-il la meilleure stratégie de défense de la SSR?

Déjà ses adversaires repartent à l’assaut: deux initiatives parlementaires demandent la baisse du montant de la redevance, respectivement l’exonération des entreprises. Même une partie des adversaires de No Billag en appelle maintenant à la cure d’amaigrissement: repli sur la mission centrale de service public, tel est le mot d’ordre.

Il est de coutume de vanter les débats que provoquent les initiatives populaires, quel que soit par ailleurs leur résultat dans les urnes, et qui prouvent la vitalité démocratique du pays. Sauf qu’en focalisant la discussion sur la SSR, No Billag a éludé le vrai problème: comment, face au tsunami des géants du Net, faire vivre des médias diversifiés et de qualité? Comment contrer la concentration de la presse écrite aux mains de trois grands groupes – Ringier/Springer, NZZ/AZ et Tamedia – qui diffusent la même information sous des titres différents?

La réponse paraît pourtant évidente. En donnant à la SSR et aux émetteurs locaux et régionaux de service public les moyens nécessaires, et non en diminuant encore la redevance et en plafonnant leurs budgets. En leur ouvrant sans restriction l’accès aux nouveaux canaux de diffusion tel l’internet. Et en accordant aux autres médias les conditions, notamment financières, de leur existence.

Le conflit entre les éditeurs d’une part et, d’autre part, la radio et la télévision publiques ne date pas d’aujourd’hui. Dès la naissance de la radio, la presse écrite a tout fait pour limiter l’impact de ce qu’elle considérait comme une concurrente indésirable. Ainsi, plusieurs années durant, la radio s’est vu interdire de diffuser des informations politiques, domaine réservé de la presse. Puis, jusqu’en 1965, elle dut se limiter à la reprise des dépêches de l’ATS. Même scénario à la naissance de la TV, perçue comme un outil de «massification  culturelle et sociale»: les éditeurs acceptent ce nouveau concurrent à la condition qu’il ne puisse diffuser de publicité.

L’avenir sur Internet ou la mort

La cohabitation du service public de l’audiovisuel et de la presse se poursuit tant bien que mal, le premier vivant de la redevance et de la publicité TV (12 minutes dès 1965), la seconde tirant ses ressources de la vente au numéro ou à l’abonnement, et surtout de la publicité. Jusqu’à ce que le développement technologique chamboule tout.

L’offre médiatique numérique érode tout à la fois les ressources et l’audience de la presse écrite et de l’audiovisuel classique. Les géants du Net drainent les ressources publicitaires et le jeune public boude les canaux traditionnels de diffusion. C’est dire que l’avenir des deux acteurs – éditeurs et SSR – se jouera sur l’internet. Vouloir restreindre l’accès de la SSR à ce nouveau canal, c’est signer l’arrêt de mort de l’audiovisuel public.

Pour le rédacteur en chef de la NZZ, la cause est entendue: «Si la SSR n’existait pas depuis longtemps, il ne viendrait à l’idée de personne de l’inventer. Elle est le produit d’une époque où Hitler et Staline ont utilisé la technique radiophonique pour diffuser leur propagande et où un Etat démocratique comme la Suisse y a répondu par le concept de défense spirituelle.» Aujourd’hui donc, il n’y aurait place que pour le marché.

Or précisément, ce «marché» n’offre guère de choix. Dans plusieurs régions du pays, la SSR représente la seule alternative à des monopoles médiatiques, comme le relève le journal en ligne Republik. La stratégie du groupe Tamedia semble bien viser la disparition de cette alternative.

Plutôt que de rejoindre Almeira, la régie publicitaire créée par Swisscom, Ringier et la SSR, le groupe zurichois a préféré acquérir Goldbach, une firme qui contrôle près de la moitié du marché de la publicité télévisuelle, notamment celle qui profite à RTL et ProSiebenSat, deux concurrents de la SSR. Selon son patron Christoph Tonini, ce rapprochement devrait permettre à Tamedia de présenter à ses clients une offre globale couvrant aussi bien la télévision que la radio, outre la presse écrite. Avec ses nouveaux partenaires étrangers, le groupe envisage d’investir dans la production de programmes TV. Ce nouvel acteur multimédia pourrait être en mesure de proposer des formats TV directement sur toutes les sortes d’écrans des consommateurs.

Avant de préconiser une cure d’amaigrissement pour la SSR, il serait opportun de répondre d’abord aux questions que pose Robert Ruoff, un ancien de la SSR: quels besoins et quels intérêts légitimes des citoyens et des consommateurs les médias doivent-ils satisfaire? Comment organiser de manière flexible le passage à la société numérique pour rendre possibles les adaptations? Et comment financer ce processus? La future loi sur les médias électroniques devrait répondre à ces questions.

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Discussion

  • 1
    Giorgio Zürcher

    Enfin un texte clair à ce propos. On en a assez de l’arrogance antidémocratique des adversaires de la radiotélévision publique. En effet de leur coté il ne s’agit pas d’exprimer une opinion qui ne correspond pas à celle exprimée par la majorité des votants, ce qui est leur droit dans un Etat libéral; eux ils exigent le non respect de la volonté populaire parce que elle ne correspond pas à leurs intérêts!

  • 2
    jacques vallotton

    Excellent papier qui remet l’évolution de la SSR dans un contexte historique et décrit les enjeux futurs avec l’arrivée de la numérisation. Les menaces d’une forte privatisation des nouveaux vecteurs sont bien réelles et la place du service public risque de rétrécir de manière drastique si on laisse trop de latitude aux lobbies des médias privés d’affaiblir la SSR. Le rôle de la politique est primordial pour éviter de dangereux déséquilibres.

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