Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Energie atomique : Quand l’innovation était nucléaire

Le 21 janvier 1969, le réacteur nucléaire suisse de Lucens dans le canton de Vaud est mis en service. Quelques heures plus tard, un élément du cœur explose, toute la caverne est contaminée. Les travaux de nettoyage dureront des années. Avec cet incident prenait fin le rêve, dessiné dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale d’une industrie nucléaire suisse autonome. Les leçons à tirer de cet échec, en termes de politique d’innovation, restent d’actualité.

Les militaires
mènent le bal
La première séance d’une Commission d’études pour l’énergie nucléaire (SKA) alieu le 5 novembre 1945, trois mois après Hiroshima, sous l’égide du Département militaire. La volonté – secrète – du conseiller fédéral radical saint- gallois Karl Kobelt de développer l’armement atomique en Suisse caractérise la première phase de l’histoire du nucléaire. Elle handicape durablement l’innovation, par la politique du secret et les guerres interdépartemantales, notamment avec le Département de l’économie publique.
Pourtant, c’est le nucléaire qui profite des premiers subsides généreux. En 1947, un million de francs par an est mis à disposition par le Parlement. A titre de comparaison, le budget total pour la formation et la recherche de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) ést, à l’époque, de 6,2 millions. Cette première phase militaro-scientifique, est suivie par une période de positionnement des milieux industriels.

La période industrielle
Deux grandes entreprises prennent des positions différentes : Sulzer veut développer un réacteur suisse, alors que Brown Boveri AG (BBC) voit dans le nucléaire un débouché pour ces turbines. Pour se protéger de la présence encombrante de l’Etat et de son influence, à l’image des autres pays européens, 125 entreprises forment en 1955 un institut d’études privé à Würenlingen. Il est repris par la Confédération en 1960 et est intégré aujourd’hui à l’Institut Paul Scherrer, du domaine des Ecoles polytechniques fédérales. Ce retrait progressif s’explique par la volonté du privé de passer à la construction de centrales nucléaires.

Trois grands projets pour des réacteurs nucléaires
Trois grands groupes se constituent. Suisatom souhaite importer un réacteur américain. ENUSA veut assembler un réacteur d’après le design américain. Et Konsortium envisage la construction d’un réacteur «suisse» à eau lourde. Les trois projets sont présentés conjointement au Conseil fédéral en 1959. Incapables de sélectionner, les autorités exigent la création d’une organisation nationale fédérant l’ensemble des acteurs et la financent généreusement. La société faîtière Nationale Gesellschaft zur Förderung der industriellen Atomtechnik (NGA) est fondée.

Une centrale dans
le canton de Vaud
C’est cette société qui décide la construction d’un réacteur expérimental dans une caverne à Lucens, qui débute en 1962. Faîtière tentaculaire – mais sans personnel propre – regroupant des entreprises du bâtiment, des producteurs d’électricité, l’industrie des machines et les trois consortiums déjà mentionnés, la NGA ne parviendra jamais à développer une culture commune, à échanger des savoirs, ni à s’adapter à un environnement politico-économique changeant. Ainsi, à partir de 1964, lorsque l’idée même d’un réacteur suisse estvidée de sa substance par la construction de Beznau I dans le canton d’Argovie (un réacteur américain), la NGA continue à creuser, à construire et à engloutir des fonds.
Bref, la Confédération, actionnaire majoritaire mais sans compétences ni pouvoir réel, délégue les choix à une société faîtière dépourvue d’un groupe dirigeant capable de la gouverner et bloquée par des intérêts contradictoires. Voilà le contexte d’une désastreuse politique d’innovation qui est à l’origine, plus que des facteurs externes, de l’échec – peut-être heureux ? – du nucléaire suisse.

Tobias Wildi, Der Traum vom eigenen Reaktor, Chronos, Zurich, 2003.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/3278 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/3278

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP