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Nouvelles approches de l’œuvre de Gustave Roud (1897-1976)

L’extraordinaire correspondance de l’homme de lettres et photographe vaudois

Photo AD

Il y a plus de 30 ans déjà, le 21 novembre 1986, se tenait à Lausanne un colloque à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Gustave Roud, organisé conjointement par la section de français de l’Université de Lausanne et le Centre de recherches sur les lettres romandes.

Les actes de ce colloque ont été publiés en octobre 1987 par l’Association des amis de Gustave Roud (Cahier No 5). Certes, ces approches n’ont rien perdu de leur profondeur ni de leur pertinence. Toutefois, à l’heure où le grand chantier des Œuvres complètes a été récemment relancé (on en parlait déjà sérieusement en novembre 1976 comme une suite aux deux volumes des Ecrits édités par Mermod en 1950), il nous a semblé intéressant d’évoquer les Cahiers Gustave Roud publiés jusqu’à ce jour, le dernier étant, paradoxalement, celui de la correspondance échangée avec C.F. Ramuz dès 1928 et jusqu’à la mort de l’écrivain en 1947. La série complète comprend en l’état 16 livraisons, parues entre 1980 et 2016.

Précisons ici que ce chantier des Œuvres complètes, qui a débuté durant le printemps de l’année 2017, occupe désormais quatre chercheurs à plein temps pendant quatre ans. Il est financé par un crédit de 1,4 million de francs octroyé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique.

Une première constatation générale s’impose. Cet échange de lettres de Roud avec ses correspondantes et correspondants impressionne par son volume et sa durée. Il s’étend en effet de 1928 jusqu’au 23 août 1976, quelques mois avant la mort du poète et traducteur. C’était l’époque où la lettre, même pour régler des petites affaires courantes ou de simples invitations, constituait le seul moyen de communication possible, mis à part les rares appels téléphoniques. Jamais d’agressivité dans ces lettres du poète de Carrouge (VD), mais beaucoup d’humilité, de déférence, d’excuses «parfois grossies jusqu’à la parodie pour justifier le retard d’une réponse ou une négligence», selon Anne-Lise Delacrétaz.

La seconde constatation émane de la correspondance avec Bertil Galland, de 1957 à 1976 (Cahier No 14, 2011). C’est tout le paysage de cette littérature dite «romande», dès le début des années 1950 et jusqu’à la mort de Roud en 1976, qui est ainsi brossé par Bertil Galland dans une (trop) longue postface en sept chapitres intitulée La levée des frontières (pp.137 à 162).

Avec Ramuz, Cahier No 16, 2016

La correspondance entre Gustave Roud et C.F. Ramuz débute en 1928 et s’achève en date du 9 mai 1947 à Carrouge:

Cher ami,

Sans cesse je pense à vous, me demandant comment vous allez et n’osant téléphoner à la Muette, avec cette peur de «déranger» qui est devenue vraiment maladive. Par Mermod, j’ai su que vous alliez, une fois encore, être livré aux chirurgiens et tout mon espoir est que cette intervention ne vous soit pas trop douloureuse.

Votre Gustave Roud

Leur activité commune à la Guilde du livre occupe une grande partie de cette correspondance. Par exemple, une nouvelle de Jean de la Varende (1887-1959) que Ramuz adresse à Roud sous forme de manuscrit le 9 mai 1939 en vue d’une future publication. Ramuz achève cette lettre en précisant:

Je n’ai point de feu. Je suis gelé. Il y a sous mes fenêtres un pauvre cognassier qui n’arrive pas à fleurir. Il a froid, lui aussi.

Mille choses, cher Monsieur Roud

C.F. Ramuz

Avec B. Galland, Cahier No 14, 2011

Cette édition, établie et soigneusement annotée par Daniel Maggetti, avec la collaboration de Nicolas Gex, retrace l’évolution du paysage de cette «littérature romande». Dans son avant-propos (Un poète comme parrain), Daniel Maggetti précise:

Les lettres de Roud et de Galland portent le reflet des multiples initiatives de ce dernier – initiatives qui tour à tour dynamisent ou effraient le poète de Carrouge, peu accoutumé à tant d’énergie et à pareille rapidité. De la publication de Poésie de Georges Nicole en 1961 jusqu’à l’aventure de l’Encyclopédie du Pays de Vaud en douze volumes (de 1970 à 1987) publiée par les Editions 24 Heures sous la direction de Bertil Galland, la diversité et la richesse des réalisations de celui qui, par ailleurs, continue d’écrire pour les journaux et de sillonner la planète est impressionnante.

Claude Reymond était alors le responsable des deux volumes de cette Encyclopédie consacrés aux Arts et aux Lettres (Nos 6 et 7). En date du 23 août 1976, Gustave Roud, photographe actif, écrit à Bertil Galland:

Il me tarde à vous rassurer au sujet de l’illustration destinée à l’Encyclopédie vaudoise. J’avais promis à Me Reymond de lui proposer quelques images où il pourrait choisir celle qui lui semblerait le mieux convenir.

Cette photo, où l’on voit Georges Borgeaud, Philippe Jaccottet et Georges Nicole photographiés à Carrouge en 1952, figure en effet en page 166 du volume 7 de cette Encyclopédie.

Beaucoup d’années se sont écoulées depuis lors… Tout récemment, je recevais ces lignes émouvantes de Philippe Jaccottet lui-même, entré dans sa 93e année:

Je me retrouve, à ce trop grand âge, de plus en plus éloigné du monde littéraire, si généreux qu’il ait été envers moi. (F-26230 Grignan, le 28 décembre 2017)

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Discussion

  • Pour qui habite le bout du lac, il est difficile de suivre la publication des Cahiers G. Roud. Merci donc de signaler la sortie du n° 16. J’aimerais vous dire tout l’intérêt que j’ai eu à lire, en 2009, la correspondance échangée entre G. Roud et Marcel Raymond, parmi les plus belles et les plus émouvantes qu’il nous a été donnée de lire. Il est rare en effet qu’un prof. d’université se confie à un poète et réciproquement. Ici, la qualité humaine des deux écrivains nous permet de suivre le moindre tremblement de leur conscience.

  • Grand merci à Micha Sofer pour sa lecture attentive et ses appréciations autour du Cahier No 13 (avec Marcel Raymond). Particulièrement, sans le nommer, “Par delà les eaux sombres”, ce recueil de 1975 publié à l’Age d’Homme, cité en p. 175, qui est l’un des plus poignants textes de Marcel Raymond.

    De mon côté, j’ai eu le privilège de bien connaître Vio Martin et Georges Borgeaud, “cet oiseau tombé du nid…” (Cahier No 12). Vio Martin était intervenue auprès de la SSE pour qu’il reçoive une aide, car il n’avait pas d’assurance maladie…(p. 125).

    Au sujet du Cahier No 14 (Avec Bertil Galland), je trouve en effet que ce dernier “écrase” un peu Roud dans ce cahier de correspondances, en racontant ses propres expériences d’éditeur.

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