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CH-UE: naïveté et arrogance

Incident stupide et révélateur autour de la reconnaissance de la Bourse suisse par l’UE

Photo Churchil Angelio
Photo Churchil Angelio (licence CC)

Bruxelles accordera l’équivalence boursière à la Suisse pour une année seulement, renouvelable à condition que d’ici là les négociations sur l’accord institutionnel progressent de manière significative. Les réactions suscitées ici par cette décision traduisent tout à la fois la naïveté et l’arrogance helvétiques face à l’Union européenne.

Les embrassades et témoignages d’amitié échangés lors de la récente visite de Jean-Claude Juncker à Berne n’ont pu faire illusion longtemps. Bruxelles s’impatiente et doute de la volonté de notre pays de stabiliser ses relations avec elle, à savoir de parvenir sans tarder à un accord-cadre précisant les modalités de résolution des conflits liés à l’application des nombreux accords bilatéraux qui nous lient. Cette impatience est justifiée.

Après notre refus d’adhérer à l’Espace économique européen, Bruxelles a accepté de nouer avec nous des rapports particuliers sous forme d’accords bilatéraux, une solution soutenue alors par l’UDC. Ces accords nous ont ainsi ouvert les portes du marché européen, antichambre provisoire à une future adhésion à l’Union.

Dès lors qu’elle a compris que la Suisse ne visait plus cette adhésion, l’Union a voulu institutionnaliser ces relations pour garantir la reprise de son droit en constante évolution, son application correcte et permettre la résolution d’éventuels conflits entre les parties. Voilà plus de 10 ans que nous négocions sur ce sujet. A l’évidence, le Conseil fédéral traîne les pieds, tétanisé par la campagne permanente de l’UDC criant au bradage de notre souveraineté et soutenu, comme la corde un pendu, par des partis bourgeois pour qui il est urgent d’attendre. Certains espèrent tirer quelque avantage du Brexit, en quoi ils se bercent d’illusions quand on sait les conditions drastiques imposées à la Grande-Bretagne dans le cadre de la procédure de divorce.

Faut-il s’étonner ou même s’irriter de l’impatience des Européens lorsqu’ils observent cet attentisme helvétique et la cacophonie régnant dans la Berne fédérale à propos de notre politique européenne?

Politique de cohésion

Pour mémoire, notre apport financier n’est pas versé dans le fonds européen de cohésion, mais en faveur de projets que nous négocions directement avec les pays bénéficiaires et dont nous contrôlons de près le déroulement. Ainsi nous participons à la réduction des disparités économiques et sociales au sein de l’Union. La somme en jeu – 1,3 milliard sur 10 ans – reste modeste comparée aux 63,4 milliards versés par les Etats membres au profit des moins développés d’entre eux.

Cette participation fut décidée en 2003 et constitue une contrepartie à notre accès au marché élargi aux nouveaux membres de l’Union. Vouloir faire dépendre la poursuite de cette aide de nouveaux avantages concédés par Bruxelles revient à ignorer les raisons originaires de ce versement qui n’a jamais été un cadeau fait à nos partenaires européens.

A peine le Conseil fédéral a-t-il décidé la poursuite de notre collaboration financière à la politique de cohésion de l’Union que l’un de ses membres, Ueli Maurer, critique publiquement cette décision, tout comme l’UDC et le PLR qui attendaient des contreparties en matière d’accès des banques suisses au marché financier européen. Un comble quand on sait que ces deux partis ont proprement vidé de sa substance la loi sur les services financiers qui dès lors ne respecte plus le standard européen: les banques revendiquent le plein accès au marché unique, mais ne veulent pas en respecter les règles.

De son côté, avant même de connaître la décision de Bruxelles, Schneider-Ammann avertit que sans équivalence boursière, la Suisse ne déboursera pas un sou en faveur des pays de l’Est. Quant à la présidente du PLR, elle évoque l’idée de renégocier les traités bilatéraux pour en extraire la clause-guillotine. Bref, le Conseil fédéral se montre incapable de parler d’une seule voix dans le dossier européen et des parlementaires y ajoutent encore leur grain de sable.

Face à cette cacophonie fédérale, Bruxelles a toutes les raisons de se méfier d’un partenaire qui veut profiter de l’accès au marché unique tout en en esquivant les règles.

Pour justifier leur temporisation et leurs doutes à propos d’un accord institutionnel, la plupart des acteurs politiques se réfugient derrière un rejet supposé de l’opinion publique. Mais ces acteurs, gouvernement en tête, n’ont rien fait pour expliquer l’importance et la nature d’un tel accord, laissant le champ libre au discours souverainiste de l’UDC. Or aujourd’hui, plutôt que d’ouvrir une guéguerre avec l’UE et d’attiser des émotions qui n’ont fait que trop de mal à nos relations avec Bruxelles, il s’agit de parler raison et intérêts. Et pour cela, ce n’est pas d’abord d’un nouveau secrétaire d’Etat dont nous avons besoin, mais d’un gouvernement se fixant une ligne claire et qui la communique.

Nous sommes demandeurs des accords bilatéraux, lesquels sont indispensables à la santé de notre économie. L’Europe exige que nous acceptions les règles du jeu de son marché unique: rien que de plus normal. Et nous pouvons adhérer à ces règles sans pour autant solder notre souveraineté. Dans une fiche technique, l’Association suisse de politique étrangère le montre clairement. L’adaptation de notre droit à l’acquis communautaire se réalisera conformément à nos procédures démocratiques.

De même les décisions des juges de la Cour de justice européenne (CJE) n’auront pas le dernier mot en cas de conflit d’interprétation par exemple. Les comités mixtes en place pour chaque accord bilatéral chercheront une solution sur la base des arrêts de la CJE. Si aucun accord n’est possible, des mesures compensatoires pourraient être prises contre la partie – la Suisse comme l’UE – qui n’accepterait pas le verdict de la CJE. On est donc loin d’une colonisation de la Suisse, comme le caricature l’UDC.

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Discussion

  • DP écrit:

    “Dès lors qu’elle a compris que la Suisse ne visait plus cette adhésion, l’Union a voulu institutionnaliser ces relations pour garantir la reprise de son droit en constante évolution, son application correcte et permettre la résolution d’éventuels conflits entre les parties”.

    Je partage parfaitement votre avis: 1. c’est l’UE qui veut institutionnaliser, pas la Suisse, et 2.c’est l’UE qui veut soumettre la Suisse à l’évolution de son droit à elle, l’UE.
    Mais alors, pourquoi jugez-vous que la Suisse doit se plier aux demandes de l’UE? L’UE a bien sûr le droit de souhaiter changer la nature ou au moins certains paramètres de la situation actuelle, mais la Suisse, de son côté, a le droit de se déclarer satisfaite de la situation actuelle, et de refuser le changement proposé par l’UE. Et bien sûr, puisque les accords bilatéraux sont en quelque sorte des contrats, l’UE peut dénoncer les accord bilatéraux existants, mais devra compenser les dommages financiers causés à la Suisse par cette dénonciation.

    Vous écrivez aussi: “Nous sommes demandeurs des accords bilatéraux, lesquels sont indispensables à la santé de notre économie.” C’est évidemment faux: la Suisse a conclu avec l’UE des contrats, appelés accords bilatéraux, signés par les deux parties: la Suisse a proposé au cours de ce dernier quart de siècle à l’UE des accords bilatéraux, l’UE est entrée en matière, des négociations ont été menées, l’UE y avait ses intérêts, la Suisse les siens, et le résultat de ces négociations a été signé par les deux parties qui y ont toutes deux trouvé des avantages suffisants pour compenser d’éventuels inconvénients.

    La Suisse souhaite des extensions des accords bilatéraux, c’est vrai, mais c’est l’UE qui y met une condition que les citoyens suisses ne semblent pas disposés à accepter: que l’arbitrage de conflits portant sur l’ensemble des accords bilatéraux, même ceux qui sont déjà signés, soient soumis à la juridiction de l’autre partie aux contrats, l’UE.

    La phrase que vous auriez dû écrire, c’est: “Nous sommes demandeurs d’accords bilatéraux supplémentaires”. Tout le débat politique et publique, je pense, porte sur la différence entre votre phrase et celle-ci. En fait, l’UE semble au moins aussi intéressée à soumettre l’ensemble des accords bilatéraux avec la Suisse à la juridiction de Cour de Justice européenne que la Suisse est intéressée à des accords complémentaires.

    Vous écrivez encore: “L’Europe exige que nous acceptions les règles du jeu de son marché unique”. L’UE n’a strictement rien à “exiger!” – à quel titre le ferait-elle? l’UE? combien de divisions? “exiger?”, non mais des fois!

    Pour stopper définitivement toute velléité des Suisses d’accepter un accord institutionnel dynamique avec l’UE, rien de tel que déclarer: “L’Europe exige que nous acceptions les règles du jeu de son marché unique”…

  • Il est incompréhensible que l’attitude de l’UE, qui est celle d’un maître chanteur, ne suscite pas la révolte et l’indignation de DP.

    Sauf erreur nous sommes une démocratie. Dans une démocratie le peuple n’émet pas des souhaits, il fait des CHOIX, définitifs. Çes choix ont ensuite à être respectés par tous les démocrates.
    Depuis une génération le peuple Suisse par tous ses votes à manifesté son refus fondamental d’être soumis à un processus évolutif, pilote par l’étranger, et dont il ne posséderait pas les clés.

    Cette volonté ferme, réitérée mainte fois, doit être respectée une fois pour toutes. L’UE fait du pédantisme institutionnel. Elle a en la Suisse un partenaire extrêmement fiable, sérieux, qui de surcroît achète des pays de l’UE plus de produits et services que ces 28 pays réunis n’en vendent en Suisse. Par conséquent il serait de l’intérêt bien compris de l’UE de prendre soin de ce partenaire et ne pas tenter de lui imposer des automatismes tatillons, absolument inutiles pour la bonne march des relations économiques, et qui ne visent qu’à satisfaire la soif des fonctionnaires bruxellois pour l’uniformité. Uniformité des normes techniques sur la courbure des cornichons etc., mais pas seulement. Celà s’étend aussi à des questions institutionnelles impliquant les libertés, les droits populaires, etc. Or celà n’est pas négociable.

    Tout le système d’abus démocratique permanent appelé UE, est fondé sur un chantage qui est le suivant: nous exercerons une discrimination économique entre les pays qui acceptent de se soumettre jusque dans le moindre détail à toutes les évolutions tatillonnes de notre droit dans tous les domaines et les autres. Les premiers auront un accès privilégié au marché unique, les autres se verront pénalisés – économiquement.

    Il s’agit d’un chantage monstrueux et c’est pourquoi l’on doit considérer que l’UE doit être combattue de toutes les manières jusqu’à que le monde soit enfin débarrassé de cette monstruosité comme il a été débarrassé de l’URSS.

    Il n’est pas tolérable qu’un organisme international prétende forcer des évolutions POLITIQUES dans des pays tiers, qui n’en veulent pas, en leur disant: si vous ne vous soumettez pas, alors nous allons vous étrangler économiquement.

    L’équivalence boursière n’est pas une affaire de l’UE. Elle est offerte à des places boursières, comme celle de Hong Kong notamment, qui n’ont aucun lien avec l’Europe. La Suisse est hautement qualifiée pour participer à ce système. En soumettant l’agrément de la bourse suisse dans le système (problème technique de nature exclusivement économique) à une condition politique qui n’a rien à voir avec la question (la soumission de la Suisse à un traité colonial mettant sa démocratie sous tutelle) l’UE tombe le masque. Elle fait apparaître au grand jour son procédé de forfaiture par le mélange des genres. Elle montre son vrai visage: celui, grimaçant, d’un maître chanteur et d’une puissance impérialiste qui n’a cure de l’indépendance ni des choix démocratiques souverains d’un pays comme la Suisse, qui ne veut pas adhérer au processus politique (ou plutôt dont le peuple ne veut pas y adhérer, les dirigeants c’est autre chose, mais en démocratie c’est le choix du peuple qui compte), qui ne veut même pas participer au marché unique, car elle entend rester un pays tiers, qui se contente de vouloir commercer avec ses pays voisins selon les règles de l’OMC, ce qui est aussi dans l’intérêt bien compris de l’UE au plan économique, et ce que donc l’UE devrait faciliter si elle suivait une finalité économique rationnelle et non un projet de domination politique illégitime.

    Le point positif dans cette situation est que celles et ceux qui avaient encore des doutes sur la vraie nature du pouvoir européiste et sur les méthodes de ses représentants, sont désormais fixés. Tout le monde sait désormais que nous avons affaire à des maîtres chanteurs.

    Par conséquent le peuple suisse, qui n’est pas prêt à abandonner, pour une question technique mineure concernant la bourse, ses libertés démocratiques durement conquises en sept siècles de lutte, sait qu’il doit résister, dusse-t-il pour celà risquer de perdre des plumes. Nous ne pouvons pas nous soumettre de manière abjecte à un chantage tout aussi abject.

  • 3
    Jean-Daniel Delley

    Nos deux commentateurs illustrent parfaitement l’attitude de naïveté et d’arrogance que nous dénonçons dans notre article.

    Naïveté de croire que nous pourrions bénéficier des avantages de notre participation au marché unique sans en adopter les règles. Arrogance de penser que nous serions capables d’imposer à l’Europe nos conditions. La Suisse reste dans tous les cas souveraine: accepter les règles du jeu ou persister à choisir celles qui nous plaisent, mais alors en étant prête à payer le prix de ce qui s’apparenterait à de la resquille.

    • Il n’en reste pas moins que l’UE a signé tous les accords bilatéraux jusqu’aujourd’hui sans la condition de l’accord cadre dynamique qu’elle veut imposer maintenant. Il n’y avait donc nulle naïveté ni aucune arrogance chez nos négociateurs de croire qu’ils arriveraient à ce résultat, et d’entreprendre les négociations: ils ont réussi!

      Ce qui frappe dans votre argumentation, c’est que vous placez la Suisse dans la situation d’un pays qui ne peut rien négocier, parce que plus petit que l’UE (“Arrogance de penser que nous serions capables d’imposer à l’Europe nos conditions.”). Autrement dit, vous placez toute la question dans un rapport exclusif de force, et aucunement dans un rapport de droit, de bonne foi, de morale. En outre, ce faisant, vous dénigrez ceux qui pensent le contraire, vous en faites des naïfs et (ou) des arrogants. Le respect des petites entités, des minorités, c’est encore la Confédération suisse qui l’a le plus profondément ancré dans ses institutions, en respectant les cantons, les minorités linguistiques, etc. Auriez-vous écrit, lors de la fondation de la Confédération “arrogance de penser que le canton d’Uri soit capable d’imposer à la Suisse ses conditions?”.

      Non, décidément, je ne vous suis pas.

      Vous persistez à prétendre que la Suisse a été la seule partie aux accords à en tirer un bénéfice, sous-entendant que l’UE n’y a rien gagné. Ce n’est évidemment pas comme ça que ça s’est passé, l’UE a elle aussi tiré profit de ces accords. Comme tout bon accord, les accords bilatéraux ont profité aux deux parties, même sans accord institutionnel.

  • 4
    Benoit Genecand

    L’ UE n’est pas le gentil. La Suisse n’est pas le méchant. Ce que l’on peut dire de la limitation à une année est simple: c’est une pression assez maladroite pour faire plier la Suisse dans la négociation sur l’accord cadre. Assez maladroite parce que vraisemblablement contraire aux accords de l’OMC. Cela dit, l’ UE peut tout a fait faire pression et exiger un contrat cadre avec la Suisse. C’est son droit. Aux Suisses de voir si cette nouveauté institutionnelle est acceptable. Je persiste à penser que le problème principal n’est pas là. Ni dans le milliard (milliards trois en fait) de cohésion. Si la Suisse pouvait retrouver une maitrise du flux migratoire en provenance de l’UE, la signature d’un accord cadre et du paiement de cohésion me sembleraient des contre-parties acceptables.

  • Je vois dans les réactions du CF l’expression d’une frustration. Dans le dossier européen, le CF se crée lui-même un canevas complexe qui veut tenir compte de toutes les situations imaginables et, sur cette base irréelle, cherche la quadrature du cercle. On s’oriente exclusivement vers l’interne et ne remarque pas qu’en procédant ainsi, on tourne son postérieur envers l’autre partie que l’on ignore ainsi. Car dans le dossier européen, il faut surtout ne pas prendre de décision et gagner du temps. En faisant abstraction des positions de l’autre partie que l’on ne veut pas entendre, on propose alors un deal qui devrait permettre à l’autre partie d’être plus patiente. On veut acheter du temps. Ce qui est humiliant pour l’autre partie et abaisse le niveau d’honnêteté intellectuelle. La réponse fuse au bas niveau voulu pas le CF. Il ne reste plus qu’à rouler la mécanique par frustration. Le pire, c’est que c’est seulement pour la galerie et pour cacher sa frustration. Car le résultat final est déjà connu: il faudra presque tout lâcher, car il est impossible de remettre en cause les bilatérales. C’est maintenant l’UE qui prend la main et peut, si elle est gentille, mettre la forme tenir compte des frustrations helvétiques. Elle le fera sans doute.

  • Les auteurs des deux premiers commentaires semblent juger que la “resquille” ( des autres, le “free riding” en anglais) est un droit inaliénable à la souveraineté helvétique. Tous les avantages pour nous et les charges pour les autres, tel semble être un “accord” acceptable pour la Suisse suivant nos commentateurs. Curieux tropisme dont je me demande comment il est seulement possible, comment il est seulement argumentable. Or, à preuve, il l’est… Mais laissons là ma stupéfaction…

    Juste ce rappel: dans l’affaire HSBC, aucune poursuite n’a été engagée contre la banque par le MPC … alors que, la preuve en a été moult fois administrée, des violations des lois fédérales contre le blanchiment, la fraude fiscale, la création et l’usage de dépôts par des dictateurs, etc. ont été commises en nombre par la banque. Pas une poursuite contre la banque… mais, pour faire bonne mesure, par contre, harcèlement en règle du “messager”, condamné pour violation du secret bancaire. Faut-il aussi rappeler les “évadés” allemands du fisc, planquant leur fortune mobilière derrière les verrous du secret bancaire à la sauce helvétique – et la grotesque pantalonnade de l’espion suisse Daniel M. en mission spéciale pour enquêter sur ces fuites et arrêté pris la main dans le sac?

    Mais, en tout cela, n’est-ce pas, nous ne faisons qu’exercer notre droit souverain… En somme, être souverain serait le nom d’un droit de pillage généralisé sur les autres; et comme le pays est petit, ça tombe bien… Et au nom de notre souveraineté, nous “exigeons” que les autres ne regimbent jamais, soumis qu’ils devraient être à un devoir illimité de la respecter …
    La Suisse officielle, toujours plus empressée à punir ceux qui mettent au grand jour ses turpitudes que leurs auteurs… pas nouveau, certes, mais pas très engageant non plus plus pour de prochaines collaborations, n’est-ce pas?

    Avec un tel “bilan”, les indignations de Cassis et consorts (dont nos commentateurs) sur le fait que la Suisse figure sur la “liste grise” relèvent une fois de plus la capacité de nos édiles à jouer les vierges effarouchées. Et ce qui est extraordinaire, c’est que nul.le ne juge utile d’évoquer épisodes … le faire semble relever de la faute de goût; montrerait chez celui.celle qui s’y risque un tropisme “unschweizerisch”.

    Bien sûr, je ne l’ignore pas, l’UE a aussi ses pratiques bancaires et fiscales plus que douteuses: Deltour nous en a fait la démonstration. Mais, bon, ses auteurs sont membres de plein droit de l’UE: va-t-on s’étonner qu’elle s’occupe d’abord des “paradis fiscaux” de “l’extérieur”? Et en plus, la Suisse n’est pas si grosse que cela: pensez, un peu plus de 7 millions dans une Europe d’un demi milliard d’habitants…

    Combien de temps encore notre pays fera-t-il le poids pour obtenir les conditions de l’Alleingang?

    • Je suis désolé mais je trouve que nous ne devrions être ni naïfs, ni arrogants, ni resquilleurs, ni free riders, ni quémandeurs, ni rosinenpickers, ni rien de ce genre. Je pense tout simplement que nous devrions faire preuve de dignité.

      S’il y a un prix à payer pour cela, je suis tout à fait d’accord de le payer. Mais je pense qu’en faisant preuve de dignité nous tirerions mieux notre épingle du jeu que nous ne le faisons aujourd’hui avec cette attitude humiliante de quémandeurs.

      Nous devrions dire à nos partenaires de l’UE que nous n’accepterons jamais un accord institutionnel évolutif qui équivaudrait à la capitulation définitive de notre souveraineté.

      Et nous devrions leur dire aussi que nous ne voulons pas être membre du marché unique. Nous voulons rester un pays tiers. Les intérêts de notre économie sont suffisamment garantis par les règles de l’OMC. Nous avons d’ailleurs l’ambition de commercer avec le monde entier, pas seulement avec l’UE, et rester libres de conclure des traités de commerce avantageux avec tous les pays du monde, comme nous avons réussi à le faire notamment avec la Chine, et pour cela nous ne voulons pas être engoncés dans le carcan commercial de l’UE, qui nous lierait les mains.

      Nous n’avons pas besoin de dire les choses de cette manière, crue, mais cette pensée doit nous guider et nous devons notifier à l’UE que nous voulons rester un pays tiers et ne désirons pas d’accord cadre évolutif. Tout irait tout de suite beaucoup mieux.

      Ca c’est ce que nous voulons, ou que nous devrions vouloir si nous étions gouvernés par des gens qui défendent nos intérêts avec dignité et non par des gens à plat ventre devant l’étranger, quémandeurs et prompts à accepter tous les empiétements de la part de l’UE. Et ce faisant nous défendrions beaucoup mieux nos intérêts tandis que depuis des années nous cédons toujours parce qu’étant demandeurs nous sommes vulnérables. C’est pourquoi nous nous faisons blouser à tous les coups. Il faut que ça cesse. Il faut dire à nos partenaires que nous ne demandons plus rien.

      Moyennant quoi, je ne vois pas au nom de quoi l’UE devrait nous pénaliser. Encore une fois les pays de l’UE vendent plus de biens et de services chez nous que nous en vendons chez eux. Elle n’a donc pas d’intérêt, sauf le réflexe dominateur et impérialiste, de se tirer dans le pied en gênant le dynamisme économique d’un pays qui est une petite locomotive et tire en avant une partie de l’économie des pays voisins et absorbe au moins 300’000 frontaliers qui sans cela seraient des chômeurs.

      Au fond tout l’argumentaire officiel des euroturbos consiste à nous dire: nous sommes plus faibles car nous sommes 8 millions et l’UE 500 millions. Donc nous ne faisons pas le poids. Donc nous ne pouvons pas nous permettre l’Alleingang (mot d’ailleurs tendancieux, pour désigner l’indépendance et la défense légitime de nos intérêts). Conclusion: nous devons tout simplement nous mettre à plat ventre et nous soumettre à tout sans conditions.

      C’est inepte. Tout au long de son histoire la Suisse n’a jamais fait le poids. Jamais. Elle a toujours veillé jalousement à son indépendance et défendu ses intérêts.

      Tout au fond on sent que ce discours de la servitude volontaire ne traduit pas du tout des considérations politiques rationnelles et encore moins économiques. Pour ces gens notre existence comme non membre de l’UE est tout simplement un scandale. Nous n’avons pas droit à l’existence car notre existence est un affront aux efforts que font les gens éclairés de l’univers pour parvenir à un monde unifié selon la raison.

  • 7
    François Schmitt

    Jean-Daniel Delley a entièrement raison. Les exigences de l’UE, présentées il y a plus de 10 ans, sont parfaitement normales. C’est la Suisse, et elle seule, qui est responsable de la confusion actuelle. La cause en est l’absence totale de politique européenne du Conseil fédéral. Ses membres ne cessent de se contredire les uns les autres, les partis participant au CF ne tentent même pas de se mettre d’accord. Personne ne dément jamais les slogans mensongers d’un parti qui ne mérite pas d’en être. Au contraire, il a toute liberté de répandre chaque jour depuis plus de 25 ans sa haine de l’UE, de la paix, de la solidarité et de la coopération entre les peuples.

  • en 92, après le refus de la Suisse, les négociateurs suisses ont expliqué à l’Europe que “plus vieille démocratie, peuple souverain, etc..”, la bonne attitude pour convaincre le peuple suisse était de donner à la Suisse les avantages de l’adhésion sans les contraintes afin de montrer au peuple comme c’était bien. Les Européens ont accepté cette version.

    Une fois les accords bilatéraux obtenus (accords demandés par la Suisse via l’UDC), les politiques suisses ont commencé à diffuser l’idée que la situation n’était pas transitoire, une sorte de préparation du peuple à l’adhésion, mais une situation définitive dans les relations avec l’Europe. En gros, pourquoi adhérer alors que les avantages étaient déjà sous toit….

    Comment la Suisse peut-elle croire que les pays européens accepteront cette situation alors que chacun des membres de l’UE a accepté l’entier des règles européennes pour devenir membre de l’UE? (arrogance et naïveté)

    Soit vous êtes membre, soit vous êtes un pays tiers. Souvenez-vous de tous ceux qui disaient: grâce au Brexit, la Suisse pourra s’engouffrer derrière les Anglais pour obtenir les mêmes avantages qu’ils vont obtenir…

    Maintenant, après 25 ans de duperie, de mensonges, de diabolisation de l’Europe auprès de la population suisse, il va être difficile pour les politiques suisses d’expliquer au bon peuple que l’avenir passe par l’Europe.

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