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«La cinquième saison», une nouvelle revue littéraire romande

Une publication trimestrielle en vente en librairie ou par abonnement

Photo La cinquième saison
Photo La cinquième saison (licence CC)

Lancer une revue littéraire, que voilà une audacieuse entreprise et une belle gageure! En soi déjà, la réalisation de ce projet mérite d’être saluée.

Son titre un peu curieux est explicité par Jean-Louis Kuffer: il s’agira de mettre en évidence des livres «faisant voir du jamais vu». Parcourons donc, sens critique en éveil mais sans esprit de chapelle, ce premier numéro au graphisme moderne et à la présentation aérée.

Le même Jean-Louis Kuffer ouvre les feux avec un panorama certes subjectif, mais qui témoigne d’une belle ouverture, de la littérature romande en ce début du 21e siècle. On regrettera simplement qu’il ait jugé bon d’user d’un ton méprisant envers Joël Dicker et Marc Voltenauer. De même, la présentation de Metin Arditi, «auteur à succès, fils de marchand turc naturalisé non moins que prof de physique émérite et brasseur d’affaires millionnaire, humaniste et mécène», adopte un style condescendant qui ne nous plaît guère. Dommage enfin que ce premier invité donne l’image d’un écrivain aigri, lorsqu’il évoque ses «humbles travaux immortels systématiquement passés sous silence par les jupons gris du supplément littéraire du Temps». Etait-ce vraiment le lieu idoine pour régler ses comptes personnels?

In utero, s’intitule ce numéro 1. On trouvera donc plusieurs textes centrés sur la grossesse et la naissance de l’enfant, à la fois attendu et rejeté, partie intégrante du corps de la femme et objet étranger à lui. Des vécus de femmes condensés dans de brefs textes incisifs.

On lira ensuite un inédit très pénétrant de Jacques Chessex sur «L’humour chez Charlie Chaplin». Notre grand auteur romand a laissé de côté un moment ses fantasmes théologico-sexuels pour nous livrer une analyse d’une rare pertinence.

La poésie tient sa place dans La cinquième saison. Nous avons particulièrement apprécié les «Poèmes croisés» d’Alberto Nessi et Jérôme Meizoz, chacun des deux ayant traduit les poèmes de l’autre. Belle ouverture à la littérature tessinoise et à l’un de ses plus éminents représentants.

Chaque numéro comportera un certain nombre de critiques de livres. Rappelons que l’exercice relève en soi d’un genre littéraire. Il s’agit à la fois de mettre en valeur un opus, quitte à en souligner les failles, et de produire un texte qui possède son unité et son style propres. On regrettera ici ou là le ton très élitaire, voire abscons, de telle ou telle critique.

Sortent du lot les pages consacrées par Julien Sansonnens à Chaleur de Joseph Incardona, qui évoque les Championnats du monde de sauna en Finlande… même si l’on ne saisit pas très bien pourquoi les «décors finlandais de bouleaux» sont «sordides». Ils nous ont plutôt marqués par leur blancheur immaculée. Laure Federiconi définit excellemment les qualités et les lacunes d’Ella Maillart, auteure de Au pays des Sherpas. Au contraire d’un Nicolas Bouvier par exemple, «Ella n’est pas un écrivain qui voyage, mais une voyageuse qui écrit», d’où une certaine platitude dans ses livres, qui contraste avec la grande figure de l’aventurière.

La «Tribune libre» donne la parole à Rafik ben Salah, Tunisien établi dans notre pays, qui évoque avec un mélange de désillusion et d’espoir son «pays révolutionné». Puis le lecteur est confronté à un exercice littéraire séduisant, consistant à bâtir un texte en partant de la «Première phrase» d’une œuvre.

Chaque numéro comportera un «Portrait». Sonia Zoran a brossé celui de Corinne Desarzens, une personnalité et une auteure originales, «libertaire littéraire» à l’érotisme subtil, s’inspirant à la fois de son vécu intime et de ses nombreux voyages, avec une prédilection pour les Balkans. Puis la parole est laissée à cette dernière: dans Karpathos, elle chante une Grèce qui lui est proche et chère. Ces pages occupent la rubrique «D’ailleurs», qui se veut une ouverture sur le monde.

Enfin, on peut lire une interview de Sabine Dormond, présidente de l’Association vaudoises des écrivains. Elle explique le beau projet de «Ecrivains dans les classes», qui permet le dialogue entre une auteure ou un auteur du cru et des écoliers.

Malgré les quelques réserves (fort subjectives) que nous avons exprimées, on voit que ce numéro 1 de La cinquième saison séduit par la variété de son contenu et par l’enthousiasme des nombreux écrivains romands, hommes et femmes, qui y ont participé. Ceux-ci ont droit à une brève présentation biographique, au terme des quelque 150 pages que comprend cet ouvrage. On ne peut donc que souhaiter longue vie à cette jeune revue littéraire!

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Discussion

  • Fonder une revue littéraire est “une maladie endémique des gratte-papiers romands”, selon Freddy Buache cité par Simon Roth dans son ouvrage consacré à l’Alliance culturelle romande (Cahier Mémoire éditoriale No 2, nov. 1999, p.108).

    Cette maladie est-elle devenue chronique chez Jean-Louis Küffer après son “Passe Muraille”? Cette Cinquième saison était-elle vraiment nécessaire à l’heure où Jean D’Ormesson nous quitte pour de bon. Autant de questions qu’il est légitime aujourd’hui de se poser, tant pour la main gauche que pour la main droite de celles et ceux qui écrivent encore “Entre le ciel et la nuit” (selon Jean-Pierre Monnier, essai, Castella, 1986).

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