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Médecine et médias: Le couple infernal de la recherche scientifique et du scoop médiatique

L’été, les nouvelles politiques se raréfiant, les médias se rabattent sur le reportage scientfique. Cet article en guise d’avertissement.

Une semaine, vous apprenez que les beta-carotènes protègent du cancer. Vous entamez une cure de carottes. La semaine suivante, vous lisez qu’ils pourraient au contraire augmenter le risque de cancer. Vous cessez l’ingestion, pour vous rabattre sur les fibres alimentaires dont l’effet bénéfique anti-cancéreux a été démontré, jusqu’à ce qu’une étude plus importante montre que ces fibres n’ont pas l’effet protecteur escompté. Ces exemples sont tous réels et récents. S’il est déjà difficile à la personne bien portante de suivre ces conseils dits scientifiques, combien plus difficile est la situation de quelqu’un affecté d’une maladie létale ? Pour les patientes souffrant d’un cancer du sein, domaine où la biotechnologie est très active et où les communiqués de presse pleuvent en conséquence, la situation est devenue si tendue que l’association américaine de ces patientes offre maintenant un cours intensif de cinq jours pour décrypter les news scientifiques.

Information, décryptage et embargo

Le journaliste est flatté d’interviewer le chercheur, le chercheur est flatté de passer dans les médias : voilà un cercle vicieux. (Comme les deux professions sont généralement sous-payées, il y a en plus une fraternité de classe). Dans ce système, les études préliminaires deviennent systématiquement des percées majeures. Le décryptage de la nouvelle est encore compliqué par la pratique de l’embargo : les journaux scientifiques, y compris les meilleurs, organisent leurs conférences de presse avant la sortie du numéro, de sorte que le reste de la communauté scientifique est généralement incapable de commenter, au moment du scoop, la portée de la découverte. L’article scientifique paraît bien plus tard, au moment où la nouvelle n’a plus d’intérêt pour la grande presse.

Un scoop plutôt dangereux

Le scoop a un second effet négatif : si les études ultérieures montrent des résultats négatifs, il est déjà très difficile de les faire publier dans les journaux scientifiques et impossible d’en avoir l’écho dans la grande presse. Ce qui interdit par exemple la « reclassification » des risques pour des substances comme les nitrates, la dioxine et le sel de cuisine dont des études ultérieures relativisent les dangers.
Un troisième élément qui influe dangereusement sur la qualité des scoops scientifiques, nouveau, mais probablement exagéré, c’est le développement des liens financiers entre chercheurs et sponsors commerciaux qui peut malheureusement influer sur la probité scientifique.
Comme la vie humaine ne réunit pas idéalement les conditions de laboratoire, on ne peut recourir systématiquement au gold standard de la recherche, que sont les études placebo en double aveugle. On doit recourir aux études épidémiologiques, où le risque de confondre corrélation et cause est bien plus grand. Par exemple, les femmes fumeuses ont un risque accru du cancer du col de l’utérus ; on a longtemps cru à une relation cause-effet, jusqu’à la découverte du virus responsable (dans la majorité des cas) de ce type de cancer ; la corrélation fumée Ð cancer cervical passe donc par la promiscuité, pas par le goudron.
Une première étude qui aboutit à un scoop, ce n’est donc rien. Il a fallu vingt ans, à partir des premières évidences épidémiologiques, pour être sûr de la relation causale entre la fumée et l’incidence du cancer du poumon (même sans la désinformation pratiquée par les cigarettiers). Plus : les effets cellulaires (comment la fumée du tabac provoque le cancer) sont encore largement inconnus. ge

Source : Los Angeles Times, 5 mai 2001;
(www.stopbreastcancer.org.) sur les traitements du cancer du sein.
La Cochrane collaboration, www.cochrane.org., fait la promotion d’une médecine basée sur les preuves.

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