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Génome humain: Les cellules (de recherche) se multiplieront

Le projet « génome humain » est né il y a vingt ans. Aujourd’hui pourtant, on n’en est qu’au point de départ.

Rarement brouillon aura soulevé tant d’enthousiasme. La publication simultanée du brouillon de séquence du génome humain par l’équipe privée de Celera dans le magazine non-profit Science, et par le consortium public (HUGO) dans le magazine à but commercial Nature est fêtée comme l’événement fondateur des sciences de la vie du 21e siècle.

Le tournant du projet se situe en 1998

Le projet « génome humain » naît au milieu des années huitante, quand le département de l’énergie américain, spécialiste de la big science (en gros, des installations nucléaires) se cherche un nouveau défi. D’âpres disputes se succèdent; puis le monde de la recherche médicale, dûment subventionné, reprend le flambeau dès 1989. Querelles ensuite sur la brevetabilité des premiers fragments de gènes séquencés, querelles sur l’organisation à donner à ce méga-projet, alors que les chercheurs ont la paillasse individuelle comme horizon. En résultera un consortium aux mailles lâches et aux objectifs multiples, lié par le « principe de Bermuda », c’est-à-dire la publication dans les vingt-quatre heures de toute séquence obtenue. Les grands laboratoires se consacrent d’abord à la
« carte » du génome humain, pour faciliter la détection des gènes dont les mutations sont impliquées dans les maladies génétiques dites « simples » (c’est aujourd’hui chose faite). Le tournant du projet se situe en 1998 : l’invention de nouvelles technologies qui permettent de décupler la vitesse de séquençages, la création d’une compagnie privée Celera avec comme objectif le séquençage complet du génome humain forcent la recherche publique à s’organiser (enfin) sérieusement : don substantiel de la fondation « Wellcome Trust » pour l’accès aux nouvelles technologies, concentration de l’effort dans cinq mégacentres (le G5). Le
« choc Celera » a accéléré le séquençage ; le contre-choc public nous assure aujourd’hui l’accès public et gratuit aux séquences du génome humain. Mais c’était moins une.
La presse a amplement commenté les premiers résultats : le nombre modeste de gènes, le piètre état de notre séquence d’ADN (qui se permet par exemple de répéter un million et demi de fois un même type de séquence, le chaos de nos gènes, à peine 1,5 % du total des séquences, et coupés en morceaux (sept en moyenne), notre état d’OGM, puisque des centaines de gènes semblent s’être introduits dans notre patrimoine directement à partir de bactéries.

Evolutions problématiques

Sans vouloir gâcher l’ambiance de fête, j’aimerais néanmoins esquisser trois évolutions qui me semblent problématiques. La première, c’est l’avenir du projet génome humain. Aujourd’hui, c’est un brouillon ; seule une séquence « sûre » pourra être utile . Qui finira ce travail, « tellement ennuyeux qu’il faudrait le confier à des prisonniers », selon un Nobélisable ?
D’autre part, on a déposé à tour de bras des brevets sur des gènes. Leur nombre réduit fait craindre qu’il y ait de longues batailles judiciaires, puisque sans doute les concurrents ont déposé des brevets sur des fragments d’un même gène .
Autre conséquence : l’ensemble des médicaments de la planète agissent sur environ cinq cents « cibles pharmaceutiques »; l’industrie comptait les démultiplier (et les médicaments qui vont avec), mais le nombre réduit des gènes fragilise aussi cette ambition.
Tout concourt à dire que le séquençage du génome humain n’est qu’un point de départ ; il faudra connaître les génomes humains (les variations individuelles), il faudra connaître le protéome humain (c’est-à-dire l’ensemble des protéines) et ses variations selon l’environnement. On pensait que le projet génome humain serait une parenthèse big science de l’humble biologie de laboratoire Ð il semble qu’il n’en est rien. Le pari de pouvoir distribuer les 30 000 gènes à autant de petits laboratoires qui s’en occuperaient toute leur vie ne se réalisera pas ; l’après-génomique sera gigantesque aussi, et les hautes écoles, suisses en particulier, qui n’ont pas pris le train du projet génome humain, auront intérêt à se coordonner. D’où l’idée du pôle génomique lémanique. ge

Source : Science, 16 février 2001 ; Nature, 15 février 2001. Le projet génome humain coexiste avec Internet.
Pour consulter la séquence, http://genome.cse.ucsc.edu, Science (www.sciencemag.org ; www.sciencegenomics.org) et Nature (www.nature.com) ont mis au point d’excellents points d’entrée pour la galaxie du génome.

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