Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Nécessaire SSR

L’initiative No Billag met en danger la diversité culturelle et la cohésion nationale

Photo Franz Friedrich
Photo Franz Friedrich (licence CC)

Rarement campagne référendaire aura débuté aussi tôt. La votation sur l’initiative Oui à la suppression des redevances radio et télévision (suppression des redevances Billag) n’est agendée que pour le 4 mars prochain. Mais déjà ses partisans occupent solidement la scène, du moins outre-Sarine. Car c’est la Suisse alémanique qui fournit l’essentiel du contingent des adversaires de la SSR.

Le tweet d’un député UDC après le vote des délégués zurichois sur l’initiative – 223 oui contre 6 non – traduit bien la violence des opposants à la SSR: «Détruire dans l’urne l’émetteur public SSR».

Car c’est bien d’une destruction qu’il s’agit. L’initiative a le mérite de la clarté. Fini le temps des demi-mesures qu’on pouvait encore faire passer pour une mise au pas d’une régie par trop ambitieuse. Il n’est plus simplement question de réduire de moitié la redevance, de limiter le périmètre de la concession de service public à ce que le secteur privé ne peut produire ou de restreindre la mission de la SSR à la production de contenus à fournir gratuitement à ce même secteur privé.

Une attaque sur plusieurs fronts

L’attaque présente est d’autant plus redoutable qu’elle fédère plusieurs adversaires. Les politiques tout d’abord – en premier lieu l’UDC – pour qui la SSR représente un bastion de la gauche. Les thuriféraires de l’économie de marché ensuite, parce que le géant du service public ferait trop d’ombre aux médias privés. De jeunes yuppies enfin – les Jeunesses UDC et libérales-radicales sont à l’origine de l’initiative – drogués à la gratuité des prestations audiovisuelles et qui pointent la ringardise des programmes de la SSR.

Ces différentes critiques méritent débat. Mais elles ne justifient pas de priver soudainement la SSR des trois quarts de ses recettes et les 21 radios et 13 TV locales de plusieurs dizaines de millions indispensables à leur activité. Le comité d’initiative prétend que les 1’350 millions ainsi libérés offriraient aux consommateurs la possibilité de varier leur choix grâce à une plus grande diversité de l’offre médiatique. Mais la dispersion de l’offre sur un marché aussi restreint que la Suisse ne permettrait pas l’émergence d’un acteur de taille suffisante pour offrir des programmes tout à la fois complets et de qualité. L’individualisme exacerbé des initiants – «Chaque personne connaît ses besoins et préférences mieux qu’autrui et sait de fait comment dépenser l’argent qu’elle a durement gagné» – les conduit à confondre le paysage audiovisuel avec un marché de biens de consommation courante.

Par ailleurs ce choix existe aujourd’hui déjà. En effet, contrairement à ce que ne cessent d’affirmer ses critiques, la SSR ne détient pas une position de monopole. Si les chaînes publiques de la radio captent en moyenne les deux tiers de l’écoute, celles de la télévision peinent à franchir la barre des 30%, concurrencées qu’elles sont par les chaînes étrangères dans les trois régions linguistiques. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir un parti souverainiste, et qui s’octroie le label de «qualité suisse», militer pour l’affaiblissement de la SSR et faire ainsi le lit des TV étrangères.

Rendre compte de la diversité culturelle

La répartition des ressources de la SSR constitue un élément-clé du fédéralisme helvétique. La Suisse alémanique génère 70,5% des recettes de la SSR, mais n’en conserve que 45,6%. Cette péréquation profite à la Suisse romande (24,7% des recettes mais 32,6% des ressources) et surtout à la Suisse italienne (4,5% des recettes et 21,8% des ressources). L’assèchement des moyens financiers de la SSR prétériterait la diversité culturelle du pays et plus particulièrement les minorités latines. Car de médias privés à but lucratif, on ne peut attendre qu’ils assurent ce subtil équilibre qui contribue à la cohésion nationale.

Pas question bien sûr que la SSR se lance activement dans la campagne référendaire. Qu’elle se contente de simplement rappeler le large éventail de ses prestations: aide à la production cinématographique, soutien aux orchestres et à toutes les formes de musique, à la littérature et aux sports. Et que les innombrables bénéficiaires de ces prestations – individus comme associations – se mobilisent pour la défense de l’audiovisuel public.

Au vu des enjeux véritables, ce combat contre la SSR, qu’il résulte de motifs politiques ou d’intérêts économiques, apparaît dérisoire (DP 2139). La pénétration des TV étrangères et les parts du marché publicitaire qu’elles s’approprient tout comme surtout Internet (plus du quart du marché) constituent le véritable défi pour les acteurs médiatiques helvétiques.

Dans cette perspective, plutôt que de se livrer à une guéguerre qui n’engendrera que des perdants, la SSR, les émetteurs locaux et régionaux ainsi que la presse écrite seraient bien inspirés de réfléchir à leur complémentarité et aux moyens de la développer. Gilles Marchand, le nouveau directeur général de la SSR, semble l’avoir compris. Trouvera-t-il des interlocuteurs?

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/32336
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/32336 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • C’est bien de s’offusquer de ce qui pourrait arriver si No Billag passe. Il aurait été plus intelligent de se demander pourquoi on en est là. Seul le silence répond, ou la mauvaise foi, le déni, la complaisance.

    Incidemment on apprend que la délégation de la SSR sera réduite de moitié au JO de Séoul. On sait que la rénovation de la réception de La Sallaz a coûté une belle somme a six chiffres. Avec beaucoup d’insouciance pour ne pas dire plus, on a dépensé cet argent qui rentrait si facilement, sans compter et sans se priver.

    Tout finit par se savoir, les citoyens ont commencé à se méfier, à évoquer des privilèges indus etc… les rumeurs d’utilisation inadéquate des deniers des payeurs de redevance ont enflé…

    L’initiative permet d’ores et déjà de faire un ménage dont on espère qu’il durera au-delà de la votation. Et pourtant, je m’opposerai à No Billag, car les initiants en mélangeant tout, empêchent le vrai débat démocratique autour de la SSR tout en provoquant des dégâts inutiles dans notre état fédéraliste, sa culture et sa diversité politique.

    Plus de transparence, d’humilité à la SSR et il n’y aura pas de No Billag 2.

Ecrire un commentaire

Les commentaires ne sont mis en ligne qu'après validation par nos soins. Nous vous remercions de vos compléments et remarques, et encourageons une discussion vigoureuse mais courtoise et respectueuse. Nous nous réservons de ne pas publier les textes dont la forme ou le contenu ne sont pas appropriés.

Commentaire (max. 2000 signes)

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP