Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Prévoyance vieillesse 2020: l’occasion manquée

Après le scrutin du 24 septembre

Photo DP
Photo DP (licence CC)

Non pas une occasion, mais l’occasion manquée. Car il est douteux qu’une telle possibilité d’assurer pour une bonne décennie le financement de la prévoyance vieillesse se représente de sitôt.

Le projet Prévoyance vieillesse 2020 rejeté ce dimanche présentait toutes les caractéristiques d’un bon compromis. Concessions réciproques et recherche d’un équilibre entre sacrifices et avantages auraient dû convaincre une solide majorité parlementaire et une majorité populaire. Car jusqu’à présent toutes les tentatives de modifier isolément l’un ou l’autre des paramètres ont échoué.

L’augmentation de l’âge de la retraite des femmes devait s’accompagner pour ces dernières, notamment pour les bas revenus, d’une réelle amélioration des rentes. L’abaissement du taux de conversion dans le deuxième pilier allait atténuer si ce n’est supprimer la ponction des avoirs des cotisants pour financer les rentiers actuels. Lequel abaissement était compensé par une augmentation de la rente AVS des futurs rentiers. Le tout pour une modeste augmentation de la TVA et des cotisations.

Et pourtant, c’est l’échec. Pour convaincre des avantages d’une telle réforme, il aurait fallu l’engagement déterminé des principales forces politiques et sociales. D’entrée de cause, la droite idéologique – UDC, PLR et organisations patronales – a refusé de participer à l’élaboration et à la défense de ce compromis, de sorte que le projet n’a été adopté que de justesse, front contre front, au Parlement. Car, pour cette droite, la prévoyance vieillesse ne représente qu’une charge, des coûts qu’il convient de minimiser et non un droit des retraités à vivre dignement.

L’AVS permet une large redistribution des ressources. C’est là son défaut aux yeux de la droite et c’est pourquoi cette dernière cherche à tout prix à la maintenir à son plus bas niveau. Elle privilégie la prévoyance professionnelle qui constitue un formidable marché pour les banques, les assurances et les intermédiaires financiers. Face à cette opposition, les associations patronales romandes et quelques dissidents en Suisse alémanique, davantage soucieux de trouver une solution pragmatique, n’ont pas fait le poids.

Dans cette campagne, l’extrême gauche a tenu le rôle de l’idiot utile, alliée objective de ceux qui jouent la montre, attendant que le financement de la prévoyance vieillesse se dégrade encore pour imposer de guerre lasse leur solution, à savoir le gel des rentes AVS et le passage à 67 ans de l’âge de la retraite.

Indifférente à l’enjeu, l’extrême-gauche mise sur un statu quo qu’elle juge préférable à Prévoyance vieillesse 2020. Or son slogan de campagne «Touche pas à ma retraite – Non à la baisse des rentes!» risque fort d’être rapidement démenti, car pour elle cette victoire s’apparente à celle de Pyrrhus. En effet, si la droite a su habilement jouer la partition sociale jeunes sacrifiés, retraités actuels oubliés, AVS améliorée sur le dos des femmes , on peine à croire qu’elle persiste dans cette voie lors d’une prochaine réforme.

Pourquoi un tel désintérêt pour un projet certes imparfait, mais dont le rejet ne peut qu’engendrer tout ce contre quoi elle se bat? L’agenda suivi par l’extrême gauche nous donne une indication. Elle a annoncé le lancement du référendum avant même l’adoption du projet par le Parlement et notamment la décision d’augmenter la rente AVS. Elle entend maintenant déposer une initiative pour une retraite unique en virant à l’AVS les avoirs du deuxième pilier. Prévoyance vieillesse 2020 sacrifiée sur l’autel de lendemains qui chantent… faux.

Pour des groupuscules inexistants au plan fédéral, l’occasion était bonne de se profiler en utilisant leur présence active dans les syndicats genevois et vaudois. Avec l’appui aveugle du parti socialiste du bout du lac, toujours soucieux de se positionner très à gauche, quitte à ignorer la volonté de sa base qui s’était pourtant clairement prononcée en faveur de Prévoyance vieillesse 2020 à l’occasion du référendum interne du PSS.

Au-delà du projet Prévoyance vieillesse 2020, c’est la capacité du système politique suisse de produire des réformes consensuelles que met en cause l’action conjointe des extrémistes de tous bords. Avis de tempête sur la démocratie directe?

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/32151
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/32151 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • En tout cas Domaine public n’a pas ménagé sa peine pour soutenir le projet à travers l’excellent dossier réalisé et c’est tout à son honneur. Une fois encore je me dis “heureusement que Domaine public existe pour faire barrage à l’obscurantisme” (même si cette fois cela n’a pas suffi). De mon point de vue Domaine public est un concentré de clairvoyance, d’intelligence et de sensibilité assez rare . Continuez. Merci de tout coeur.

  • J’étais typiquement l’électeur qui devait voter deux fois OUI au scrutin d’hier. De gauche modérée, pragmatique, sachant que seuls les compromis en Suisse peuvent faire avancer les choses, j’ai pourtant voté NON à PV2020 et OUI à la TVA.

    Pourquoi? Parce que, comme beaucoup de citoyens, j’ai en horreur de ces paquets législatifs. Qui a lu cet ensemble de pages roses de la notice explicative? Qui en a compris les fondements et aboutissants? Personne. La population veut des questions simples.

    Le grand perdant de ce vote est Alain Berset. Intelligent, compétent, travailleur, il manque pourtant de l’essentiel, le sens politique. Tout au long de la campagne, il avait l’air d’un professeur ancien style, qui expliquait aux bons Suisses ce qui était bon pour eux. Et au lieu de prendre le DFAE il va continuer sur une voie sans issue.

    • 2.1
      Hugues Poltier

      Gauche modérée, pragmatique? kesako? Aujourd’hui, ça veut dire “macronien”? En ce cas, pas étonnant que vous ayez voté non… Quant à l’argument de la longueur du texte, l’argument me laisse les bras ballants.

      Bon, on aura sous peu la mouture PLR-UDC+ralliés du PDC; le texte sera plus bref: élévation de l’âge de la retraite et diminution des rentes. On ne pourra pas se plaindre de la complexité du dossier soumis au peuple, là…

    • 2.2
      Laurent Ducommun

      Il est toujours délicat, en tous cas pour les lecteurs, qu’un citoyen lambda, comme moi, discute avec un intellectuel lettré et connu, comme vous.

      Je me permets juste cependant de revenir sur un point que vous soulevez: la longueur du teste, reproche que j’ai fait, et qui vous laisse sans force. Je précise que ce n’est pas simplement la longueur du texte, mais aussi sa complexité, qui posaient problème.

      Pour affiner ce point, je me permets aussi de citer les résultats d’études, qui ont montré pourquoi les quotidiens les plus lus sont, chez nous, 20 min, le Matin et Blick. Contrairement à ce que beaucoup pensent par erreur, ce n’est pas l’attirance pour des faits divers, la vie des people et les catastrophes de toutes sortes qui attirent le lecteur, mais bien le vocabulaire limité et la brièveté des articles dans ces journaux. Une forte minorité de citoyens en effet ont un vocabulaire limité à mille mots environ, et une compréhension de textes limité à quelques paragraphes. La lecture de journaux autres que ceux cités, a fortiori les explications en rose des notices de votation, n’est en conséquenve que du charabia illisible et incompréhensible pour eux.

      Ces citoyens sont donc à la limite de l’illetrisme hélas, et cela pose un problème fondamental En effet une démocratie ne peut fonctionner que par un ensemble de citoyens qui ne sont ni analphabètes, ni illettrés. A mon humble avis, la lutte contre l’illetrisme, dans nos pays riches, devrait pouvoir bénëficier de moyens considérables, financiers, humains et politiques, et cela est un problème bien plus important que les prestations de retraite, ou l’avenir de l’agriculture, p. ex.

  • 3
    Jean-Jacques ISAAC

    Oui, merci à Domaine Public,dont je suis un abonné de longue date. Je souscris au commentaire d’André De Coulon. Merci aussi en particulier à Jean-Daniel Delley, qui a analysé tout cela avec un zèle et une compétence remarquables. Et puisqu’on parle de la brochure explicative, l’avez-vous remarqué? A Genève, la consigne de vote des socialistes était deux fois non. On ne parlait pas des socialistes genevois, mais “des“ socialistes tout court. Or, pour ce sujet fédéral, il eût été honnête de présenter la consigne du double oui du Parti socialiste suisse, quitte à ajouter une ligne pour le Parti socialiste genevois.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP