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Plantes transgéniques: Au fond, savons-nous tester les dangers des aliments ?

Un an exactement après le vote sur l’initiative pour la protection génétique, le débat sur les dangers des plantes transgéniques pour notre santé et pour l’environnement est relancé par des résultats inquiétants d’expériences de laboratoire. Le sont-ils vraiment ?

Arpad Pusztai de l’Institut écossais Rowett Research nourrit des groupes de rats, soit avec des patates (cuites) conventionnelles, soit avec des patates transgéniques (insertion d’un gène pour une protéine toxique du perce-neige). Et effectivement, les rats qui ont consommé les secondes ont une santé et des défenses immunitaires bien diminuées, mesurées par exemple au poids de différents organes. CQFD ?
Pas tout à fait, car les rats n’aiment pas les patates, qu’elles soient transgéniques ou non. Tous ces rongeurs étaient donc mal nourris, et sérieusement mal nourris. On ne peut pas faire de la bonne toxicologie lorsque les animaux contrôles sont eux-mêmes malades. (Les rats n’aiment pas non plus spontanément le Bourgogne et les Marylong, ce qui nous a valu un fleuve de recherches douteuses sur l’alcool et la nicotine). Si l’on sait en effet bien déterminer la toxicité d’un composant isolé Ð prenons la dioxine Ð en recourant à des tests de dosage létal par exemple, évaluer les effets de santé d’un aliment, à composition complexe, dépendant de la préparation, est une science qui n’est pas encore standardisée, encore moins maîtrisée. Généralement, on ne parvient pas à faire avaler suffisamment de nourriture à tester aux rats pour en analyser les effets ; la sensibilité des tests sur des rats de laboratoire est donc insuffisante pour confirmer ou infirmer la toxicité d’un fruit ou d’un légume. Conséquence pratique, beaucoup de produits toxiques restent autorisés et peuplent nos cuisines : noyaux de pêche, haricots crus ou patates non cuites.

Le maïs et les papillons

Prenons maintenant le maïs transgénique Bt, conçu pour présenter dans chaque partie de la plante une toxine bactérienne qui tue un ravageur appelé la pyrale, habitué à fréquenter la plante. Si l’on asperge des feuilles d’Asclepias curassavica (l’herbe de Madame Bouin, ou encore l’Ipéca d’Haïti) de pollen de ce maïs transgénique, les larves du papillon monarque rongeant ces feuilles perdent rapidement du poids et connaissent une mortalité bien plus élevée que les larves rongeant des feuilles aspergées de pollen de maïs conventionnel. Les plantes transgéniques sont donc un danger pour l’environnement. CQFD ?

Et l’agriculture intensive ?

Pas tout à fait. Reconnaissons d’abord un problème majeur dans la biotechnologie végétale : l’essentiel de la recherche et du développement se fait dans les laboratoires privés et l’information sur ces nouvelles plantes est une proche parente du marketing. Dans notre cas, le seul message consistait à prouver l’efficacité contre le ravageur ; mais il n’y a pas de pesticide sélectif qui puisse trier entre insectes nuisibles (pyrale) et non nuisibles (monarque), comme le montre d’ailleurs l’usage des insecticides classiques. Il n’est donc pas surprenant que le pollen du maïs Bt ait eu des effets délétères sur ces larves. Cela ne prouve pas pour autant que les plantations de maïs Bt soient dangereuses pour l’environnement. Il faudra pour cela les comparer aux méfaits sur l’environnement de l’agriculture intensive classique, ayant recours aux pesticides. Les asclepias étant des mauvaises herbes envahissantes, elles sont impitoyablement sprayées à l’insecticide, et comme les larves de monarque s’en nourrissent exclusivement, l’agriculture conventionnelle menace dramatiquement le papillon monarque. « Si j’étais un insecte utile », dit le directeur de l’Institut botanique de Berne, Klaus Ammann, « je me cacherais en bordure d’un champ de maïs transgénique plutôt qu’en bordure d’un champ traditionnel ». Nous n’avons pas pu, ou pas voulu, évaluer systématiquement les effets de l’agriculture intensive sur l’environnement, et ceci nous fait défaut maintenant : nous n’avons pas d’aune à laquelle mesurer les effets environnementaux des plantes transgéniques.
Il est sage d’exiger la preuve que plantes et aliments transgéniques sont sûrs, mais sans un système rationnel pour tester la nourriture conventionnelle et l’agriculture intensive, cela ne sera guère possible. ge

Pour le papillon monarque, Nature, 20 mai 1999, p. 214.

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