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L’écrivain genevois René Magnenat maîtrise bien l’art de la nouvelle

René Magnenat, «Nouvelles du divan», Perly-Genève, Editions des Sables, 2017, 175 pages

La nouvelle littéraire n’est pas un genre facile, contrairement aux apparences. Elle doit être un texte court, qui implique la concentration du récit. L’action doit être resserrée, voire unique, contrairement au roman, qui peut se permettre des développements longs et touffus, une multiplicité de personnages et d’actions. Parmi les maîtres reconnus de ce genre littéraire, citons Prosper Mérimée, Guy de Maupassant, Anton Tchekhov ou encore Edgar Poe.

René Magnenat est né en 1946. Le titre de son recueil Nouvelles du divan (allusion évidente à Freud), s’explique ainsi: une série de personnages – hommes, femmes, voire animaux… – y racontent un épisode de leur vie. Le premier de ces textes est constitué par les réflexions d’un chien sur sa situation de dépendance et son envie de recouvrer la liberté. Ici déjà, l’auteur séduit par son goût des jeux de mots: le chien «se demande pourquoi les bipèdes nomment «laisse» cet objet justement destiné à ne pas laisser aller le chien où il le désire».

D’autres nouvelles ont un contenu onirique, et en même temps se rapprochent des désirs profondément enfouis qui se révèlent lors d’une psychanalyse. On retrouve le divan… Mais celui-ci peut être aussi le lieu de la découverte de plaisirs adolescents: dans La première fois, ces ébats sont pimentés d’humour, lequel parcourt de nombreux textes.

René Magnenat utilise ailleurs un procédé plutôt inusité: la même histoire nous est racontée dans deux nouvelles successives, mais avec un point de vue totalement différent.

Dans La digestion difficile, un personnage se transforme en légume, tout en gardant une conscience humaine: on n’est pas loin de La Métamorphose de Kafka où Gregor Samsa se transforme, lui, en un énorme cafard.

Ce qui rend la lecture de ce recueil de 24 nouvelles très vivante, c’est la grande imagination de l’auteur. Tantôt on est dans l’émotion, mais sans pathos, avec Le ballon rouge, où surgit le drame de la perte d’un enfant. Tantôt la nouvelle se rapproche du genre policier. Tantôt Magnenat laisse entrevoir un certain goût pour le macabre. Mais toujours avec cette pointe d’humour et cette propension à jongler avec les mots qui contribuent à faire des Nouvelles du divan une authentique œuvre littéraire.

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