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Ne pas ouvrir la boîte de Pandore

Fonds d’infrastructures: réponse à Samuel Bendahan

Photo CameliaTWU
Photo CameliaTWU (licence CC)

La Banque nationale et les caisses de pension disposent de nombreuses centaines de milliards de francs, l’une pour gérer la valeur du franc, les autres pour assurer le versement de rentes. Elles suscitent des convoitises (DP 2158: Infrastructures et compétence: la Suisse peut construire l’avenir, par Samuel Bendahan).

La revalorisation du franc est une constante de l’histoire économique de notre pays. L’étude de Jean-Christian Lambelet consacrée au franc fort (DP 2125) présente un graphique (p. 112) qui montre que notre monnaie enregistre, depuis 1820, une tendance générale, en valeur réelle (donc corrigée de l’inflation), de hausse de sa valeur. La comparaison est faite par rapport à la livre sterling (monnaie dominante jusqu’à la deuxième guerre mondiale), au dollar et à l’euro. «On a là, écrit l’auteur, une indication pertinente et documentée de l’amélioration constante de la compétitivité de l’économie suisse au fil des années, en fait sur deux siècles!»

La problématique du franc fort n’est donc pas un phénomène récent. Cette évolution de très longue période a inclus de multiples crises et conflits. Elle n’a pas empêché notre pays, ses entreprises et ses habitants d’améliorer régulièrement leur situation matérielle au point que, comme nous le savons, la Suisse compte parmi les pays qui dispose actuellement d’un des plus hauts revenus moyens par habitant.

Une monnaie toujours plus forte et une économie toujours plus performante sont deux caractéristiques apparemment contradictoires et incompatibles entre elles, puisqu’une monnaie surévaluée handicape le développement et la rentabilité des activités productives. D’où la question de savoir comment, au lieu de s’exclure, elles sont allées de pair?

La raison n’est certainement pas unique. Ce serait trop simple et trop beau! Sans doute faut-il aller voir du côté de ce qui fait la spécificité de notre pays.

La Suisse moderne, celle de 1848, a voulu éviter par-dessus tout de confier son sort à une personne ou à une institution. Elle a veillé à répartir et diviser le pouvoir. Entre Confédération et cantons. Entre cantons et communes. Nulle part, elle n’a voulu de chef. Elle lui a préféré des collèges. Et le droit d’initiative a complété en 1891 le droit de référendum législatif introduit en 1874, pour parachever l’encadrement du Parlement.

C’est dire si, plus qu’aucun autre Etat passé et présent, elle a voulu que chaque personne s’assume pleinement. Ce n’est pas toujours simple ni facile. Mais, avec le recul, ces options ont été plutôt judicieuses. Chacun est donc responsable de soi et de ses choix, individuels et collectifs. Dialogue constant, logique et dialectique tout à la fois.

Devoir relever les défis

Cela s’observe et se retrouve aussi dans la vie économique. Le sens du travail, plus précisément du travail bien fait. Le sens de satisfaire le client, le sens de répondre aussi bien que possible à ses désirs, à ses attentes, et même à les anticiper. Le sens de l’épargne, et épargne dans tous les sens du mot. L’épargne de l’argent, bien évidemment. L’épargne des moyens à utiliser et à mettre en œuvre. L’épargne du pays et du paysage. L’épargne des ressources naturelles. Autant d’épargnes qui ne peuvent certes empêcher à l’occasion des dérives, des excès. Lesquels ne durent généralement pas trop longtemps et ne vont habituellement pas trop loin. L’être humain étant ce qu’il est, il comporte sa part de bienfaits et de méfaits. La perfection est encore à inventer.

Est-ce excessif de considérer que ce pays, plus que d’autres, aime relever les défis? Aimer n’est probablement pas le terme le plus approprié. Accepter est peut-être plus adéquat. Ne pas baisser les bras n’est pas la conséquence de vertus particulières. Plutôt la prise de conscience qu’au fond la Suisse n’a pas vraiment le choix si elle entend vivre et prospérer. Les hausses subites de la valeur du franc, pour anciennes qu’elles soient, mettent à chaque fois à l’épreuve sa capacité à y faire face. Ce qu’elle a su faire jusqu’à présent.

Cela n’a jamais été tout simple. Même parfois compliqué et douloureux. Mais au total elle y est plutôt bien parvenue. Faut-il rechercher plus loin et ailleurs l’origine et la cause de ce processus «d’amélioration constante de la productivité de l’économie suisse […] sur deux siècles» (pour reprendre une partie de la citation figurant plus haut)?

Une chose est sûre. On ne fera pas croire à un ou une citoyenne, travailleuse que quelque chose peut (pourrait) être gratuit, ou quasiment gratuit.

Depuis la crise des subprimes de 2007-2008, la déstabilisation du système financier international qui en a découlé et la surévaluation du franc qui a suivi, la Banque nationale suisse a beau avoir accumulé près de sept cents milliards de francs et les caisses de pensions en posséder encore davantage (788 milliards à fin 2015), personne n’imagine qu’il puisse exister une solution magique et gratuite pour financer des investissements à la «périphérie géographique de notre pays» (S. Bendahan) qui pourrait contribuer d’une manière ou d’une autre à nous assurer un avenir radieux en termes d’emplois, de compétences professionnelles et d’infrastructures collectives.

Foire d’empoigne

Toutes nos excuses pour devoir considérer que ces idées, ces intentions, ces projets ont quelque chose de surréaliste. Voudrait-on ouvrir ce qui nous apparaît comme une boîte de Pandore que se déchaînerait instantanément une foire d’empoigne telle que le pays, et peut-être même aussi notre proche périphérie, s’en retrouveraient sens dessus dessous. Tous les appétits imaginables, et même ceux que l’on n’imagine pas, tant mercantiles que financiers, monteraient au front pour promouvoir chacun des projets meilleurs que les autres avec l’objectif tout à fait désintéressé de s’assurer au passage des pourboires en proportion des services bien rendus.

Et, enfin, comment ne pas être surpris que personne n’ait encore à ce jour eu l’idée de défendre de tels plans, présentés comme allant de soi?

Peut-être est-ce dû au fait que la Suisse a un taux de chômage de 3,6% (février 2017), qui équivaut à une situation de quasi-plein emploi, que le plus gros du trop-plein de valeur du franc a été digéré, que la reprise paraît se concrétiser dans la plupart des économies développées, que dans ces mêmes pays le renchérissement s’inscrit aux alentours de 2% et que les taux d’intérêt ont commencé ou ne vont pas tarder à remonter au cours des prochains mois et de l’année à venir – chez nous aussi en fin de compte. Cette normalisation de la conjoncture avance à pas plus rapides que la mise en place suggérée de moyens de financement pour «gagner ainsi sur tous les plans»!

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