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Isolationnisme américain: menace pour la place industrielle suisse

Trump va-t-il s’en prendre à l’excédent commercial et à la politique monétaire de la Suisse?

Photo Martin Wölfle
Photo Martin Wölfle (licence CC)

L’avenir de la place industrielle suisse est-il potentiellement compromis par la politique fiscale et économique annoncée par le nouveau président américain? Le Wall Street Journal du 27 janvier abordait le sujet par le détour de l’excédent de la balance commerciale allemande  à l’égard des Etats-Unis qui s’est élevé l’année dernière à 56 milliards d’euros.

De ce fait, l’économie allemande, et plus particulièrement son industrie automobile, se trouve dans le collimateur de Donald Trump. Or, note le WSJ, l’excédent commercial helvétique a atteint l’année dernière un record de 37,5 milliards de francs, dont plus de 17 milliards de francs pour les seuls Etats-Unis. Montant qui représente une proportion très supérieure à celle de l’Allemagne. Le WSJ n’en considère pas moins que la Suisse est un relativement petit pays et ne devrait pas figurer de sitôt dans la ligne de mire de l’administration américaine. Pour conforter son appréciation, le journal ajoute que près de la moitié de l’excédent commercial de la Suisse provient de la vente de médicaments dont la fabrication requiert relativement peu de personnel.

Pourtant, peu de jours après la parution de ce texte, on apprenait que Donald Trump avait reçu des patrons de grandes entreprises de la chimie-pharmacie. Il n’est pas exclu que, pour l’essentiel, son message a consisté à leur dire de rapatrier des emplois aux Etats-Unis et de ne plus délocaliser leur production. Cette consigne finira-t-elle aussi par s’adresser à nos grandes bâloises?

Nouveau système d’imposition des entreprises

La NZZ am Sonntag du 5 février se fait largement l’écho des préoccupations et enjeux mentionnés ci-dessus en première page de son cahier économique. Le texte évoque évidemment le thème de la pharmacie-chimie. Mais il se fait aussi l’écho d’intentions de Donald Trump de chambouler l’imposition des entreprises.

En très simplifié, le projet serait (est?) de renoncer à imposer les entreprises sur les bénéfices qu’elles réalisent, et à instaurer, en lieu et place, un impôt de 20% sur la consommation. Cet impôt indirect ne serait pas compté sur la part de la valeur produite dans le pays (USA). En revanche, elle serait calculée sur la part de la valeur qui proviendrait d’importations. Les produits exportés ne seraient bien entendu pas taxés – ce qui est conforme aux règles qui prévalent en général sur les biens vendus à l’étranger.

Il n’est pas exclu que le nouveau système soit très complexe d’application. Bureaucratie quand tu nous tiens: comment distinguer dans un produit vendu la part de la valeur qui a été fabriquée dans le pays et celle provenant d’éléments réellement importés? Comment s’assurer que les indications fournies par les fabricants correspondent effectivement à la réalité? Mais surtout, ce nouveau système d’imposition contribuerait à chambouler les règles et principes généralement admis par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Etouffement par noyade

Si ces intentions se confirment et se précisent, il serait assez opportun pour elle que l’Union européenne parvienne à rester suffisamment unie et homogène pour expliquer au président des Etats-Unis qu’on ne change pas d’un trait de plume des règles qui ont été laborieusement édictées au cours des décennies précédentes. Ce pourrait être d’ailleurs la raison pour laquelle Donald Trump ne cache pas qu’il entend désormais négocier des traités bilatéraux.

Il commence ainsi par s’en prendre à un seul pays, en l’occurrence l’Allemagne, accusée au surplus de manipuler l’euro à la baisse afin de favoriser ses exportations. Ce qui est doublement faux. D’une part, si manipulations de l’euro il y a, elles seraient le fait de la Banque centrale européenne. D’autre part, si ces manipulations sont efficaces, ce n’est précisément pas celles que l’Allemagne souhaite, car ses dirigeants ne cachent pas, depuis longtemps, qu’ils préféreraient un euro plus fort!

Que se passera-t-il – ou passerait-il – chez nous si Donald Trump venait à s’intéresser à notre excédent commercial, nous qui sommes aussi accusés de manipuler notre monnaie pour favoriser nos exportations? Il nous sera difficile de dire que les interventions de la Banque nationale suisse (BNS) ne visent pas, effectivement, à faire baisser le franc. Ici, nous savons bien que l’objectif de la BNS est d’éviter l’envolée de notre monnaie pour que notre économie ne soit pas asphyxiée par noyade (quoique, de l’avis du nouveau président des Etats-Unis, l’étouffement par noyade ne serait pas dépourvu d’efficacité).

Mais il n’est pas exclu que ce message ait de la peine à être entendu à Washington. Et nous serions tout seuls à devoir le défendre. La situation pourrait devenir compliquée.

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Discussion

  • Force de constater que la politique monétaire menée par la BNS commence à atteindre ses limites, sans doute en raison de la politisation des cours de change: la Suisse figure sur la liste des pays qui sont accusés de manipuler le taux de change à des fins domestiques. D’autre part le peuple vient de rejeter la troisième réforme de l’imposition des entreprises.

    Si la BNS ne peut plus intervenir sur le marché des changes ou baisser davantage ses taux d’intérêt dans la zone négative sans s’exposer aux foudres de l’Administration Trump, on peut se demander si l’alternative ne réside pas dans une dévaluation fiscale: transférer le financement de la protection sociale des entreprises vers une fiscalité des revenus a l’assiette plus large, équivaut à court terme à une dévaluation réelle. Une telle dévaluation certes réduit le pouvoir d’achat des ménages à court terme, mais elle stimule l’activité économique en augmentant la compétitivité des secteurs exposés à la concurrence étrangère. En clair il faudrait que la politique budgétaire prenne le relais en cas de contraintes supplémentaires sur la politique monétaire.

    Dans le cas de la Suisse une telle mesure qui semble être réclamée par le patronat et considérée comme une solution au franc fort n’est pas sans inconvénients, car elle modifie la répartition de la valeur ajoutée en faveur des profits et pénalise les salariés en tant que consommateurs. En revanche elle pourrait sauver des emplois dans le secteur exposé à la concurrence internationale, pourvu qu’elle franchisse la rampe, si elle est traduite en initiative populaire.

    En tout cas cette proposition que la politique fiscale peut répliquer les effets d’une dévaluation monétaire remonte à Keynes: “Précisément les mêmes effets que ceux produits par une dévaluation de la livre sterling d’un certain pourcentage, peuvent être produits en combinant l’introduction d’un tarif sur les importations à celle d’une subvention équivalente sur les exportations, avec l’avantage de ne pas affecter la parité de la livre par rapport à l’or, et donc la valeur des obligations britanniques en or.” En résumé la dévaluation fiscale peut stimuler l’activité économique lorsque le recours à l’instrument monétaire est contraint.

    • 1.1
      Jean-Pierre Ghelfi

      Il ne suffit heureusement pas encore que le nouveau président des Etats-Unis déclare que la Suisse doit cesser de manipuler sa monnaie pour que la BNS se mette au garde à vous. D’abord parce qu’il ne l’a pas encore fait. Ensuite parce que son administration est dans un tel beusier qu’il devrait avoir d’autres chats à fouetter.
      La BNS conserve toute latitude pour défendre sa monnaie. Rien ne lui interdit, si elle le juge nécessaire, de continuer d’acheter des devises. Elle dispose d’une grande marge de manoeuvre, qu’on peut chiffrer en centaines de milliards. Ce qui donne un certain répit!

      Considérer que la question du franc (trop) fort pourrait être réglée par un transfert du financement de la protection sociale sur les impôts directs a au moins le mérite de stimuler la réflexion. Un telle transformation — allons-y: une telle révolution —, à supposer quelle permette d’obtenir les résultats escomptés, nécessiterait des changements législatifs considérables, y compris dans des lois cantonales. Or ici, comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres pays, les salariés en ont un peu marre de passer pour les dindons de la farce: rien pour eux depuis des années, tout pour les entreprises (et leurs propriétaires). Au surplus, pour le moment au moins, avec une situation de quasi plein emploi, le problème, chez nous, n’est pas tant de stimuler l’activité économique.

      Dans un univers de changes flottants, il est peu vraisemblable que le renvoi à J.M.Keynes et à la parité-or puissent servir d’arguments vraiment convaincants. Car, last but not least, nos rythmes législatifs helvétiques sont tels que les négociations nécessiteraient plusieurs années. Avec l’absence totale de garantie que le projet finirait par obtenir l’onction populaire. Et sans perdre l’espoir que la situation économique finisse par se normaliser: la presse de ce dimanche 19 février relève que pour la première fois depuis dix ans tous les 28 pays de l’union européenne ont enregistré une croissance de leur économie.

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