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«Business is business»

Donald Trump, l’Amérique et nous: songerie hivernale

Photo Atache
Photo Atache (licence CC)

Une photo parue dans le Tages-Anzeiger du 9 janvier nous a donné l’envie d’aborder un sujet épineux: personne, aujourd’hui, n’est en état de dire jusqu’à quel point l’élection de Donald Trump (DT) représente une petite ou une grande calamité pour les Etats-Unis d’Amérique et pour le reste du monde – donc aussi pour notre pays, ses habitants et ses entreprises.

Cette photo reproduit l’affiche provocante d’une plateforme politico-médiatique de la petite République du Monténégro pour marquer l’élection de DT en novembre 2016. Les portraits de Donald Trump et de Vladimir Poutine sont accompagnés du slogan «Let’s make the world great again – together».

Le propos n’est pas de dire que cette affiche apporte de l’eau au moulin des multiples agences de renseignements américaines qui se montrent convaincues que, d’une manière ou d’une autre, la Russie, sur ordre de son président, est intervenue dans le déroulement du processus électoral des Etats-Unis et serait ainsi, peut-être, parvenue à influencer le résultat du vote du 8 novembre. L’idée est plutôt de s’interroger sur la portée possible de l’élection d’un individu qui ne rentre dans aucun des canons connus et expérimentés de la vie politique d’un pays (et, en l’occurrence, pas de n’importe quel pays!) et des relations internationales.

Quelles seraient les incidences possibles, pour la Suisse et ses habitants également, d’une politique qui serait exclusivement, sinon principalement, fondée sur les pratiques du business? Des pratiques qui paraissent imprégner chacune des fibres de DT, auquel le dessinateur-caricaturiste Xavier Gorce prête l’idée que «140 signes pour développer mes idées, c’est très suffisant.»

Joëlle Kuntz, dans Le Temps, relève en particulier que les mots «Occident», «alliance», «alliés», «valeurs démocratiques», «droit international» et même «paix» ne sont jamais mentionnés dans les messages de DT. Elle ajoute: «L’Amérique «great again» se présente comme une île flottante dont le commandant envoie des signaux erratiques à des copains par-ci par-là, copains d’un jour, pas forcément de toujours, copains de fortune utiles à ébranler le monde plutôt qu’à le construire.»

Au fond, l’absence de ces termes dans les tweets de DT n’a pas de quoi surprendre. Ils n’appartiennent assurément pas au vocabulaire de base du business, lequel ne connaît guère que des compétiteurs ou des concurrents, des partenaires (mieux: partners) ou des associés. L’objectif ultime du business n’est pas la paix, mais le profit. Le droit international et les valeurs démocratiques ne peuvent pas être une référence dans un milieu qui a l’habitude de l’affrontement dans des contextes de tensions permanentes, d’exclusions réciproques et d’une recherche constante de domination pour emporter le morceau (le deal).

A partir de ces constats, on se demande ce qui pourrait se passer si ce nouveau vocabulaire et ces nouvelles règles de la vie politique l’emportaient aux Etats-Unis d’Amérique. La première puissance économique parviendrait-elle à imposer un nouvel ordre économique auquel de très nombreux autres pays devraient se plier, nolens volens?

En particulier il n’est pas exclu que la première période du mandat de DT soit marquée par des réussites suffisantes pour lui permettre de valider auprès de l’opinion publique américaine la pertinence de ses options. Si cette hypothèse se vérifiait, il est concevable et même prévisible que les électorats de nombreux pays dans le monde pourraient considérer qu’ils doivent, eux aussi, en passer par là. Dans ce cas, ces pays devraient revoir de fond en comble leur politique économique, ce qui ne manquerait pas de modifier leurs rapports avec les autres nations.

Ce scénario aurait un impact direct sur la Suisse. Pourrions-nous échapper à une refonte substantielle de nos relations extérieures? L’Union européenne parviendrait-elle sans dommage à faire face à ce nouveau contexte? Ne parlons pas de la Chine qui paraît être dans le viseur du nouveau locataire de la Maison-Blanche. Et la Russie pourrait-elle vraiment se fier à un deal avec DT?

Vu sous l’angle strictement commercial (business), les tweets de DT n’ont pas vraiment lieu de (nous) surprendre. Etre, tenter d’être ou se faire passer pour le meilleur et/ou le plus fort est une attitude courante et normale dans le monde des affaires. C’est une manière de prendre un pas d’avance sur la concurrence et d’espérer ainsi parvenir à emporter le morceau. C’est très exactement ce que fait, ou tente de faire, le président des Etats-Unis dès le 20 janvier.

DT n’a-t-il pas formulé le projet de favoriser les exportations en réduisant les impôts sur les entreprises et en taxant lourdement les importations, sans considération pour les normes internationales ni pour les accords conclus dans le cadre d’organisations telles que l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques)? De telles intentions découlent d’une vision commerciale de rapports concurrentiels entre entreprises, bien éloignée d’une conception un tant soit peu pacifiée et équilibrée des relations économiques internationales.

Il est très vraisemblable que le mot «équité» ne figure pas davantage dans les tweets de DT. Ce terme n’appartient pas non plus à son langage habituel. La Suisse, petit pays, serait particulièrement menacé si les règles internationales péniblement mises en place ces dernières décennies étaient jetées par-dessus bord.

On peut tenter de se rassurer en disant que ce n’est pas l’homme qui fait la fonction de président des Etats-Unis, mais l’inverse, et que, dès lors, DT abandonnera progressivement son rôle de businessman pour endosser celui de dirigeant politique un tant soit peu responsable. Mais on est aussi en droit de douter qu’il évolue dans ce sens, du moins suffisamment pour éviter un chaos international potentiel. Il a tellement envie de prouver qu’il est le meilleur et que les Etats-Unis et le monde attendaient depuis toujours un individu de sa trempe disant enfin les choses comme elles sont, et comment elles auraient déjà dû être dites depuis longtemps!

Ce qui nous amène à une conclusion toute provisoire. Si les nouveaux concepts de la politique commerciale des Etats-Unis propagés par les tweets de DT devaient progressivement s’imposer, notre neutralité helvétique serait de peu d’aide pour mettre les entreprises et les salariés à l’abri de l’onde de choc qui se prépare. Désunie comme elle l’est actuellement, l’Union européenne pourrait avoir de sérieuses difficultés à contrecarrer les projets de la nouvelle administration américaine.

Le pire n’est cependant jamais certain. L’Union européenne ne constitue-t-elle pas, malgré tous les défauts que certains prennent plaisir à relever, le seul contrepoids susceptible d’éviter que le chaos ne s’installe dans le monde, en particulier dans les relations transatlantiques?

Comment ne pas continuer de suivre attentivement ce dossier passionnant… sur le plan de la réflexion!

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