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Politique, société et médias: des choix stratégiques s’imposent

En proposant une suppression pure et simple de la redevance, l’initiative No Billag ne répond pas aux enjeux médiatiques de l’ère numérique

Photo Gerd Altmann
Photo Gerd Altmann (licence CC)

La campagne électorale pour la dernière élection présidentielle américaine a suscité de nombreuses réactions, notamment à cause du rôle joué par Facebook et par Twitter dans la diffusion de l’information et, in fine, dans l’issue du scrutin.

Ces médias sociaux se sont retrouvés en porte-à-faux avec plusieurs acteurs: tout d’abord avec les médias traditionnels, car ceux-ci sont progressivement absorbés par les réseaux sociaux qui récupèrent lecteurs et recettes publicitaires. Ensuite, avec les politiques et les candidats qui n’ont pas utilisé ce canal pour diffuser des arguments fallacieux à haute dose. Enfin, avec les utilisateurs eux-mêmes, du moins ceux qui considèrent les réseaux sociaux comme source d’information encore moins sûre que les médias traditionnels: en effet, les médias sociaux distribuent le meilleur et le pire (ce dernier se diffusant mieux) et créent, par les algorithmes employés, une opacité totale sur le type d’information auquel accèdent les utilisateurs.

La redevance, une garantie de l’indépendance du service public

De nombreux chercheurs, même certains qui se montrent méfiants à l’égard de l’intervention de l’Etat dans l’économie, sont convaincus de l’importance de médias publics pour offrir aux citoyennes et citoyens des sociétés démocratiques un accès à une information authentique, vérifiée et intègre. Cependant, s’en remettre au service public pour pallier les problèmes décrits peut paraître contradictoire. En effet, les médias publics sont par définition plus proches du pouvoir et de l’establishment que les médias privés, ce qui incite à mettre en doute leur indépendance.

La redevance crée une première barrière conférant aux médias publics, mais également privés, une indépendance financière, non seulement vis-à-vis de l’Etat, mais également des publicitaires.

Un apport durable à la démocratie et à la société helvétiques

L’initiative No Billag visant à abroger la redevance (DP 2138) soulève en réalité deux questions auxquelles elle ne peut répondre que très partiellement, comme cela est souvent le cas lors des votations.

La première question porte sur la place que nous, contributrices et contributeurs, voulons conférer aux médias publics dans notre société. Supprimer la redevance ou lui substituer partiellement un impôt affaiblirait non seulement de manière indéniable la SSR et les médias régionaux. Cela ferait également perdre à la régie publique son autonomie vis-à-vis de l’Etat, remettant ainsi en cause son indépendance et sa crédibilité.

A l’heure où le débat devrait porter sur la réglementation à appliquer aux réseaux sociaux (voir la proposition de la chancelière allemande en ce sens), les opposants à la SSR s’efforcent de supprimer un bien public dont ils négligent l’apport autant passé que futur à la démocratie helvétique.

Sans la SSR, le paysage médiatique national satisfaisant aux critères d’authenticité et d’intégrité, tout en étant suffisamment puissant pour survivre à l’ère numérique, serait limité à la NZZ et au Tages-Anzeiger, médias presse dont les jeunes tendent à se détourner et dont le lectorat n’est pas représentatif de notre société. Ainsi, il faut s’attendre à la perte d’un contre-pouvoir accessible à une large frange de la population (dont les francophones et italophones). De surcroît, cela laisserait le champ libre aux producteurs audio-visuels étrangers.

Un moyen d’accès aux contenus à définir

La seconde question concerne les médias en tant que moyen d’accès à l’information, à l’éducation et au divertissement. La convergence des médias (DP 2140) et les reproches adressés à Facebook et Twitter lors des campagnes politiques récentes constituent un exemple emblématique des changements qui s’opèrent.

Notre mode de «consommation des médias» change, et les groupes médiatiques diversifient leurs instruments de diffusion afin de maintenir leur audience. Ainsi, la BBC joue depuis plusieurs années la carte de la maximisation de l’audimat en diffusant une grande partie de sa production sur un ensemble de chaînes YouTube.

Les autres médias publics européens se montrent encore hésitants: la plupart proposent souvent un visionnement en direct de piètre qualité sur leur site internet et limitent la diffusion à la demande à une période de sept jours après la diffusion en direct.

Il existe également des solutions d’agrégation de contenus en un seul programme, permettant ainsi à l’utilisateur de varier le type (documentaire, information, divertissement) et l’origine du contenu (chaîne suisse ou étrangère, YouTube, radio, etc.), et de visionner celui-ci en direct ou à la demande. En Suisse, la Swisscom TV box est bien connue. Mais il existe aussi des outils non commerciaux, open source, comme la médiathèque Kodi.

Kodi présente deux différences majeures par rapport aux canaux de diffusion existants (site web, télévision): contrairement à YouTube ou à la Swisscom box, cet outil n’ajoute pas de la publicité au contenu qu’il reprend. Mais il doit se contenter de diffuser ce que les médias existants veulent bien lui fournir. Ainsi, l’offre médiatique à disposition relève en grande partie d’efforts de particuliers pour regrouper des accès aux contenus que les producteurs veulent bien fournir, et non d’une démarche volontaire de la part des producteurs / diffuseurs. Ces derniers ne semblent pas vraiment y porter d’intérêt, ou privilégient le statu quo en protégeant leurs contenus. Ces motifs semblent difficiles à comprendre, si l’on considère la source citoyenne de financement des contenus (pour les médias publics), ou l’audience future (les jeunes).

L’initiative populaire No Billag, en proposant la suppression de la redevance radio/TV, ne fait que relayer les intérêts particuliers de certains médias. Elle évacue le vrai débat qui devrait porter sur le rôle du service public et sur les moyens d’accès à ses contenus.

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