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Energie nucléaire: le risque de la fausse sortie

Les partisans du nucléaire relèvent la tête

Photo Stephen Coles
Photo Stephen Coles (licence CC)

Après l’échec de l’initiative «Sortir du nucléaire», les commentaires se sont voulus rassurants. Plutôt qu’un abandon à marche forcée, une majorité populaire a fait le choix des petits pas. De toute manière, l’énergie nucléaire n’a pas d’avenir et sa sortie est programmée. D’ailleurs, le parc nucléaire helvétique souffre déjà de son grand âge. Mühleberg fermera en 2019, Beznau I est à l’arrêt depuis juillet 2015, Leibstadt depuis juillet 2016.

Pourtant la mort lente et annoncée de l’industrie nucléaire ne doit pas nous réjouir. D’une part, la sortie risque fort de se réaliser dans des conditions chaotiques, exactement ce que dénonçaient les adversaires de l’initiative en cas d’acceptation du texte rejeté le 12 février. D’autre part, parce que les partisans du nucléaire, revigorés par l’échec de l’initiative, n’ont pas tardé à relever la tête.

Le chaos d’abord. Le Parlement s’est refusé à fixer une limite précise à la durée de vie des centrales en service. Il a même renoncé à exiger de leurs propriétaires un concept d’exploitation à long terme, avec la preuve d’une marge de sécurité et le renouvellement obligatoire de l’autorisation d’exploitation tous les dix ans, comme le demandait l’Institut fédéral de la sécurité nucléaire.

C’est dire qu’on nage en pleine incertitude quant à la production d’électricité issue de l’atome, aussi bien en quantité que dans le temps. Une incertitude qui pèse sur la planification du tournant énergétique et qui affaiblit les incitations à opérer ce tournant de manière volontaire: les centrales fonctionnent, donc pas besoin de se presser; les centrales péclotent, donc vite des solutions. C’est donc bien la situation actuelle qu’il faut qualifier de chaotique, plutôt que celle à laquelle aurait conduit l’initiative, reproche formulé par ses adversaires.

Le sursaut nucléaire ensuite. A peine connu le résultat de la votation, les nucléarophiles repartaient à l’assaut. Non pas pour louer ouvertement l’énergie nucléaire – seule l’UDC et un ou deux groupuscules s’y risquent – mais en cherchant à torpiller la stratégie énergétique 2050 par voie de référendum.

Dès lors la manœuvre apparaît clairement.

Tout d’abord, dans le cadre de la stratégie 2050, éviter toute limitation de la durée de vie des centrales existantes, une première étape franchie avec succès et confirmée par le rejet de l’initiative populaire «Sortir du nucléaire».

Puis, deuxième étape, écarter la stratégie elle-même, à savoir l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, mais également le plan de mesures d’économies d’énergie et de promotion des énergies renouvelables. Une fois démantelée la politique énergétique qui aurait assuré un approvisionnement plus autonome et durable, le nucléaire pourra être présenté comme le dernier recours contre la pénurie et la dépendance vis-à-vis de l’étranger.

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Discussion

  • D’accord pour les vieilles centrales, mais les chances qu’une nouvelle centrale puisse être construite est proche de zero.

  • L’énergie nucléaire finie?
    Au contraire, l’énergie nucléaire a un immense avenir. Il y en a quelque 170 en construction dans le monde! Et même si la construction ne parait pas être d’actualité aujourd’hui, il ne faut jamais dire fontaine, je ne boirai pas de ton eau.
    Et si l’on produisait de nouvelles centrales nucléaires plus sures, plus durables, plus efficaces et plus économiques? Pas possible? Intéressez-vous un peu à la recherche dans le domaine. Les centrales de 4e génération sont sur les rails. Il y en a une en activité en Russie, deux proches de leur mise en service en Chine, une en construction en France et plusieurs autres en projet dans d’autres pays. Parmi les 6 modèles types de centrales proposés, deux au moins pourraient reprendre les déchets problématiques actuels, les rebrûler dans leur cœur et au final, produire des déchets nucléaires à courte demi-vie, ce qui résoudrait le problème des déchets.
    Même dans la stratégie énergétique 2050, il n’y a, heureusement, pas d’interdiction de technologies. Il n’est donc pas exclu que des centrales nucléaires soient construites en Suisse, lorsque les écologistes actuels (ou futurs) auront compris que cette technologie, ce n’est tout de même pas le diable!
    Et les technologies vertes, ne sont pas si vertes que cela. Elles produisent intrinsèquement jusqu’à 5 fois plus de CO2 par kWh produit pour l’éolien et le photovoltaïque, selon une étude de l’Institut Paul Scherrer. Le cas de l’Allemagne est assez exemplaire sur ce point, son tournant énergétique provoque un nombre de morts qui se chiffre en milliers par année. Car pour produire de l’électricité lorsque vent et soleil sont absents, nos voisins ont recours aux centrales à charbon et au lignite. Les émissions de particules fines produites provoquent des maladies pulmonaires, notamment chez les enfants et les personnes âgées, qui peuvent conduire à la mort.
    Alors, soyons prudent, le futur n’est jamais écrit.

    • La première partie de votre remarque est très pertinente, il ne faut jamais fermer les portes dans le domaine de la technique. Des solutions peuvent apparaitre et je regrette que l’on prenne des décision de principe dans les domaines techniques qui sont par définition en évolution permanente.
      En revanche, il me semble que dans la deuxième partie de votre commentaire vous adoptez à l’égard de ceux qui ont mis en place les solutions transitoires réalisées en Allemagne l’attitude que vous reprochez aux anti-nucléaires. La statistique sur les milliers de morts dont vous parlez repose sur des hypothèses bien fragiles même si elle ne sont pas sans aucun fondement. Il est bien difficile dans ce domaine de ne pas céder à des arguments émotionnels plus faciles à avancer que ce que nous savons mesurer à l’heure actuelle.

  • 3
    Franz-Karl Reinhart

    On ne doit pas être membre de l’UDC ni appartenir à la lobby pro-nucléaire pour accepter le fait que la stabilité de tout réseau électrique n’est possible que si la puissance produite est égale à la puissance consommée à chaque instant. Cette loi fondamentale ne peut pas être satisfaite directement avec la production photovoltaïque, éolienne ou même hydraulique, comme ces moyens de production ne suivent pas la demande. Les barrages hydrauliques nous permettent d’égaliser l’offre en eau de la nature. Il est évident que dans nos contrées la photovoltaïque et l’éolienne ont un comportement bien plus instable que l’eau, comme il n’y a pas de stockage naturel pour le vent et le soleil. La Stratégie énergétique 2050 n’a pas considéré ce fait important et considère de combler cette lacune impardonnable par des subventions et de solutions rêveuses et très chères. La SE2050 ne contient aucun plan technique et financier operationnel. Alors, elle est clairement malsaine, et elle doit être rejetée entièrement.

  • 4
    CHRISTOPHE DE REYFF

    En cas de sortie du nucléaire, il y a bien pire que les 4,1 milliards d’Axpo et les 2,5 milliards d’Alpiq qui auraient pu être réclamés comme indemnisations ! Ce seraient les 3,3 milliards de watts (gigawatts ou GW) de puissance électrique qui disparaîtraient, eux qui nous assurent non seulement une énergie de 24 milliards de kWh (térawattheures ou TWh) chaque année, dont 14 TWh en hiver, mais surtout une garantie indispensable de puissance soutenue.

    En effet, la consommation brute d’électricité en Suisse n’est pas seulement un chiffre de 62 TWh, simplement comptabilisés chaque 31 décembre, mais cette demande est soutenue par une puissance continue qui est en moyenne de 7 GW. On oublie en général de mentionner qu’elle ne descend jamais en dessous de 5 GW, même au cœur de la nuit, dont 2 GW sont assurés par les centrales hydrauliques au fil de l’eau et 3 GW par les centrales nucléaires. Si celles-ci venaient à manquer – demain ou après demain, cela ne fait pas de différence –, il faudrait assurer, d’une façon ou d’une autre, cette part de 3 GW dans la puissance de base incompressible et continue de 5 GW que demande le pays. C’est ce point qu’a relevé ci-dessus le Pr Reinhart.

    On devrait soit importer d’avantage, à condition qu’on puisse toujours le faire de façon garantie et au bon moment, soit construire d’autres centrales thermiques à agents fossiles, génératrices, elles, de gaz à effet de serre. En effet, les nouvelles énergies renouvelables, même si elles arrivaient à produire l’équivalent des 24 TWh du nucléaire au 31 décembre de chaque année, ne peuvent physiquement pas assurer ce ruban continu nécessaire, car elles sont aléatoires et intermittentes. En cela la «Stratégie énergétique 2050» se fourvoie, elle n’est pas plus raisonnable ni mieux réfléchie que l’initiative des Verts heureusement rejetée le 27 novembre.

  • D’un côté, on trouve les croyants en énergies renouvelables, dont les articles ne contiennent aucun chiffre. Ils ont une peur panique de la radioactivité et du nucléaire, peur soigneusement entretenue par de pervers spécialistes de la communication: en fait, on sait maintenant que le nucléaire civil bien géré est aussi inoffensif qu’un massif de granit des Alpes (quelques mSievert/an). Les raisonnements tenus pour croire à la transition énergétique – dont fait partie la “Stratégie” énergétique de la Confédération SE2050 – sont faux (l’intermittence des sources est négligée), les calculs sont lacunaires: le réseau électrique va devenir instable, sitôt les 20% de contributions des sources renouvelables dépassés; un désastre programmé.
    Il y a de l’autre côté des physiciens indépendants, qui font ce qu’ils peuvent pour avertir charitablement qu’en matière d’énergie, les autorités se sont fourvoyées; ils le font à coups de rapports, de messages et de chiffres: ils ont vu que l’entreprise dite de “transition énergétique” est téméraire, n’a aucune chance de réussir; comme indice de l’impréparation de la SE2050, voir l’article du blog cité “Potentiel théorique éolien” (y est documentée l’erreur d’au moins 4 ordres de grandeur commise par Suisse Eole, et donc par la Confédération): il est triste de se dire que des milliards sont engagés dans cette mésaventure …

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